Environ 5o centimètres de largeur sur 80 de longueur
LA PRATIQUE. 279
droits ou obliques, et que le décor soit habilement
disposé en vue des joints verticaux de jonction des louleaux collés bord à bord (fig. 202).
La couleur employée dans le papier peint, gêné-
28o LA COMPOSITION DÉCORATIVE.
ralement â la détrempe^ est déposée par teintes plates; parfois la surface est lustrée, vernie ou satinée avec des rehauts de dorures ou des gaufrures frappées au balancier, analogues à celles dont nous avons parlé à propos des industries du cuir*. En somme, si la composition est assez libre avec le papier peint, toute représentation sera-t-elle bienvenue dans ce genre de fabrication? Certainement non, l'impression par teintes plates se prêtant mal, même avec de nombreuses planches, aux finesses du modelé, aux nuances ultra fondues de la peinture à Thuile ou de Faquarelle ; ainsi la figure humaine fera un pauvre effet si on cherche à la rendre avec un aspect vivant et naturel, tandis qu'elle sera possible, représentée, soit en simple silhouette comme sur les vases grecs, soit avec une absolue fantaisie de couleur et de modelé comme dans les représentations du moyen âge ou de Fextrême Orient. L'oiseau, la fleur même, rendus pourtant avec assez de bonheur, ne seront cependant vraiment décoratifs que s'ils sont traités avec largeur et sans excès de modelé ; quant aux perspectives profondes, aux paysages, aux lointains visant à l'illusion, il n'y faut pas songer : de simples simulacres de vues analogues à celles des peintures pompéiennes ou des écrans japonais sont seuls acceptables. Nous dirons aussi que le motif abstrait, ornement géométrique ou flore, se prêtera mieux à la répétition que la faune, dans le décor du papier peint; rien n'étant plus agaçant que cette redite de figures humaines
1. Par le passage d'une brosse mue mécaniquement sur la couleur humide, on a fini par obtenir un velouté et un fondu relatifs dans l'application des teinte».
LA PRATIQUE. 281
OU d'animaux, qui offrent partout la même allure et le même mouvement. Les animaux héraldiques, par leur aspect ornemental, sont seuls admissibles.
Nous conseillerons aussi de ne pas chercner à indiquer un sens trop précis d'éclairage suivant une direction oblique, par cette raison que si, dans la tenture d'une pièce rectangulaire, les clairs représentés coïncident exactement, sur une des parois, avec les jours éclairants, il ne peut en être de même des autres côtés; aussi réclairage de/ace, venant un peu du haut ou du bas, seprête-t-il bien mieux atomes les situations et suffit-il amplement au modelé des détails. Un défaut fréquent à signaler encore ici, c'est la petitesse d'échelle dont on gratifie généralement les motifs de papier peint, le dessinateur oubliant trop souvent que le décor de tenture est fait pour être vu à distance et que les menus détails comme les brindilles, perlettes, branchages délicats fondus en plusieurs plans sont perdus dans l'ensemble et manquent de caractère.
Faut-il admettre aussi que le papier peint puisse imiter la faïence, le marbre, le bois, l'étoffe soyeuse ou veloutée, la moire, la tapisserie tramée au petit point, la mousseline? C'est là le rêve de bien des fabricants, mais nous ne craindrons pas de dire que nous préférons encore le papier peint qui ressemble tout simplement à du papier couvert de peinture.
Tout ce qm vient d'être dit s'appliquera naturellement aux toiles peintes, avec cette seule particularité que le grain naturel de l'étoffe, s'ajoutant à l'effet, communique à l'impression une certaine solidité d'aspect. La fabrication des étoffes imprimées^ d'ameublement ou
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de costume, se retrouve partout; les toiles et les cotonnades dites indiennes, fabriquées en Orient ou en France, notamment à Jouy, ont fourni d'excellents modèles, obtenus en général avec un petit nombre de teintes, d'une fantaisie et d'une variété de bon aloi. Nous ferons exception cependant pour ces semis de pastorales et de scènes villageoises, si goûtées à la fin du siècle dernier, ce genre de dessins, quelque amusant qu'il soit, se prêtant mal aux déformations des plis d'une tenture ou d'un vêtement^
Disons, en somme, que l'étude des tapisseries anciennes, des étoffes orientales tissées et imprimées, des verdures flamandes, des cuirs vénitiens et espagnols, des anciennes toiles peintes à la main du moyen âge et aussi des peintures sino-japonaises a ramené les industries de l'impression dans une excellente voie.
g XVIII. — TAPISSERIES DE TENTWRE ET D ' AME U B L EME N T. TAPIS DE PIED. TAPISSERIE AU POINT CARRÉ.
