Zeitsch. F. altt. Wiss., 1884, p. 155 ss
placer haut son nid pour échapper au malheur, ce ne peut. être qu'un parvenu, sans doute un palestinien. Il se livre à des bacchanales avec ses amis dans le « Burg » qu'il vient de Se bâtir. Il chasse dans le Liban, et n'y épargne rien. Comment pourrait-on reprocher à une armée conquérante d'avoir abattu des cèdres ? N'eût-elle pas eu mieux à faire qu'à batailler contre les arbres et à lutter contre les fauves? Tous ces traits ne peuvent convenir qu'à un tyranneau pillard, une sorte de chevalier brigand.
Mais il faut, pour l'entendre ainsi, barrer du texte les versets 12-14. 14 n’est pas à défendre. Il est exact que le verset 12 semble s'inspirer de Michée 3!°. Mais cette réminiscence peut s'expliquer au vie siècle aussi bien que plus tard, s’il yaréminiscence et non pas simplement usage d'une façon de parler proverbiale. C'est la dernière hypothèse qui convient le mieux pour 2'3, identique à Jérémie 5458.
On sait que les princes babyloniens ont fait violence au Liban ‘. Quant à leurs chasses, elles sont connues. Les allusions du prophète ne sont donc pas saugrenues, si elles visent les oppresseurs étrangers, assyriens ou chaldéens. Mais surtout il faut remarquer que ces souvenirs servent ici de pur prétexte à l'emploi d'expressions d'une portée plus générale. Le Liban prend une valeur presque métaphorique, comme métaphorique est la coupe, et le nid perché bien haut. Outre le sens naturel du verset 7, de 8 si on le garde, de 12et 13 qu'on n'a pas à proscrire, les images des versets 45-17 s'entendent infiniment mieux d'une nation conquérante et des peuples qu'elle a humiliés, que d'un brigand palestinien qui chasse et boit sans retenue avec les amis de sa fortune.
C'est aux dominalteurs étrangers d'Israël que s'adressent les malédictions du chapitre 11 d'Habacuc. Reste à décider s’il s'agit des Chaldéens, comme on l'a généralement admis, ou, comme Buppe le suppose, des Assyriens. Son hypothèse est commandée par une théorie plus vaste, en vertu de laquelle
1. Cf. Schrader, Keilinschr. 1, 111, 131 8., 141, 161, 163, 185. Zs., 14, EU
le chapitre 1 lui-même est-une prophétie dirigée contre Assur !. Sans aborder, pour l'instant, une discussion générale de celte façon de voir, examinons seulement si lapplication que Budde en fait, dans le passage en question, se présente comme probable.
Elle ne saurait s'appuyer sur l'interprétation littérale de locutions qui sont figurées, sur les chasses et coupes de cèdres que mentionnent les textes cunéiformes ?. Nabuchodonosor, aussi, était passionné chasseur et avait besoin de bois de prix pour ses constructions grandioses. Surtout, il ne convient pas de chercher des indications historiques précises où il n’y a que façons de parler. Il en va de même pour l'expression : «placer son nid en haut ». Budde estime qu'elle s'applique à la Situation de Ninive mieux qu’à celle de Babylone.
Les trois malédictions qu’il conserve (2677 !2 9-10), conviennent aux Chaldéens aussi bien qu'aux Assyriens. Mais le ton même du morceau, l’indignation qu’il suppose chez le prophète, l'oppression sanglante et la tyrannie éhontée qu'il dénonce, tout cela s’expliquerait bien mal, si l'invective était dirigée contre les Assyriens. Leur joug ne pesait plus d’un poids si lourd. Josias n’avait-il pu traiter l’ancien domaine d'Israël, devenu pourtant province assyrienne, comme une extension de ses états? L'état de choses décrit dans le morceau en question, l’état d'âme dont il est l'écho, s'accordent bien mieux, au contraire, avec les circonstances extérieures et les dispositions intérieures dans lesquelles pouvaient se trouver des Juifs, qui avaient vu mettre à sac Jérusalem et détruire le Temple, aveugler le roi Sédécias et massacrer ses fils, — des Juifs déportés en captivité.
Ges prédictions de malheur semblent prononcées contre Babylone dans une explosion de joie vengeresse. On dirait
1. Séud. u. Kritiken, 1893, 383-393 ; Eæpositor, 1895, 1, 372-385; Encycl., Bib., Il, 1921-1928 ; Gesch. d. alt. hebr. Lit., 90 ss. Id., Cornill, Einl., S 34. Cf. encore Baudissin, Æinl., 544. Slärk tient aussi les Assyriens pour les oppresseurs, mais place le livre sous Manassé, Das Assyr. Weltreich, 154 ss. « 2. Stud. u. Kr.; p. 391.
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que le prophète savoure d'avance la revanche, qu'il voit prochaine, et dont il s'estime certain. Tout cela s'explique, au mieux, vers l'époque où l'on pouvait discerner des signes avant-coureurs de la chute des Chaldéens.
Vers le milieu du vi° siècle, on entendit dire à Babylone qu'un prince perse du nom de Cyrus, avec une toute petite armée, avait écrasé les forces des Mèdes, dont l'empire avait tant de prestige et s’étendait si loin. Le roi Astyages, ajoutait-on, avait été fait prisonnier !. Il était conduit à Ecbatane, enchaîné. Bientôt Nabonnedos, qui semblait jusque là n'avoir guère prévu la catastrophe imminente, prenait quelques mesures de précaution. Il quittait Babylone. Il plaçait l'armée de l’'Euphrate sous le commandement d’un de ses fils. Puis, pendant plusieurs années, les solennités religieuses chômèrent. On ne vit plus se dérouler, à Babylone, ces processions pompeuses auxquelles le roi, naguère, prenait toujours part, pour lesquelles, à présent, il ne se dérangeait plus. Quelle était la vraie cause de tous ces changements? C’est chose difficile à dire. Ge qui est sûr, c’est qu'on n’envisageait pas l'avenir avec tranquillité. Plus Babylone devenait anxieuse et morne, plus ses caplifs dressaient la tête et, d'avance, exultaient. Dès 547/546, Nabonnedos s’alliait contre Cyrus avec le roi d'Egvpte et Crésus. Mais, presque aussitôt, Crésus était vaincu, et la Cappadoce, la Lydie, les cités grecques d’'Asie-Mineure tombaient aux mains du conquérant. C'est vers cette époque, sans doute, dans les premières années qui suivirent la moitié du vi‘ siècle, qu'un prophète juif, donnant une formule à l'attente universelle, chanta, pour ses compagnons de captivité, la ruine prochaine des Chaldéens (Hab. 21°).