VERRERIE COULÉE — ÉMAUX SUR VERRE
CRISTALLERIE d'oRFÈVRERIE
L'art de travailler le verre, dont Torigine remonte à la plus haute antiquité, comporte divers modes de fabrication : le soufflage, le coulage et la taille. Le verre, incolore ou teinté, opaque ou transparent*, est fondu au creuset, puis, au moyen d'une canne en fer creux, on souffle pour former un vide intérieur et Ton profite de ce que la matière, non encore refroidie, est encore molle et demi-coulante pour lui faire prendre, par la pression, la torsion ou Pétirage, la forme définitive; tel est le principe de la verrerie soufflée.
Si Ton désire des variétés de coloration dans la masse, on choisit des fils de verre de diverses nuances, qui, soudés ensemble par la fusion, produisent au soufflage ces verreries filigranées et rubannées, connues déjà des Romains, mais dont Venise semble avoir eu jusqu'à nos jours le monopole.
Enfin Ton peut rapporter et souder au corps des verreries les accessoires les plus variés, anses, volutes, vrilles, ailerons et oreillettes, gouttelettes en perles, torsades, mascarons fondus, tous motifs susceptibles d'apporter à la forme un intérêt décoratifs.
I. Le cristal fabriqué dit flint-glass, de même que le crown-' glass, ne sont que des verres très purs à base de plomb. Le cristal de roche naturel se taille comme les pierres précieuses et rentre conséquemment dans le travail de la joaillerie.
2. On a, sous prétexte de japonisme, beaucoup usé, dans ces derniers temps, de bavures et de coulures dans les verreries; ce
En principe, il est difficile de prévoir exactement par le dessin les formes de la verrerie soufflée, les hasards de l'exécution, le tour de main plus ou moins habile de Tartisan aux prises avec une matière qui n attend pas, entrent pour beaucoup dans Faspect plus ou moins élégant de Tobjet fabriqué. La pièce soufflée ne peut, d'ailleurs, comporter des moulures à profil défini, les formes étant serties et bordées le plus ordinairement par de simplesourlets.
C'est de la silhouette et de la légèreté de Tensemblequ'il faut compter tirer tout
Teffet décoratif, si bien compris dans les anciennes verreries de Venise et de Murano (fig. 179).
La coloration du verre n'est pas sans importance ; ainsi le verre blanc absolument transparent a été et sera toujours préféré pour le service de table, un convive aimant à être bien renseigné sur ce qu'on lui fait boire; tandis que pour les verreries d'apparat on peut
sont là des fantaisies qui semblent plutôt exprimer les accidents d'une fabrication négligée qu'un décor artistique.
LA PRATIQUE
faire appel à toutes les fantaisies des teintes changeantes, comme aux jeux d'opacité produits par la composition du verre*.
La verrerie taillée, dite cristallerie, exige une certaine épaisseur pour laisser entamer dans la masse les profondeurs nécessaires à la taille.
Cette opération, exécutée par Tusure au moyen de meules en fonte, grès et émeri, rentre dans un genre de travail où les plans simples et droits sont d'exécution plus facile que les surfaces modelées. Aussi les jeux de fa-
cettes, les pans coupés, chanfreins, cannelures, rainures triangulaires," étoiles polygonales et pointes de diamants sont-ils toujours bien appropriés au décor de la matière en œuvre (fig. 180). Le tailleur sur verre devra donc, en plus du moulurage, qui, cette fois, peut être à profil défini, étudier les péné- fig. iSo.
trations des plans et les assemblages de polyèdres géométriques dont les Persans ont tiré si grand parti, et enfin observer les variétés de
I. On fabrique des verres à coloralion laiteuse absolument opaque, des verres opalins à teintes irisées, d'autres simulant des paillettes d'or dans la masse (aventurine), ou encore d'un noir profond comme l'émail (hyalithe)»
COMP. DECOR
cristallisations naturelles des sels et des mine'raux'^ Il faut également faire la part de certaines propriétés spéciales au verre, telles que la transparence, la reflexion et la réfraction, qui permettent à un détail taillé
dans une face postérieure invisible avec toute autre matière, d'apparaître et de venir décorer les faces en regard : tel on le voit (fig. i8i), dans une salière polygonale où une étoile, taillée sur la face inférieure, se reflète sur toutes les parties de l'objet.
