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APPLICATIONS, SOUTACHES ET PASSEMENTERIES

Les industries des étoffes offrent une telle variété de fabrication qu'il est fort difficile, étant donné le cadre dont nous disposons, de les décrire toutes; nous simplifierons donc la question en nous bornant aux principales d'entre elles et en mettant de côté les détails d'exécution qui ne pourraient rien ajouter à notre étude.

Distinguons d'abord les étoffes tissées, dans lesquelles le fond et les dessins sont tramés ensemble suivant un point constant, des étoffes brochées com ■ portant des dessins à points variés rapportés, ou sem^ blant rapportés après coup, sur le fond du tissu. Tissées ou brochées pendant longtemps à la main ces étoffes sont maintenant d'ordinaire exécutées au métier ou à la machine suivant des pièces de longueur indéfinie, mais de largeur donnée, en procédant par répétition des motifs comme pour le papier peint; c'est dire que certains des mêmes principes de composition, tel que le raccor^

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dément des dessins dans les deux sens, se retrouvent ici. Mais il importe, en outre, si le dessinateur veut produire de bons modèles, qu'il se renseigne bien sur la fabrication de Pétoffe dont il est chargé de composer le dessin, qu^il remarque le sens des fils, droit ou croisé, en losange ou en diagonale, le nombre de teintes disponibles, etc.; qu^il examine si la surface est unie ou veloutée, égale ou changeante, et pense, comme dans les étoffes damassées, à deux revers età ton sur ton, aux effets à tirer des reflets et contre-reflets obtenus par le changement de direction des fils du tissu. En général, les dessins gagneront à conserver une expression assez conventionnelle pour pouvoir supporter les jeux des plis ou des froncés, la jonction des coutures et toutes les déformations habituelles aux étoffes. Enfin, les détails seront tenus plus grands d'échelle dans les tissus d'ameublement que dans ceux du costume, où la fantaisie est plus libre et l'influence de la mode plus directe (fig. 206).

Malgré le degré de perfection du tissage mécanique, le travail à la main conservera toujours un charme particulier dont les châles ou cachemires de Vlnde, par exemple, fournissent un exemple frappant. A l'aide de métiers absolument primitifs, les artisans indiens apportent dans l'exécution de ces tissus un éclat et une puissance de coloration inimitables. Ces étoffes sont ordinairement formées de petites pièces tissées à part, rapportées et cousues en contiguïté ou insérées dans un fond avec des reprises à l'aiguille qui, tout en reliant les morceaux, dessinent des sertis fins et délicats dont le rôle est analogue à celui des nielles dans les incrustations. Nos fabriques occidentales ont essayé de rem-

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placer par des moyens plus expéditifs ce procédé long et coûteux; malgré d'intelligents efforts, les châles dits français n'ont jamais pu atteindre à la même puissance d'expression que ceux de l'Inde. Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement, le mode de travail de TOriental lui

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permettant de varier ses teintes à Tinfini, de chercher des contrastes, d^accuser des points colorés sans être obligé comme le tisserand européen de faire courir ses fils dans toute la longueur du tissu.

Nous laisserons cependant de côté les procédés précieux, mais inapplicables, pour citer parmi les belles étoffes, fabriquées au métier, les damas, lampas et brocatelles tissés des fabriques lyonnaises, exécutés

diaprés les dessins de véritables artistes, tel que Philippe de Salle, et dont les cartons remarquables sont exposés au musée industriel de la ville des soieries.

Cet intérêt du travail manuel, nous le retrouverons dans les étoffes brodées, dont le tissu tout uni est rehaussé de dessins en relief exécutés à l'aiguille. La variété des travaux de broderies est considérable, le nombre s^en accroît tous les jours. Nous ne citerons que les plus connues : en première ligne, la broderie au passé droit, biais ou entrelacé, sorte de brochage de soie permettant d'exprimer des dessins de la plus grande variété. Tout l'Occident, depuis le XVI® siècle, a fort goûté ce procédé; mais les Chinois et les Japonais en ont tiré un parti exceptionnel dans leurs étoffes de costumes, leurs tentures, écrans et paravents. Le passé cependant, étendu à de trop grandes surfaces, devient facilement mou et monotone; aussi lui associe-t-on généralement des broderies à points variés ^ (fig. 207).

