SUR LA CONQUÊTE DE MAHQN
Depuis plus de quarante anne'es Vous avez été mon héros, J'ai présagé vos destinées.
Ainsi, quand Achille à Scyros Paraissait se livrer en proie Aux jeux, aux amours, au repos, Il devait un jour sur les flots Porter la flamme devant Troie.
Ainsi, quand Phryné dans ses bras Tenait le jeune Alcibiade, Phryné ne le possédait pas; Et son nom fut, dans les combats, Égal au nom de Miltiade.
Jadis les amants, les époux Tremblaient en vous voyant paraître Près des belles; et près du maître Vous avez fait plus d'un jaloux.
Enfin, c'est aux héros de l'être.
C'est rarement que dans Paris, Parmi les festins et les ris,
On démêle un grand caractère :
Lo préjugé ne conçoit pas Que celui qui sait l'art de plaire Sache aussi sauver les États, Le grand homme échappe au vulgaire; Mais lorsqu'aux champs de Fontenoi Il sert sa patrie et son roi; Quand sa main des peuples de Gênes Défend les jours et rompt les chaînes; Lorsqu'aussi prompt que les éclairs, Il chasse le tyran des mers Des murs de Minorque opprimée.
Alors ceux qui l'ont méconnu En parlent comme son armée; Chacun dit : je l'avais prévu.
Le succès fait la renommée.
Homme aimable, illustre guerrier, En tout temps l'honneur de la France, Triomphez de l'Anglais altier, De l'envie et de l'ignorance.
Je ne sais si dans Port-Mahon Vous trouverez un statuaire; Mais vous n'en avez plus affaire, Vous allez graver votre nom Sur les débris de l'Angleterre; Il sera béni chez l'Ibère Et chéri de ma nation.
Des deux Richelieu sur la terre Les exploits seront admirés, Déjà tous deux sont comparés, Et l'on ne sait qui l'on préfère.
Le cardinal affermissait Et partageait le rang suprême .D'un maître qui le haïssait; Vous vengez un roi qui vous aime, Le cardinal fut plus puissant, Et même un peu trop redoutable; Vous me paraissez bien plus grand, Puisque vous clés plus aimable.
Ces vers reçus par le maréchal avant l'assaut, il ne les avait
LA COMTESSE D'EGMONT Cl
confiés qu'à son gendre, le comte d'Egmont ; mais celui-ci en avait envoyé plusieurs copies à Paris, à des ami peu discrets que lui ; et les ennemis du maréchal s'en étaient emparés, et riaient à bon droit de ces flatteries pr('muturècs(l), et le malheur voulait qu'on donnât ce jour-là les Chasseurs £t la Laitière.
A ce refrain du vaudeville ;
Ne vendez pas h peau de l'ours Avant de l'avoir mis par terre.
tous les spectateurs se retournèrent du côté de madame d'Egmont ; et sa confusion fut telle, qu'elle se sentit prèle à se trouver mal. La vieille duchesse se repentait vivement de l'avoir exposée à cette sorte d'outrage, dont la prudence défendait de marquer le moindre ressentiment. Elle et sa nièce ne savaient plus quelle contenance faire ; et l'embarras des hommes qui se trouvaient avec elles devenait insupportable, lorsque la porte de la loge s'ouvre tout à coup, un valet de chambre, dont le visage, les gestes animés expriment une
(!) Ce passage d'une lettre de Voltaire à M. d'Argental prouve ce fait :
« C'est une pièce complexe, à ce que je vois, que celle de Port-Mahon. Nous ne touchons pas encore au dénoûment, et bien des gens commencent à siffler. Ma petite lettre envoyée par M. d'Egmont à madame d'Egmont a donné assez beau jeu aux rieurs; on en a supprimé la prose, et on n'a fait courir que les vers, qui ont un peu l'air de vendre la peau de l'ours avant qu'on l'ait mis par terre. Si M. de Richelieu se prend pas ce maudit rocher, il retrouvera à Versailies et à Paris beaucoup plus d'ennemis qu'il n'y en a dans le fort Saint-Philippe. lit faut pour mon honneur, et pour le sien surtout, qu'il prenne incessamment la ville. Il se trouverait, en cas de malheur, que mes compliments n'auraient été qu'un ridicule. Je vous prie bien de dire, mon cher ange, que je n'ai pas eu celui de répandre des éloges prématurés. Si M. d'Egmont avait été un grand politique, il ne les aurait fait courir qu'à la veille de prendre la garnison prisonnière. »
{Correspondance de Voltaire, tom. lxxii, page 342.)
