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Si l’on reporte la composition de tout le livre d'Habacuc au temps de l'exil, on arrive à expliquer l'annonce de la chute des Chaldéens. Encore ne faut-il pas dater la prophétie d'avant le milieu du vie siècle, puisque Babylone ne pouvait être considérée comme vraiment menacée, avant que Cyrus, devenu maître de la Médie (550), étendît ses conquêtes en Cappadoce et en Lydie (546). Mais comment rapporter à l'époque de la captivité de Babylone le ch. 1, qui suppose la libre exécution d'un chant lyrique, accompagné d'instruments à cordes, dans un temple encore debout, ou plus probablement restauré? Le chapitre 1°" ne s’accommode pas mieux d'une date exilique. C'est de l'invasion des Chaldéens qu'il s’agit ici, non de leur chute, et la vivacité du ton s’accorde assez mal avec l'hypothèse que toute celte description de leur arrivée triomphante n'aurait plus qu'un intérêt principalement rétrospectif, ne serait qu'une mise en scène, une préparation oratoire, cherchée, lointaine, au morceau du chapitre 11.
Dans l'hypothèse de l'unité réelle d'Habacuc, il faudrait même aller plus loin, et si l’on date l’ensemble du temps de la captivité, on devrait supposer que le prophète donne un double prélude à ses prédictions contre les Chaldéens : non seulement le tableau de leur invasion, supposée encore à venir (1%::), mais par delà, (12-‘), le tableau de l'état d'oppression d’Israël!, que les Chaldéens viennent venger. Rejeter violemment le lecteur de soixante années en arrière, le remettre — à supposer qu'il s’y puisse prêter, — dans une disposition d'esprit depuis longtemps abandonnée et telle que, se livrant à un jeu de dilettante, il soit censé d'abord attendre les Chaldéens et les saluer comme des libérateurs, ce serait une singulière façon de préparer les anathèmes dont ce peuple va devenir l'objet, une curieuse manière, pour le prophète, de traiter un sujet d'actualité et de guider à leur but les attentions, les émotions des Juifs, ses contemporains.
Ce sont inconvénients que n'évitent pas ceux qui placent à
1. Que cette oppression vienne de l’intéricur ou de l'extérieur, cela importe peu pour l'instant.
l’époque exilique la prophétie d'Habacuc, considérée comme formant un tout d'une seule venue. LaurerBurG! n'y pouvait, plus que d'autres, échapper.
Pour se soustraire aux conclusions que semblent dicter les indications musicales jointes au psaume du ch. ur, et spécialement à la mention du maître de chœur (3!°), il en modifie la lecture ?. Il suppose nx3 95 et rejoint ainsi la variante de la Septante : roù wxïñou. L'expression obtenue a peu de naturel: pour vaincre, c’est-à-dire pour se livrer à la jubilation, « ériumphiren, jubiliren », sur mes instruments à cordes. Encore faut-il supposer à nx3 une valeur qui n’est pas attestée en hébreu, et recourir, avec 195, à une forme si exceptionnelle qu'on ne la lit qu’en Job, deux fois. Mieux vaut garder Ja leçon traditionnelle, fort bien attestée et confirmée, dans le contexte, par les autres annotations musicales du morceau. Sans doute Lauterburg a droit de remarquer que l'indication contenue dans la leçon massorétique { irait mieux au début du chapitre qu’à la fin. Mais si l'on en infère, avec Nestle”, qu'elle se lisait primitivement au début d'un psaume qui suivait celui-ci, il n’y a rien là que de nature à confirmer l’origine spéciale du chapitre, et son caractère de lyrisme choral, destiné au service du temple.
Lauterburg a bien senti que l'annonce des Chaldéens en 1*:° ne pouvait se concilier, dans son hypothèse unitaire, et d'après la date exilique qu'il assigne à l’ensemble du livre, avec la prédiction de la chute des Chaldéens, contenue au ch. x. Mais le remède qu'il propose est radical. Il consiste f à ue plus lire le nom de ce peuple en 1%. C'est l'invasion libératrice des Perses qui est censée décrite en ce passage 7. Les Chaldéens sont les oppresseurs® que les Perses viennent châtier.