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dont le titre des premier et troisième chapitres lui rapportait, par deux fois, la paternité.
D'après cette vue, comment entendre la prophétie totale, et quelle unité y trouver? — Disons d'abord l'interprétation traditionnelle. Nous examinerons ensuite des explications plus compliquées et plus nouvelles, qu'on a fournies pour justifier l’unité de l’œuvre en question.
Le prophète se plaint à Dieu, dans les premiers versets (42-‘), de ce qu'il assiste à un spectacle d'injustice et de violence. Il s'étonne que Tahvé n’y ait pas mis ordre encore. Alors, disent les tenants du point de vue traditionnel, Dieu révèle au prophète qu'il enverra les Chaldéens pour châtier les oppresseurs (1%!°). Mais ceux-ci font de leur propre force leur Dieu; ils outrepassent la mission de simples justiciers qui leur avait été confiée (4!!). Le prophète élève de nouveau la voix contre ces tyrans, dont le joug pèse si lourd sur le peuple d'Israël et sur les autres nations. Comment la justice divine peut-elle souffrir un pareil désordre (12-21)? Dieu répond que la prospérité de l’impie n’est point solide, et qu'au contraire le juste est assuré de vivre, s’il demeure confiant (2). Au reste, l’oppresseur provoque fatalement à la coalition, aux représailles, les peuples qu'il a conquis et humiliés. Il a beau se confier en ses idoles, ce sont des dieux morts et muets (21°). La « prière » d'Habacuc (ch. mi), préparée par la transition du verset (2°), exprime l’angoisse et la joie mêlées, du prophète, à la vue de la délivrance que Dieu prépare à son peuple. Elle est décrite sous la forme d’une théophanie.
Le prophète est donc supposé avoir obtenu cette révélation multiple : les Chaldéens châtieront les oppresseurs actuels (quelle que soit au juste leur nature), pour devenir oppresseurs à leur tour et, à leur tour, être châtiés par la toute-puissante justice de Dieu.
Examinons tout de suite la solidité des fondements sur lesquels repose cette opinion deux fois millénaire? Sans
doute, les raisons pour lesquelles un certain nombre d'exéaètes récents ou contemporains ont tenu l'unité d'Habacue,
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sont absolument différentes. Mais ils n'ont fait que défendre, à leur manière, une position qui impose par sa solennelle ancienneté.
Or, en tant que traditionnelle, l’unité d'Habacuce s'appuie sur les trois postulats suivants : 1° Le titre garantit l’auteur; 2 l'unité actuelle du livre prouve l'unité de sa composition et son homogénéité primitive; 3 les prophètes reçoivent des révélations strictement surnaturelles.
La première de ces propositions n’est plus même à discuter aujourd'hui. La critique sait le compte qu'elle doit tenir des inscriptions mises en tête de la plupart des livres bibliques. La pseudépigraphie était un procédé courant dans la littérature hébraïque, comme, au reste, dans la littérature chrétienne des premiers siècles. Nul ne tient un code pour mosaiqueé, un psaume pour davidique, un évangile pour matthéen, par la seule et unique raison qu'ils ont été, depuis tant de siècles, placés sous les noms de Moïse, de David ou de Matthieu.
Il en va de même de la seconde hypothèse et, pas plus que le nom de Daniel ne révèle le véritable auteur de ce livre, pas plus l’unité actuelle d'Isaïe ou de Jérémie ne donne le change à la critique sur la pluralité des auteurs que recouvrent ces noms uniques.
