H DÉDICACE
Ce n'est pas une grande fête, ce pclit livre-là, et, certes, je n'aurais pas songé à l'offrir au brillant écrivain qui, vivant, écrivant avec nous, donnait naguère la vie et la grâce à tant de beaux livres de la fantaisie et du monde parisien ! Quelle joie, en ces heures si loin de nous, quand nous étions occupes uniquement des travaux du style et des fêtes de l'imagination ! Étions-nous assez jeunes, étions-nous assez libres en ces temps fortunés! Belles journées, trop vite envolées! On se voyait à toute heure du jour, on avait toute Tannée à se parler de ces choses divines : l'art, le talent, le chef-d'œuvre ! On voyait marcher devant soi les grands poètes, les grands génies de ce siècle, Hugo et Lamartine ; on rêvait à leur ombre ; on se chauffait à leur soleil ; on participait à leurs vives et éloquentes clartés !
Ea ce temps-là, il nous semblait que toute chose nous était duc! Il nous semblait que la route irait ainsi, joyeuse et sans fin, à travers des printemps éternels! ^'ous vivions en famille, au sein d'une paix profonde; en grand travail, au milieu des faciles loisirs. On n'entendait que nous, on ne lisait que nos contes; on ne savait que nos poëmes. L'Europe entière acceptait nos pai'oles. il y avait au sein de la ville une haute montagne, un Sinaï glorieux, et, de ces hauteurs,
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se faisaient enleiulre, également écoutés, les avocats de ces grands principes que 178U a jetés h la dispute et à l'avenir des nations modernes. Que de tempêtes dans cet océan, et combien d'éclairs! que d'espérances dans tous ces doutes ! L'Europe entière étudiait nos discours, lisait nos livres, et nous saluait, agitée et contente; elle partageait nos espérances, elle était de moitié dans nos passions î
Maintenant, nous ne sommes plus que des voix dans le désert, et des compagnies dans la solitude. Aussi que de soucis sur nos fronts, jadis si joyeux! que de tristesses au fond de nos cœurs, enivrés de tout ce qui était beau et bon ici-bas! Le To Kalon s'est voilé, l'étoile est tombée, et notre petit monde est divisé en deux parts, — la part de ceux qui restent, et la part de ceux qui sont partis.
Eh bien (et c'est justement pour le le dire que j'ai songé à l'offrir ce petit livre!), moi qui t'aimais toujours dans le camp où je n'étais pas, au plus fort de nos douleurs passées, maintenant que je te retrouve ici, loin de tout ce qui était la force et la gloire, il me semble que je l'aime davantage.
Reçois donc, cher ami, ce petit livre que je t'offre, et ces quelques lignes que je t'adresse en