La broderie matelassée, bourrée sous les fils, sorte de dessin en bas-relief, a été appliquée à de riches étoffes en soie, velours ou brocart; on y a mêlé souvent des câblés d'or ou d'argent, des verroteries sur paillon et jusqu'à des clinquants métalliques plats ou estampés, tel qu'on en observe dans les orfrois brodés en ronde bosse du moyen âge et de la Renaissance.

I . Point de chaînette, point de croix, point lancé, noué, d'arête, de reprise, russe, en fil de soie ou d'or, etc. On pourrait citer encore les broderies dites en blanc, sur tambour ou sur toile cirée, la broderie à la cannetille d'or, dont les procédés variés, à l'infini, ne peuvent rentrer dans notre cadre.

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Depuis le xvii* siècle on a cru devoir, notamment dans les costumes sacerdotaux et les bannières de procession, retoucher la soie au pinceau et même introduire des cartonnages coloriés pour exprimer le visage et les mains des figures que la broderie était impuissante à rendre; il est inutile d'insister sur Tabsurdité

et le mauvais goût de cette recherche qui montre, une fois de plus, combien il est dangereux de demander à une matière plus qu'elle ne peut donner.

Les broderies exécutées sur étoffes légères, toile, étamine, batiste, mousseline, tulle, comportent des ajours ou des semi transparences, résultant de Tapplication d'une étoffe légère, découpée suivant un dessin et arrêtée sur les bords; telle est la hroàtr'iQ festonnée avec ses dessins bordés au point de feston et dont les éclaircies

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sont garnies de barrettes, roues et picots (fig. 208). La broderie anglaise au plumetis, ajourée en ouvrant l'étoffe au ciseau et bordée au point de cordonnet; la broderie au point de chaînette sur mousseline, etc. ; la broderie en reprise sur tulle imitant la dentelle, procèdent également par des jeux de vides, de pleins et de surcharges^. Aussi le dessinateur en broderie doit-il, en dehors de la silhouette et de l'arrangement des motifs, penser à ces

effets de transparence et d'opacité, à Talliance toujours heureuse des bandes alternées, tour à tour pleines et ajourées, notamment dans la composition des stores et rideaux de croisées, dont les valeurs sont inverses suivant qu^ils sont vus de l'intérieur ou de l'extérieur; alternance exprimée avec beaucoup de bonheur, sous Louis XIII, dans les rideaux souvent mi-partis velours OU satin coloré, et mi-partis guipure écrue.

I. Les broderies hongroise et albanaise, de même que la broderie dite renaissance, faites au point de croix, agissent par une succession de carrés superposés, comme dans la tapisserie au point carré, § XVIII.

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Viennent ensuite les dentelles dont Texécution participe souvent de la broderie, d'abord le lacis ancien brodé en reprise, les dentelles an fuseau^ puis les guipures dont Teffet procède encore de l'opposition de clairs et de surcharges. Les célèbres dentelles de Venise, d'Espagne, de Valenciennes, de Malines, de Chantilly, etc., ont toutes un charme particulier provenant non seulement d'un dessin spécial, mais d'une prédominance réciproque plus ou moins grande des vides et des pleins.

Les dentelles d'application, dites anglaises, composées de lacets froncés reliés par des barrettes, rosaces et picots, sont, à défaut de finesse, également intéressantes par leur dessin clair et lisible. Parmi les dentelles célèbres, celle àiiQ g7'0s point de Venise^ d'une grande ampleur d'effet, offre cependant, par ses surcharges répétées, un excès de lourdeur en désaccord avec la finesse qu'on est en droit d'exiger d'une matière aussi délicate que lefil.