Quant à la troisième hypothèse, qu'il soit permis de présenter deux observations, du simple point de vue de la méthode à suivre en ces genres de recherches et sans nulle prétention d'aborder le domaine des spéculations métaphysiques. En premier lieu, la supposition d’une interférence proprement dite du surnaturel dans l’histoire, par le fait même qu'elle est superflue et impossible à constater, ne saurait être alléguée quand il s’agit d'étude scientifique. Elle serait impossible à contrôler, précisément parce qu'elle se meut dans la sphère des considérations métaphysiques, qui dépassent toute observation posilive des phénomènes, et toute inférence positive qu'on en peut tirer. Elle serait superflue, parce que les faits ou les données à expliquer comportent une infinité de solutions rationnelles et positives, — ne sût-on
ER Re laquelle préciser, — et rendent donc contraire à toute saine méthode, — lorsqu'il s’agit de science, — le recours à une explication qui n’en serait pas une, à une fuite désespérée dans le domaine du transcendant.
En second lieu, dans le cas spécial des prophéties dites de l'Ancien Testament, l'hypothèse que nous éliminons ici ajoute, à l'inconvénient de se trouver incontrôlable, si elle était vraie, celui d’être, en réalité, positivement controuvée. On se rappelle avec quelle maîtrise A. Kuenen, pour ne citer que lui, l'a depuis longtemps démontré !. Il en irait de même, au reste, des prophéties du Nouveau Testament, et spécialement des annonces solennelles de la Parousie prochaine, faites par Jésus lui-même ?, puis par Paul”, entre autres, au nom de Jésus.
On excusera ces explications d’un caractère général. Elles ontsemblé nécessaires pour la clarté et la probité des discussions suivantes. Le lecteur sait sur quel terrain nous pourrons nous placer, et pourquoi nous ne le quitterons pas. Ge sera le terrain des faits explicables, seule matière d'étude scientifique.
Chacun voit combien sont peu solides les fondements de l'opinion traditionnelle sur l'unité de composition du livre d’Habacuc. Mais cette unité ne laisse pas que d'être admise par des savants qui ne s'appuient point sur de telles considérations. D'autre part, on n'a garde de l’oublier, la critique littéraire, qui ne connaît pas des prophéties strictement dites, doit compter avec des prévisions ou des prédictions, qui se trouvent réalisées parfois de la manière la plus curieuse. Blass l'a bien mis en lumière daus sa « Philology of the Gospels * ». Savonarole ne prédit-il pas, en 1496, la prise de Rome qui arriva en 1527? Il entre dans d'étonnants détails et déclare, par exemple, que la dévastation s'étendra même
+ The Prophets and Prophecy, tvad. anglaise, 1877, Londres. . Notamment Marc 9! et parallèles.
1 Thessalon. 4152, 4. London, 1898, ch. 1V. Cf. aussi un article du même auteur dans la Veve Kirchliche Zeitschrift, 1896, p. 964 ss.
aux églises, transformées en écuries. Quand Savonarole parlait ainsi, il n’y avait pas encore de Luthériens. Leurs chevaux piaffaient et hennissaient dans Saint-Pierre, trente etun ans plus tard, comme des témoins oculaires l'ont rapporté. On ne saurait donc éliminer a priori la possibilité des prévisions justes, ou simplement des prédictions bizarrement réalisées. S'il ne faut pas faire du prophète plus qu'un homme, il n'y a pas de raison pour en faire moins qu'un homme et lui ôter le droit d'émettre, à ses risques et périls, des pronostics sur l'avenir.
À supposer que l'œuvre d'Habacuc püt être considérée comme un tout d'une seule venue, il la faudrait pouvoir dater. C'est où échouent toutes les hypothèses.