Il résulte de cette particularité de la multiplication d'un même motif, que l'on doit ménager le détail et conserver beaucoup de parties unies faisant valoir les reliefs de la taille. Le cristal taillé a été souvent mal compris dans un sens différent, et si les miroirs à cadres de cristal découpé à jour et les lustres ultra -fleuris des fabriques modernes de l'Italie sont condamnables par leur mesquinerie et leur fragilité, les vases colossaux exécutés dans de célèbres manufactures et pastichant les formes du cratère de marbre, le sont éga-
Fie. lOI.
I. Le tailleur en cristaux d'éclairage pour lustres et pièces de soirée devra observer les colorations du prisme et étudier, comme dans la joaillerie, les angles des plans les plus favorables au scintillement.
LA PRATIQUE. 2+3
lementpar leur lourdeur en désaccord avec une matière fragile, claire et transparente.
Quant à la verrerie coulée au moule, imitant la cristallerie taillée, elle ne peut avoir, quelle que soit la valeur du modèle, aucun charme spécial; le coulage, même bien exécuté, a toujours un aspect glauque, les plans sont mal dressés, les arêtes émoussées et les creux remplis, comme dans toute matière fondue au moule et qui n'est pas retouchée.
La taille devient la gravure sur verre, lorsqu'elle s'applique à des motifs délicats et superficiels , bien qu'on la traite parfois avec une certaine profondeur sur les cristaux épais; dans ce cas, la gravure exprime une sorte dCintaille dont le modelé en creux se lit avec beaucoup de netteté, surtout quand il est dépoli. Pour la gravure légère, l'effet consiste plutôt dans l'opposition calculée des parties mates sur le fond poli et transparent, ou vice v^r^^^ à laquelle on adjoint parfois des jeux de hachures analogues à celles de la gravure sur métal, mais exécutées ici à la petite meule, dite molette^
La taille et la gravure ont été également appliquées aux verres doublés composés de couches superposées de différentes couleurs et que l'on enlève partiellement à la meule. Ce procédé, connu des Romains, repris en Italie et en Allemagne, est resté surtout en faveur dans les raffineries de Bohême', qui longtemps ont fourni de
1. La gravure à l'acide ou au jet de sable a, depuis plusieurs années, fait une grande concurrence à la gravure à la meule; mais elle ne peut avoir qu'une action superficielle et manque de caractère. On a parfois aussi gravé au diamant.
2. Voir, dans la présente collection, le volume de M. Gerspach : la Verrerie. — A. Picarp & Kaan, éditeurs.
nombreuses verreries à couches colorées, orne'es de scènes et vues pittoresques habilement enlevées, mais sans caractère décoratif. Notre époque a repris avec plus d'art cette tradition intéressante.
L'association des émaux colorés à la verrerie, connue et pratiquée déjà par les anciens Perses, est du plus excellent effet, la translucidité des émaux se liant parfaitement à la transparence du verre, surtout quand ils s'enlèvent avec un relief prononcé et qu'ils sont rehaussés de touches d'or apportant, par leur éclat métallique, un complément d'harmonie.
Il est inutile d'insister sur l'obligation qui s'impose ici à l'artiste de rester dans la pure convention,, toute recherche d'imitation naturelle étant matériellementimpossible. Enfinl'application n'en sera intéressante que si les émaux ne recouvrent pas la totalité de l'objet décoré, mais laissent des intervalles clairs et unis. Les vases sassanides, les lampes arabes suspendues aux voûtes des mosquées (fig. 182), les verreries de Venise, les vidrecomes allemands ont fait grand emploi des émaux colorés, bien-