POINT DE VUE SYNTHÉTIQUE
(La rédaction.)
Nous avons cru reconnaître dans l'analyse du livre d'Habacuc la combinaison rédactionnelle de quatre morceaux primitivement distincts : deux psaumes : 174.15, 9 et le chapitre ir ; deux prophéties : celle de l'annonce des Chaldéens : 45-10,41417 celle des malédictions : 2%5ss.. Reste à expliquer dans la mesure du possible la composition du livre.
Le plus vieux morceau du recueil est celui qui annonce l'invasion chaldéenne. Il date d'environ 604. Il s'est trouvé rapproché de l’autre prophétie (2*!°), qui date d'environ 530, à raison de la commune matière des deux passages, c'est-àdire, de leur commune application aux Chaldéens. On peut se demander si le nom d'Habacuc ne convenait pas plutôt à l'auteur de la seconde de ces prédictions, qu’à celui de la première. C'est un mot assyrien. Il désigne, dans celte langue, une plaüle poligère. Avec Le nom de Suzanne, c'est le seul noi propre hebreu connu, qui soit emprunté au règne végétal. Son origine linguistique s'explique mieux à partir de . l'époque de la captivité qu'auparavant. Quand les deux prophéties furent rapprochées l’une de l’autre le nom d'Habacuc aura passé, de la seconde, en tête de la première, que l'ordre chronologique des événements envisagés maintenait à cette place !.
1. La composition des deux morceaux étant séparée par une soixantaine
d'années, il serait difficile de les attribuer à un même auteur, même si nous avions, pour le faire, des motifs plus spécieux que leur rapprochement actuel.
LÉ
À la pure juxtaposition des deux prophéties, un rédacteur entendit donner une unité plus grande, et de même que la ruine des Chaldéens était expliquée, légitimée par leurs crimes, il voulut indiquer la raison providentielle de la puissance dont ils avaient précédemment joui, la raison du succès de leurs armes, de cette invasion, en particulier, qu'il voyait décrite en 1565, Cette cause, il la trouva dans les péchés du peuple juif, que les Chaldéens avaient, pensa-t-il, reçu mission de châtier.
C'est par la mise en valeur de cette double idée, la raison providentielle de la grandeur et de la décadence chaldéenne. que voulait être assurée l'unité littéraire des morceaux. Matériellement, un psaume y a servi, soit que le rédacteur le rencontrât déjà juxtaposé aux prophéties, soit plutôt qu'il l’'empruntât d’ailleurs. Le même psaume, divisé en tronçons, allait fournir successivement, dans les scènes d’oppression qu'il évoque, un arrière-plan au tableau de la venue vengeresse des conquérants, et à celui de leur chute. Par le scandale du mal d'abord impuni, il allait légitimer et préparer le châtiment des Chaldéens sur Juda, et celui des Mèdes sur les Chaldéens.
Un second psaume, développement brillant d'une théophanie eschatologique, résumerait et couronnerait les enseignements des deux premiers chapitres, en montrant Dieu en personne derrière les instruments humains de sa Providence, et, par delà les manifestalions fragmentaires de sa puissante justice, le suprême jugement. Ce n'est donc pas sans raison qu'on attribue au livret d'Habacuc une assez grandiose unité de composition. Seulement, ce n’est qu'une unité factice et surajoutée, qui n’a point fait disparaître la trace de l'hétérogénéité des morceaux.
Le psaume que le rédacteur destinait à servir de ciment aux deux prophéties, se composait de cinq télrastiques. Il plaça les trois premiers au début du recueil (17). Cette description de l’état d’injustice qui prévaut en Juda, fournissait un prétexte moral et une justification à la venue du fléau de Dieu. Mais le rédacteur veut être bien sûr qu'on interprètera
do
les choses de la sorte, qu'on tiendra l'invasion chaldéenne pour un châtiment divin. De là cette introduction spéciale de la prophétie, cette mise en scène du verset 1°, rédigée en tétrastiques comme le début du psaume qu'elle continue :
Regardez parmi les peuples, ete. *.
L'annonce de la venue des Chaldéens reposait, au point de vue strophique, sur le groupement cinq fois répété : tétrastique suivi de distique. Le rédacteur décompose ce morceau en deux parties : les Chaldéens justiciers, — les Chaldéens coupabies. Il ne pouvait séparer le quatrième groupement strophique ? du cinquième *, qui prolonge le même développement avec les mêmes métaphores. Il arrête donc la première moitié de la citation après le troisième groupement, mais en modifiant le distique du verset 11. Dans le texte rédactionnel que nous ylisons aujourd'hui, nous constatons que la pensée tourne brusquement. Jusque là les envahisseurs étaient envisagés dans la manifestation extérieure de leur activité victorieuse. Mais voici soudain qu'il est question de leurs dispositions morales et religieuses :
Alors ses sentiments passèrent la mesure, il transgressa, Et il fit de sa force son Dieu.
L'idée pouvait être inspirée par ce qui est dit au verset 16:
Aussi sacrifie-t-1l à ses rêts, Offre-t-il de l’encens à son filet,
Mais elle est prématurée en 411, au milieu de la description des ravages qu'accomplit l'envahisseur. Le développement du Versel 14 suit celui du verset 10 11 s’agit toujours des conquêtes du peuple chaldéen, et non pas de ses sentiments intimes. Le verset 41 actuel, qui paraît, témoin la division strobhique, remplacer un autre distique originaire, sert à introduire la seconde idée du recueil : les vainqueurs se rendent