BerTeripce ! la fait remonter jusqu'au règne d'Ezéchias, en 701, au temps de l'invasion de Sennachérib. Il part de ce qu'il croit pouvoir appeler la « brillante découverte » de Budde. Les coupables visés par la prophétie ne peuvent être que les Assyriens. Betteridge arrive à cette conclusion par voie d'élimination. Il ne peut admettre que les oppresseurs soient une partie du peuple, parce que leur tvrannie n’est pas confinée à Juda, mais s'exerce surd'autres nations (41-15, 95.6.11), Ce ne sont pas les Chaldéens, désignés, au contraire, comme les vengeurs suscités par Dieu pour faire justice aux opprimés. La description passionnée des violences commises ne peut être rapportée à la domination égyptienne. Restent donc les Assyriens. Mais leur autorité ne pesait plus lourdement sur Juda dès la seconde moitié du règne de Josias: Force est de remonter plus haut. On ne peut s'arrêter à l’époque de Manassé, car les abominations idolâtriques d'alors eüssent empêché le prophète de donner au peuple le nom de juste, comme il le fait (1*). En outre, les Chaldéens n'ont joué qu'un rôle tout subordonné dans la révolte de Shamashshum-ukin contre la suzeraineté d'Assurbanipal vers 652. En 701, au contraire, il était naturel que la Judée, en proie aux horreurs d'une invasion assyrienne, tournât les yeux
1. Amer. Journ. of Theol., 1903, 647-661. — 11 est suivi par E. G. Hirsch, Jew. Encyc., VI, p. 117.
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vers les Chaldéens. Jamais ils n'avaient joué un rôle aussi important. Le capitaine chaldéen Merodach Baladan, après avoir tenu tête près de dix ans à l'autorité de Sargon, ne s'était-il pas révolté à nouveau contre Sennachérib, dès l'ascension de ce prince au trône ?
Toutefois, pourra-t-on objecter à cette hypothèse, quand Sennachérib se tourna contre la Judée, il venait précisément de soumettre Merodach Baladan. Ce n'était pas le moment de sereprésenter les Chaldéens comme un peuple de conqué-
rants rapides, qui s'’avance à travers les espaces de la terre, se jouant des villes et triomphant des rois.
Au reste, à prendre la prophétie comme un tout, et c'est la supposition de Betteridge, il faudrait reconnaître que non seulement 7°-!° mais encore les versets 1115. et tout le chapitre 11 s'appliquent aux Chaldéens. N'est-il pas souverainement étrange qu'après les avoir appelés comme vengeurs, Habacuc prévoie de si loin qu'ils seront oppresseurs à leur tour, et, à leur tour, succomberont sous la malédiction des peuples et le jugement de Dieu?
Enfin, les Assyriens ne sont pas une seule fois nommés, ce qu'on aurait peine à expliquer si toute la prophétie portait sur eux. Quant aux raisons particulières que Budde a cru pouvoir donner de son interprétation assyrienne, nous aurons à les examiner en discutant sa théorie. Qu'il suffise d'ajouter ici, en réponse à Betteridge, que l'élimination préliminaire sur laquelle il s’appuie pour conclure aux Assyriens, n’a rien de véritablement décisif. En effet, si l’on prend la prophétie pour un tout, « l’injuste» des versets 11%! ne peut être identifié à celui des versets 12*, Par suite, rien ne s'oppose plus à ce qu'on considère l’oppresseur, en 42-*, comme désignant une partie du peuple juif. La teneur du passage s'en accommoderait mieux que de toute autre supposition.
Placera-t-on la composition du livre d'Habacuc sous Manassé, avec Haevernick, Keil, Küpper, Delitzsch!, Baumgartner, ou sous Josias, comme Delitzsch l’estimait d’abord ? ?
1. Dans ses Messianische Weissagunygen*, 1899, p. 136. 2. Der Prophet Hab., Leipz., 1843.
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Cela paraît bien impossible. Avant la chute de Ninive, vers 606, ou plutôt avant la bataille de Carchémisch (604), on ne pouvait prévoir en Judée l'invasion des Chaldéens, encore moins, parler d'eux dans les termes de la fin du ch. tr (11-15), A plus forte raison ne pouvait-on se les représenter, à la fois, comme les libérateurs du lendemain {1°}, les oppresseurs du surlendemain {1!! ss) et, ultérieurement, les victimes de leur insatiable ambition (2).