Parmi les nombreuses industries qui procèdent du tissage, la tapisserie occupe une place importante, non seulement par son expression éminemment décorative, mais aussi à cause de la lenteur et de la cherté de sa fabrication. L'origine de la tapisserie remonte fort haut, tous les anciens peuples semblent l'avoir pratiquée à l'aide d'un outillage presque identique à celui dont nous disposons aujourd'hui. A partir du moyen âge, la tapisserie prend un essor qui ne cesse d'être gran-
I. Voir dans la première partie, chapitre III, g X, ce qui est dit du rôle du dispositeur dans les industries en question.
LA PRATIQUE. «83
dissant, grâce aux célèbres fabriques établies dans les Flandres, en Italie et en France, notamment aux manufactures de Beauvais, des Gobelins et d'Aubusson qui jouissent encore d'une réputation universelle*.
On connaît le principe de la fabrication de la tapisserie de haute et de basse lisse^ : une chaîne de fil ou de coton, servant d'armature, est recouverte entièrement par une trame de laine ou de soie colorée; de leur liaison intime naît un tissu imitant les dessins et la coloration d'une maquette peinte qui sert de modèle. Les tapisseries veloutées ou de haute laine s'exécutent de la même manière, avec cette différence que la trame est faite de boucles que l'on vient ensuite trancher et égaliser au ciseau.
Mais quel que soit le talent de copiste du tisseur, — ce talent est souvent hors ligne, — il lui est cependant matériellement impossible d'obtenir une ressemblance absolue entre la tapisserie et la maquette, les couleurs ayant servi à la confection de celle-ci ne correspondant pas exactement aux teintures des soies ou laines colorées, sans compter l'impuissance d'exprimer les glacis transparents et les empâtements épais habituels à la peinture*.
Encore parlons-nous ici d'un carton composé spé-
1. Voir dans la présente collection le volume de M, Mûntz : la Tapisserie. — A. Picard & Kaan, éditeurs.
2. La tapisserie de haute lisse s'exécute sur châssis verticaux, et celle de basse lisse sur châssis horizontaux.
. 3. On voit même encore à la galerie d'Apollon» au Louvre, une série de portraits exécutés aux Gobelins sous le second empire, et qui rappellent trop précisément la peinture à l'huile. Autant y placer les maquettes même; elles auraient, non seulement passé moins vite, mais coûté beaucoup moins cher.
cialement pour la tapisserie et dans lequel les moyens d'exécution auront été prévus; que sera-ce donc si c^est un tableau de chevalet qui doit servir de modèle pour une étoffe tissée? C'est pourtant une erreur fréquente dans rhistoire de la tapisserie moderne et dont on commence à s'affranchir seulement depuis une vingtaine d'années, car on a vu la direction des Gobelins épuiser les artistes tapissiers dans la servile copie de tableaux d'histoire, au lieu de leur fournir des modèles composés exclusivement en vue de leur travail.
La tapisserie a un but bien autrement élevé et les célèbres tentures des temps passées sont là pour montrer ses ressources; l'artiste qui compose la maquette jouit, en somme, d'une liberté très grande; tous les éléments du décor lui sont accessibles et il ne se trouve pas réduit ici à la seule convention; il peut même approcher de l'expression naturelle, modeler les formes et risquer quelques effets de lumière, en évitant toutefois de couvrir sa composition de ces ombres obscures et étendues en repoussoirs si fréquentes dans le tableau. La perspective est d'un excellent secours, à condition de ne pas viser à l'illusion de la profondeur, la tapisserie devant éviter les creux et limiter la vue aux parois de la pièce décorée.
