‹ La comtesse d'EgmontChapitre 26 sur 35 · LE SERMENT DE MADAME D EGMONT · texte numérisé non relu

LE SERMENT DE MADAME D EGMONT

Et quand la huitième heure eut sonné, le jeune homme, obéissant au rendez-vous^ rencontra madame la comtesse d'Egmont; elle était voilée, elle était dans l'ombre. Elle lui parla, d'une voix pleine d'émotion, de M. deGisors son frère... « Et d'un vieillard qui vous aimait comme un père, M. de Guys ! Ils sont morts l'un et l'autre, et c'est moi qu'ils ont chargée de leurs volontés dernières. Ils veulent que vous soyez sage et brave, hardi et fidèle, confiant dans votre fortune et docile à votre étoile ! Ils veulent que moi, qui ai votre âge à peine, je veille sur vos destinées, et que je vous sois une Providence invisible. Ainsi

ferai-je, et comptez (vous ne me verrez plus jamais) qu'on veille sur vous , et que dans la voie où vous entrez, on vous suivra. Ils veulent enfin que vous soyez riche, comme il convient au rejeton d'une noble famille, et c'est pourquoi ils m'ont commandé de remettre en vos mains celte fortune dont vous ferez un digne usage ! Ainsi, monsieur, voilà une œuvre accomplie , et voilà que j"ai tenu mon serment. Les deux morts et moi-même nous comptons bien que vous vous montrerez digne de cette sollicitude. »

Pour tout dire elle parla avec la grâce, la courtoisie et l'autorité d'une reine au sujet prosterné à ses pieds. Puis elle sortit, en défendant au jeune homme interdit de faire un seul pas pour la reconduire.

— Adieu, lui dit-elle.

Et M. de Guys, écrasé par cette apparition, cherchait en vain à se reconnaître. Il se demandait qui donc était celte femme, et si vraiment c'était bien la même femme qu'il avait tenue entre ses bras?

— Ah ! se disait-il, c'est une fée, et malheur à moi ! Elle me méprise, elle ne m'aime pas !

D'autres fois il se demandait si ce triste rêve devait le tourmenter longtemps? et il s'agitait comme s'il eût voulu se réveiller !

Vaine espérance ! Et quand enfin il eul ouvert

la riche cassette, cl quand il eut touché, de ses mains, celle forlunc incroyable, que lui remettait la Providence en personne, sous son plus doux et plus charmant aspect, alors, le malheureux! il vit enfin qu'il n'était pas le jouet d'un songe, et se rappellanl, d'une façon moins confuse, celte éblouissante vision, il comprit que c'était bien réellement une femme qu'il avait vue... et cette femme, elle venait de lui en donner l'ordre, il ne devait plus la revoir! Désormais il était seul ici-bas! A celte cruelle pensée il sentit son cœur se briser dans sa poitrine, il avait tout perdu, même l'espoir.

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