HISTORIQUE
Dans la littérature rhinologique, depuis quarante ans, il a été souvent question des céphalées d’origine
nasale, et diverses étapes peuvent être envisagées :
— Période d’imprécision, névralgie sphénopalatine, syndrome du nerf nasal, sinusite, vacuum sinus.
— Période actuelle d’éclectisme.
1° Période d’imprécision
Hack (1882) parle le premier, longuement, des migraines et névralgies venant du nez. Il cite trente observations de guérison par des cautérisations sur les cornets moyens et inférieurs.
Inspiré par les travaux de Hack, Lavrand, de Lille, a eu l’occasion d’observer des guérisons de névralgies faciales par cautérisations ignées des cornets inférieurs, une guérison subite par cautérisation chronique d’un gros cornet moyen.
Coupard (1890) cite un cas de névralgies atroces et rebelles, guéries par la cautérisation ignée d’un cornet moyen augmenté de volume et comprimé entre la cloison et la paroi externe des fosses nasales.
En 1892, Renous soutient sa thèse sur les migraines en rapport avec l’hypertrophie des cornets.
L’année suivante, Maximilian Bresgen lit un mémoire à la Société Médicale de Francfort sur la céphalalgie dans les affections nasales. Cet auteur estime que
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la céphalée accompagnant les affections du nez est due surtout à « un défaut de conformation intéressant la partie supérieure, le domaine du cornet moyen »; il ajoute que, dans les nez irrégulièrement rétrécis, « la conformation et la disposition de la cloison viennent surtout en considération. Si la portion supérieure, osseuse, est fortement bombée d’un côté, il suffira d’une légère tuméfaction sur ce point pour déterminer des
symptômes très accusés de compression et d’irritation ».
En 1898, Walter Spencer présente à la Société Laryngologique de Londres un cas de névralgie du trijumeau guérie par l’ablation du cornet moyen.
Bukofzer, en 1903, publie un cas très net de névralgie totale du trijumeau d’origine nasale. Il enlève une crête de cloison qui exerçait une compression sur la paroi externe de la fosse nasale, La névralgie disparaît, semble-t-il, définitivement.
Un autre malade du même auteur avait de l’hypertrophie du même cornet moyen, des céphalées et des scotomes scintillants.L’ablation du cornet fit disparaître les
accidents.
Raoult, en 1914, parle au Congrès de Laryngologie des névralgies et migraines d’origine nasale et otique D’après lui, les céphalées nasales seraient fréquemment accompagnées d’otalgie réflexe.
Ajoutons que de nombreux auteurs parlent de la céphalée incidemment, comme d’un symptôme accessoire des affections du nez.
En somme, si le cornet hypertrophié ou comprimé
a été considéré comme provoquant des troubles respi-
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ratoires, olfactifs et de rétention sinusienne, on lui a
aussi attribué des névralgies faciales caractérisées.
2 Névralgie sphénopalatine
Puis vient la période du ganglion de la névralgie sphéno-palatine. Le syndrome de Sluder, ou syndrome du ganglion sphéno-palatin, ou syndrome sphéno-palatin (Ramadier) a été à l’honneur ces dernières années et a été l’objet de nombreuses discussions.
On le décrit habituellement comme une névralgie faciale d’une topographie et d’un caractère particuliers : les douleurs à type de causalgie, de paresthésie agaçante (fourmillement, ruissellement froid avec des paroxysmes), ont un siège périorbitaire ou rétro-orbitaire, parfois endonasal (partie profonde ou cavum) et s’irradient à l'oreille et à la mastoïde ou à l’occiput et à la nuque, plus rarement à l’épaule et au bras. Le signe d'Ewing est nettement positif. Ces douleurs s’accompagnent de troubles réflexes, bien décrits par Halphen : troubles sécrétoires (rhinorrhée, larmoiïement) et vasomateurs (obstruction nasale avec élévation de la température locale que Terracol (in Halphen) a contrôlée avec un thermomètre. On a décrit aussi des symptômes oculaires accessoires : photophobie, asthénopie accommodative.
L’otalgie peut être l’unique symptôme d’une irritation du ganglion sphéno-palatin (Reverchon).
De nombreux auteurs français et américains ont adopté la conception de Sluder (Ruskin a fait, en dix ans, plus de mille alcoolisations du ganglion sphéno-
palatin pour les troubles les plus divers). Mais elle a été
re
combattue par d’autres, se basant surtout sur des arguments anatomiques. Bourguet critique les auteurs qui placent toute la sensibilité du nez sous la dépendance du ganglion sphéno-palatin : cette sensibilité, pour lui, dépend seulement du trijumeau.
En somme, cette théorie est très intéressante, elle explique un certain nombre de choses, mais on a voulu donner des frontières trop étroites à ce syndrome, et Mayerson insiste sur la possibilité d’une excitation des bouts périphériques des rameaux sensitifs au niveau de la muqueuse nasale : « Il ne faudra pas toujours croire à une sinusite sphénoïdale, comme le soutient Vail, et, par là, le syndrome de Sluder (gardons le nom puisque cet autour a le premier décrit cet ensemble clinique bien défini) sera justiciable d’un traitement souvent plus simple. »
8° Syndrome du nerî nasal
A côté du syndrome du ganglion sphéno-palatin se
situe le syndrome du nerf nasal :
Le syndrome du nerf nasal, ensemble symptomatique d’une physionomie très particulière, a été individualisé, en 1930, par Charlin, de Santiago, qui lui a consacré une série de publications. De nombreuses observations en ont été faites depuis lors, et Joseph en a réuni une série de cas dans sa thèse.
Les syndromes cliniques sont habituellement de trois ordres :
a) Inflammation du segment antérieur de l’œil; b) Névralgie intense dans le domaine du nerf nasal:
c) Coryza unilatéral avec hydrorrhée profuse.
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a) L'examen oculaire révèle soit un ulcère de la cornée, soit de l’iritis, soit une kératite épithéliale discrète, en un mot une polarite antérieure résistant aux traitements oculaires. On attribue les douleurs aux lésions oculaires alors que c’est la névrite qui est la cause de l’ulcus. Ces lésions oculaires sont parfois très discrètes et peuvent consister en petits dépôts à formes de points sur la menbrane de Descemet (Dente et Giussani).
b) Les douleurs, d’une extrême violence, parfois plus sourdes, surviennent, par crises, dans la région orbitaire et périorbitaire et s’irradient vers l’aile du nez.
A l’examen, on trouve des points cutanés douloureux, au niveau de la poulie du grand oblique (nerf nasal externe) et au niveau de l’aile du nez (nerf naso-lobaire). On a décrit aussi des éruptions vésiculeuses dans le domaine de ces nerfs.
c) La sécrétion nasale est, en général, abondante, unilatérale et elle accompagne les douleurs : l’examen rhinoscopique démontre une rougeur anormale et un gonflement de extrémité antérieure du cornet inférieur : la pituitaire est hypersensible dans le tiers antérieur de la fosse nasale.
Pour Charlin, l’étiologie du syndrome est multiple Dans les observations qu’il a publiées, il implique ou une épine nasale irritative, ou une maladie infectieuse (grippe), ou le diabète (acidose), ou la syphilis, ou la tuberculose, ou une affection dentaire (focal infection). Bonnet et Paufique se demandent si l’on ne peut pas admettre l’existence de zona ophtalmique localisé dans la sphère du nerf nasal, réalisant une forme oculaire
pure de zona.