Parmi les commentateurs déjà anciens, Knobel, Theiner, Hitzig, Bäumiein, de Wette, Bleek, Stähelin, Carrière ! situent la prophétie, prise globalement, aux environs de 604. Ils satisfont de la sorte aux exigences d'un passage : 1%-!*. Alors, en effet, les Chaldéens se révélaient comme de terribles conquérants, desquels on pouvait tout attendre. Babylone étaittombée dans leurs mains vingt ans plus tôt. Ninive venait de succomber sous leur effort, combiné à celui des Mèdes. Et voilà que les Égyptiens mêmes, envahisseurs et praliquement maîtres de la Syrie, se voyaient défaits à leur tour. La Judée pouvait compter que la grande marée montante de la domination chaldéenne l'allait submerger bientôt. Mais, à cette date de 604, il est moins facile de supposer chez le prophète l'expérience des ravages exercés par les envahisseurs et l’annonce de leur chute.
Oorr ? reconnaît que la venue des Chaldéens n’est pas suffisamment présentée, en 4%-!!, comme un châtiment pour Îles oppresseurs dont il est question en 1?-'. Il pense que la prophétie envisage successivement, et parfois même simultanément, la chute des despotes du dedans et des tyrans du dehors. L'unité de la pensée reposerait en ce rapprochement des Juifs iniques et des Chaldéens, dans de communes malédictions.
Oort essaie de répondre ainsi à l’argument qu'on tire, contre l’unilé de la prophétie, des multiples objets et des diverses ruines qu’elle paraît viser. Mais il continue de reconnaître que la prédiction de la chute des Chaldéens a sa part dans le
1. Carrière, Etud. histor., p. 16. 2, Theol. Tijdschr., XX V, 1891, p. 357-367,
passage 2°-?0, rapporté cependant, comme le tout de la prophétie, aux dernières années de Joachim. Sa théorie n'échappe donc pas à la critique faite plus haut.
En outre, Oort semble bien avoir raison de trouver qu’au verset 43 du ch. 1, il s’agit de nouveau des Juifs, comme en 12%. Mais cette conception n'est pas acceptable dans son hypothèse, d'après laquelle la prophétie a formé, dès l'origine, une véritable unité. Il écrit !: «le lien entre le verset 12et le verset 13 est, ce me semble, celui-ci: tu as destiné au jugement les Chaldéens, en apparence invincibles ; ainsi (Dieu) fera-t-il aussi avec vous, tyrans». C'estlà un commentaire qui simplifie beaucoup l'obscure complexité du texte. Encore l'exégète reconnaît-il lui-même combien reste violente cette saute de pensée. Il en appelle, pour la justifier, au passage non moins brusque de 42 à 4°. Mais ce n'est pas là prouver l'unité d'Habacuc. A ces indices multiples se révèlerait plutôt l'hétérogénéité des morceaux.
En dépit de la portée qu'il attribue au verset 13 et croit pouvoir donner encore au verset 14, Oort reconnaît que, dès le verset 15, la pensée revient de l'oppression intérieure à l'oppression extérieure, aux Chaldéens. Il concède que la transition entre 1!#-1* et 15 n’est pas plus indiquée qu'entre let 15. Il admet que des Juifs orgueilleux sont visés en 2-5 a, Landis que, dès la fin de la phrase, il s’agit d’un peuple étranger. Les deux versets suivants, librement développés ensuite (2°-20), sont censés concerner à la fois la double catégorie d'oppresseurs.
Si peu contrainte que soit l'allure des prophètes, il faut avouer que le fil de leur pensée, tel que Oort nous le donne à suivre, est par trop enchevêtré. Il y a tout lieu de croire que ce fil n’est pas unique, ni la pensée d'une seule venue, mais qu'on est plutôt en présence d'un véritable écheveau d'idées, où s'emmèlent, comme des fils divers, des rédactions multiples.
Nous avons vu qu'on ne peut guère dater d'avant la bataille