I.A FILLE DU DUC DE RICHELIEU
Cependant, regardez avec soin au-dessus de la porte fermée, qui donne entrée à l'oratoire où s'est réfugiée, en pleine méditation, la jeune femme qui sera l'ornement de ce récit, vous verrez, réunies en bloc, les diverses armoiries de celle illustre maison, à savoir : un large écusson, coupé de quatre pièces au chef, soutenu de quatre en pointe au 1 de Ilonr/iie, au 2 de Najjles-Sidlo, au 5 de Jérusalem, au 4 (i^ Aragon, au 5 et 1 de la pointe 6^' Anjou ancien, au 6 de Guelclres, au 7 de Juliers, au 8 de Bar, et sur le saut d'or à la bande de (jueules, chargée de trois Alcyons d'argent, qui est de Lorraine,
écartelé de Guise et d"Esl, partie de la Marck coupé de France, contre-écartelé de Bourgogne moderne, bordure de gueules chargée de huit besants d'or.
<: Roy je ne puy, duc je ne dègne, Rohan suis! »
Oui, mais de ces fabuleuses grandeurs cette maison était descendue à une noblesse douteuse, et la jeune femme que voici, si elle était une princesse de Guise par sa mère, n'était, en fin décompte, que la fille du duc de Richelieu. C'était là, comme on disait à la cour, la pierre d'achoppement, el les seigneurs et les dames qualifiées murmuraient tout bas le nom de Wlr/nei'od, quand on leur parlait du Balnfré.'Sltme ce fut un des plus rares efforts de votre génie et de votre autorité suprême, ô magnanime cardinal ! lorsque après dix-huit ans de règne el de gloire, il fut enfin convenu, à la cour de nos rois, que les hommes de votre maison seraient comptés comme autant de gentilshommes, el que votre noblesse ne serait plus contestée.
Et voilà comment la jeune femme, qui sera l'héroïne de notre histoire, appartenait tout ensemble, par sa mère à l'empereur Charlemagne, le chef de la féodalité, et par son père au cardinal
de Richelieu qui a décapité le monde féodal. Ainsi faite, avec toute la grâce et tout l'orgueil légitime que comportaient sa beauté, sa jeunesse et le nom de ses ancêtres, cette enfant, le dernierné d'un vieillard qui remplissait l'Europe entière de son faste, de ses vices et de son esprit, semblait réservée aux plus heureuses destinées. Elle était le charme, Torgueil, et j'ai presque dit l'innocence, de ce fameux maréchal duc de Richelieu, qui fut le dernier prodige et le dernier sourire du siècle de Louis XIV; un prodige, un danger, une gloire; ajoutez une honte avec toutes les qualités et tous les défauts que peuvent donner, poussés à leur dernière expression, la valeur, la grâce, le mensonge, le sangfroid, le goût, le ton, l'usage, la perfidie et les plus mauvais penchants du cœur, dissimulés par les plus merveilleuses qualités de l'esprit.