Il est certain que les dentelles et les broderies à la main conserveront toujours le pas sur les dentelles et les broderies mécaniques, celles-là décelant toujours cette attachante imperfection, inséparable du travail humain le plus soigné; mais il serait injuste de ne pas apprécier les efforts intelligents de l'industrie moderne, qui a su, avec un bon marché relatif, créer d'excellents modèles au profit de pièces d'une surface souvent considérable, tels que des rideaux, par exemple.

En somme, dans la composition des dessins de ces travaux délicats, la ligne courbe est toujours dominante, les cadres droits et les compartiments géométriques comportant une rectitude moins appropriée au mode de travail que les rinceaux et les entrelacs ; il est

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cependant fait exception pour le travail bien spécial de la broderie sur filet on filet- guipure y bâti sur un réseau quadrangulaire très écarté. Ici, au contraire, la ligne droite sous forme de carrés, octogones, diagonales, étoiles, cercles inscrits et leurs rayons, sera d'un emploi presque exclusif (fig. 209).

Les ouvrages au crochet, exécutés en coton au point de chaînette perpétuel, de même que le tricot de laine, sont aussi subordonnés aux effets de vides et de pleins.

Vient enfin Tintéressant travail des applications : soit des soutaches seules, composées d'un lacet ou d'une cordelette rapportés, dont les fiG. 209. méandres forment

des dessins pour ainsi dire ininterrompus; soit celle des étoffes découpées^ comme une sorte de marqueterie, maintenues sur les bords par des points de broderie, et dont les contours sont cernés avec des ganses, cordonnets et câblés, ou par des galonnages de rubans froncés et de lacets, dessinant des rinceaux et des entrelacs. L'application d'étoffes réclame un modèle net et précis, comme il convient à un procédé où la décoU' pure a le principal rôle et dont la sécheresse doit être amortie par la transition de cernures fines et délicates (fig. 210).

La passementerie, travail complémentaire des tissus, s'inspire surtout de V entre lacement ^ ; aussi Tétude des

I. Le procédé, dit macramé, y trouve une application directe.

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nœuds et des épissures des cordages, des nattes, tresses est-elle indispensable pour composer des dessins où les galons, les lacets, les ganses et les cordelières sont constamment en jeu. La passementerie est d^ordinaire complétée par des accessoires de suspension: franges, glands et lambrequins. Pour les franges, leur intérêt consiste dans la variété des fils et cordelettes, répétés ou alternés; les glands, sortes de boutons pendants dont

le noyau de bois est recouvert dMtoffe, de passementeries ou de pompons, jouent, dans la tenture et le costume, le même rôle que les culs-de-lampe dans le mobilier et l'architecture; aussi leur profil s'inspire-t-il souvent du vase, du balustre, en tenant compte, bien entendu, des délicatesses et des fantaisies de la matière en œuvre (fig. 211). Les lambrequins, découpés dans rétoffe, ont leurs bords festonnés garnis de soutaches nouées, de tresses ou de galons plissés; aussi le contour de la partie pendante doit-il être étudié avec le plus grand soin au point de vue du profil.

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Les arts du moyen âge, de la Renaissance, des xvif et xviii« siècles ont fait grand cas des passementeries

et Ton peut étudier cette industrie si intéressante, non seulement dans les spécimens d^étoffes qui nous sont parvenus, mais aussi dans les frises peintes d^artistes célèbres comme Mantegna, Jules Romain et Polydore de Caravage; on en trouve é g a lement dans les superbes compositions , gravées sur

bois, du Triomphe de Maximilien par Albert Durer

et Jean Burgmair.

En somme, on peut dire que Tindustrie des étoffes

et de la passementerie est actuellement dans une excel-

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lente voie ; jamais les dessins n'ont été plus variés et les modèles conçus avec plus de goût; n'étaient les réminiscences, un peu trop fréquentes, d'anciens dessins et cette rectitude trop parfaite due à l'exécution mécanique, notre temps pourrait soutenir toute comparaison sur ce point avec les meilleures^époques de l'art.

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