Disons à ce propos que le principe d'un horizon placé très haut et même sur le bord supérieur du cadre de la composition n'est pas obligatoire, comme on a cherché à le préconiser, nous croyons à une plus grande liberté pour l'artiste, beaucoup d'excellentes tentures ayant un horizon très bas.
En dehors des tapisseries d'Orient, composées exclu-
LA PRATIQUE
sivement de motifs empruntés àPéle'ment géome'trique, à la flore ou à la faune conventionnelle, on trouvera, depuis le moyen âge jusqu^à la fin du xviii® siècle, des
compositions remarquables où les sujets d'allégorie et d'histoire, figures, animaux, fleurs, fruits, bocages ou verdures, modelés et colorés, expriment dans une juste limite le sentiment de la nature (fig. 2o3).
a8(5 LA COMPOSITION DÉCORATIVE.
D^autre part, on verra les célèbres Arra:{\i d'Hampton-Gourt, exécutés par les fabriques flamandes sur les cartons de Raphaël, conserver dans leur ensemble un souvenir trop précis du tableau d'histoire. Les chasses d'Oudry et surtout les scènes rustiques de Téniers, traduites en tapisserie, rappellent aussi d'une manière trop absolue les données de la peinture de chevalet.
La tapisserie acquiert, avec le temps, une sorte de grigné, produit par le relâchement de la chaîne, dont l'effet n'est pas aussi désavantageux qu'on pourrait le supposer; car, bien qu'atténuant la délicatesse du modelé et le fini des détails, il communique, par contre, à l'ensemble un aspect vibrant, solide et étoffé, profondément décoratif.
La bordure ornementale destinée à encadrer le panneau d'une tapisserie peut être comprise de plusieurs manières différentes : soit qu'on la considère comme un cadre analogue à celui d'un tableau qui laisse percevoir entre ses contours le panneau en arrière-plan; soit qu'on les suppose tous deux au même plan, le sujet central débordant parfois sur le cadre ou se reliant avec lui; soit enfin qu'on comprenne le panneau suspendu en avant sur un fond dont les parties entrevues simulent la bordure. Dans le premier et le troisième cas on donne généralement aux détails de la bordure une autre échelle qu'à ceux du panneau. Mais la coloration de la bordure doit toujours, tout en contrastant avec celle du panneau, posséder quelques-unes de ses teintes les plus marquantes et lui être assortie. Enfin on s'attachera à répartir également la lumière sur toute la tapisserie, bordure et
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panneau, en conservant une analogie de valeur dans tous les clairs disséminés dont on amoindrit le ton local ^ ; artifice excellent, très employé du xvi" au xviii" siècle, qui permet d^obtenir à la fois Tharmonie d'ensemble et l'aspect fermé de la surface. Aussi les bordures simulant des cadres sculptés et dorés des tapisseries de Goypel sont-elles loin de valoir celles à figurines, rinceaux, fruits et entrelacs du moyen âge, de la Renaissance et de l'art oriental.
Enfin l'exécution d'une tapisserie gagne à être aussi simplifiée que possible et si, grâce aux progrès de la science moderne, le nombre des teintes disponibles est considérable, il ne faut pas se croire obligé de les employer toutes*. On laissait autrefois au tapissier beaucoup plus d'initiative, et on réclamait de lui plutôt une interprétation qu'une servile copie; le tapissier moderne tenu à Texactitude doit, s'il ne peut ou n'ose interpréter sa maquette, s'attacher toutefois à restreindre les teintes plutôt qu'à les multiplier.
Disons à ce propos que la peinture à l'huile, adoptée pour la confection des maquettes, semble inviter l'artiste à modeler à l'excès et à multiplier les nuances; la peinture à la détrempe^ en procédant par plans, nous semblerait préférable, la sécheresse relative de sa
I. Tout au plus peut-on réserver des clairs vivement colorés, soit pour le motif central, soit pour quelques points choisis avec ordre et symétrie.
a. On a cherché, notamment à la fin du xviii» siècle, à adou« cir le modelé par des reprises de soie, ce qui détruit l'unité du travail : les tapisseries anciennes les plus lumineuses, exécutées en pure laine, ont un nombre restreint de couleurs. Enfin les Chinois ont confectionne des tapisseries tout soie.
a88 LA COMPOSITION DECORATIVE.
facture se trouvant forcément atténuée par le fait du transport en tapisserie.
