‹ La composition décorativeChapitre 31 sur 66 · I. Voir les Préliminaires · texte numérisé non relu

I. Voir les Préliminaires

I7tf LA COMPOSITION DÉCORATIVE.

ceaux, d^un cadran émaillé et soi-disant ciselé, ne peut être vendue, vu la cherté relative de la fabrication, qu'à condition d'être mal exécutée. Conçue plus simplement, elle eût peut-être pu, pour le même prix de revient, être classée comme objet d'art.

2 m. — DES QUALITÉS SUPERIEURES DE COMPOSITION

Il était difficile de terminer cette partie théorique de la Composition décorative sans dire un mot de ces qualités supérieures sans lesquelles la plus judicieuse des œuvres ne s'élève pas au-dessus d'une honnête médiocrité. Ces qualités, dénommées tour à tour le style, le goût, le caractère, l'originalité, échappent, en somme, à l'analyse et nous n'en dirons que quelques mots.

Le style, que l'on confond souvent avec le caractère, est le cachet, la marque spéciale des œuvres d'un pays ou d'une époque : chercher à faire revivre celui d'un siècle passé, c'est nécessairement le déflorer; on n'est plus dans les conditions voulues de temps et de milieu, et de l'imitation on ne tarde pas à tomber dans le pastiche. L'étude des styles, excellente pour l'éducation de l'artiste qui s'instruit en comparant, ne peut servir, si on s'avise de lui demander davantage, qu'à étouffer dans leur germe tout art et toute originalité. Quant à ces qualités exquises du goût, du caractère, de Voriginalité qui se dégagent de certaines œuvres et leur communiquent un charme pénétrant, comment les décrire, comment les définir? Comment surtout expliquer le plaisir ressenti en face de certaines compositions dans lesquelles les principes que nous venons

LA THEORIE. 17

d'énumérer ne sont pas toujours appliqués, sont même quelquefois violés? Ces principes seraient donc inutiles? Nous ne le croyons pas; il faut seulement bien se pénétrer de cette vérité, que si des artistes de génie sont parvenus à nous émouvoir, même avec des productions incomplètes, c'est qu'ils ont su voiler leurs défauts par des qualités tellement supérieures de grandeur ou d'audace, de grâce ou de délicatesse, que toute velléité de critique se trouve étouffée au début.

Il ne faut pourtant pas qu'un enthousiasme inconsidéré empêche de se rendre compte de la raison des choses, de savoir, par exemple, que si le plafond de la Sixtine représente Teffort surhumain du plus grand des artistes, il n'en constitue pas moins une décoration illogique à tous égards. Admirons l'homme de génie, rien de mieux; mais ne méconnaissons pas, pour cela, les erreurs qu'il a pu commettre au point de vue décoratif.

De même, dans les industries d'art, ne voyons-nous pas certains bronzes japonais présenter des inconséquences de composition qui seraient absolument inacceptables, si le raffinement du goût et la perfection inouïe de l'exécution ne venaient arrêter au début la critique la plus judicieuse?

Aucune œuvre humaine n* est parfaite, c'est un axiome indiscutable; mais le génie fait passer bien des erreurs, erreurs que l'on voudrait voir souvent se renouveler, si elles étaient toujours ainsi rachetées. En somme, les artistes de génie sont des exceptions et l'on ne peut trop le déplorer, car ils se plieraient souvent mal aux exigences des commandes et de la fabrication.

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17» LA COMPOSITION DÉCORAtlVÈ.

Si le génie est un don d^en haut, il n'est personne, du moins, qui ne puisse aspirer à devenir un bon artiste, à force de volonté et d'application: il suffit, pour atteindre au but, de compter sur Tétude et le travail, en prenant la nature pour guide, et pour conseil la raison.

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