LE DERNIER VOEU DU PÈRE DE M. DE GISORS
A ces mots le vidame prit, sous son chevet, une petite cassette damasquinée en or, d'un riche et précieux travail.
~ Ceci, dit-il, renferme la fortune que je puis laisser à M. de Guys, au frère du comte de Gisors : emportez-le, ma fille.
Elle prit la cassette sans mol dire.
— Quand je ne serai plus, vous la remettrez à M. de Guys, vous la lui remettrez à lui-même, sans lui dire d'où elle vient, car jamais je n'ai pu être un père pour M. de Guys; ce jeune
homme vous verra ; il vous verra, ne fût-ce qu'une seule fois, qu'un seul instant, et vous lui expliquerez qu'il était h frère adopte par M. de Gisors. Vous lui direz aussi qu'il soit honnête homme, et qu'il ne songe pas à découvrir sa famille... Hélas, il n'a pas de famille! S'il ne devait pas vous voir, madame, et s'il ne devait pas entendre, de votre bouche même, les derniers ordres de l'homme qui le protégeait ici-bas, et qui le protégera encore de là- haut, jetez celte cassette au premier mendiant qui passera sur votre chemin... Mais non, vous me promettez de la remettre vousmême et à lui-même, n'est-ce pas, madame? Le dernier vœu du père de M. de Gisors sera sacré pour la femme que M. de Gisors a aimée.
— Je le promets, dit la jeune femme.
Le vieillard la remercia d'un regard. Déjà il ne pouvait plus parler. Puis lui prenant la main droite, il y porta ses lèvres mourantes...
Le dernier des Lusignan était mort.
Quand la comtesse revint à elle-même elle se trouva au fond de son carrosse. La précieuse cassette était à ses côtés et la vieille qui lui avait enseigné Thôtel de Lusignan lui demandait d'une voix suppliante de la reconduire à sa pauvre maison.
En effet, la comtesse reconduisit la vieille femme à son cabaret, et en descendant de voiture la vieille femme disait, les yeux levés au ciel ! — Saints et saintes du paradis, priez pour elle! priez pour lui !