Les tapis de pied, destinés à être foulés et à disparaître en partie sous les meubles, ne peuvent être conçus de la même manière que les tapisseries de tenture* ; ainsi Ton devra bannir de leur ornementation tout ce qui peut simuler le creux ou le relief, comme éviter d'éclairer les motifs suivant une direction précise, effet qui se trouve le plus souvent contredit par le sens où la lumière arrive à la pièce tapissée. Aussi réprouvons-nous certains tapis de la Savonnerie et d'Aubusson, où cette aberration se retrouve sous forme de moulures d'encadrement, de fruits et de fleurs modelés au naturel et qui semblent présenter sous les pas des obstacles inusités. Ici l'ornement géométrique doit fournir les éléments d'un dessin dont la sécheresse pourra être égayée par la flore et même la faune traitées à plat, sertis en clair ou en foncé, mais sans relief apparent, comme il convient à un dessin de dallage ou de parquetage^. Ce principe est celui auquel ont constamment obéi les maîtres tisseurs de la Perse, de l'Asie mineure et de tout l'Orient (fig. 204). Mais si la liberté du dessin offre quelques restrictions, la couleur, en revanche, peut déployer toutes ses splendeurs, en ayant soin toutefois de ne jamais répandre uniformément son éclat sur toute la surface et d'en accuser de préférence le centre d'abord, puis les angles^
1. Les tapis de pied sont ordinairement fabriqués en velouté de haute laine, comme les tapis sarrasinois.
2. Par une raison inverse, il sera préférable d'accuser, dans la composition d'un rideau ou d'une portière, le sens vertical d'abord en ne conservant qu'un axe de symétrie, ensuite en simulant dans les motifs soit une pow^^eV du bas, soit une chute psir le haut.
LA PRATIQUE
ensuite les axes, enfin quelques points, disposés avec ordre, dans la bordure et les intervalles.
COMP. DÉCOR
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La tapisserie appliquée aux petits meubles, dossiers et dessus de sièges, dérive naturellement de la tenture verticale et du tapis de pied; c'est la convenance qui est juge. Disons cependant que les assemblages de fleurs très modelées, en si grande faveur à la manufacture de Beauvais, ont été souvent bien mal choisis pour un tel rôle; malgré le talent déployé au xvni* siècle par des ornemanistes comme Salembier ou Ranson, il semblera toujours malséant de s'asseoir sur des bouquets
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de roses frais et délicats. Nous n'insisterons pas non plus sur l'anomalie des pastorales, paysages et ruines qui garnissaient à cette même époque les dossiers de canapés ou les dessus de tabourets. On trouvera, dans le décor purement ornemental du petit mobilier, de la Renaissance jusqu'à Louis XV, la note vraie de cette branche de l'art décoratif.
La tapisserie (^M^ofwf carre^ exécutée à Paiguille sur canevas divisé, a toute l'expression d'une mosaïque de laine à petits cubes ; aussi le dessin se prête-t-il diffi-
I. Le point carré réduit ou petit point permet plus de liberté dans le détail, à cause de Texigulté des divisions.
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cilement à tous les sujets et rejette-t-il tout modelé sérieux : la figure, Panimai et même la fleur exécutés au point carré ont peine à ne pas être ridicules si on veut les faire paraître trop réels; aussi l'ornement géométrique rectiligne restera-t-il encore Pélément fondamental de la composition dans un travail dont le carré est la base. L'Allemand Siebmacher a laissé au xvi« siècle des modèles très variés et fort bien compris qui peuvent rester les types du genre (fig. 2o5).
^ XIX. — ÉTOFFES TISSÉES ET BROCHÉES. CACHEMIRES DE L'iNDE, DAMAS, LAMPAS, B R G G A T E L L E S. BRODERIES, DENTELLES, GUIPURES.