vive émotion, adresse quelques mots à la comtesse d'Egmont ; elle laisse échapper un cri de joie, veut répéter à madame d'Aiguillon ce qu'on vient de lui dire; mais, épuisée par l'affreuse contrainte qu'il lui a fallu supporter, par l'effet de la transition subite d'un sentiment à un autre, elle ne peut proférer un mot, sa respiration s'arrête, son visage est baigné de l'armes; elle succombe un moment à son émotion.
LA PRISE DE MAHOtt
Au bruit qu'a fait la porte de la loge, ouverte brusquement pendant l'air de madame La Ruette, le parterre s'est retourné et a vu le valet de chambre. A l'émotion visible que ses paroles causent à madame d'Egmont, on a deviné qu'il est le messager de quelque nouvelle importante. On demande à la savoir : les cris, les trépignements redoublent, le spectacle en est interrompu ; alors le duc d'Aiguillon est envoyé par sa mère, pour apprendre aux autorités du théâtre la prise du fort Saint- Philippe. Cette bonne nouvelle se répand aussitôt dans la salle, on crie :
— Vive le vainqueur de Mahon! vive le maréchal de Richelieu!
Tous les spectateurs battent des mains, en regardant madame d'Egmont. L'ivresse est générale.
Le valet de chambre du comte d'Egmont avait pris les devants, pour prévenir la comtesse que son maître arrivait dans la nuit, chargé des dépêches du maréchal de Richelieu pour ie minisire de la guerre ; mais le duc de Fronsac, qui s'était particulièrement distingué au siège du fort, avait obtenu de son père la faveur d'être porteur de la lettre qui instruisait le roi de la victoire remportée par ses troupes.
Arrivé à l'hôtel de Richelieu, sans avoir pris un instant de repos, le duc de Fronsac ne se donne as même le temps de
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voir sa sœur, et repart aussitôt pour Compiègne, où se trouve :'a cour.
A la fin du spectacle, les acteurs chantèrent des couplets improvisés en l'honneur du maréchal de Richelieu, du duc de f ronsac, du comte d'Egmont, et même de la comtesse qui était présente.
Cela fit scène (1), dit l'auteur des Nouvelles à la main.
Et cette scène ranima un moment le cœur de Septimanie : pouvait-elle être insensible à la gloire de sa famille9
Le lentfemain, elle fut réveillée par le tocsin et les coups de conon qui faisaient vibrer toutes les vitres des maisons de Paris. Le duc de Gèvres vint en personne l'inviter à voir le feu de joie qu'il devait allumer le soir même à la Grève, et le feu d'artifice qui serait tiré sur la rivière.
Tout Paris était illuminé lorsqu'elle le traversa pour se rendre à la Ville. Le nom de son père retentissait à son cœur, au milieu des cris de joie que le peuple faisait entendre; mais ce triomphe si doux à son orgueil iilial lui faisait sentir plus cruellement encore l'absence de celui qui aurait été si fier de le partager. Le comte de Gisors ne pouvait être là. Elle en était certaine, et pourtant ses yeux le cherchaient en dépit de sa raison, tant il lui semblait impossible d'être doucement émue loin de lui.
Parmi toutes les personnes attirées par l'éclat de cette fête, une seule fixa l'attention de madame d'Egmont; c'était le marquis de Vogué, le camarade d'armes, l'ami intime du comte de Gisors; les yeux arrêtés sur lui, elle s'inclinait pour le saluer lorsqu'il se retourna brusquement, comme pour éviter de voir et de lui rendre ce salut; elle se sentit rougir de cette injure si peu méritée, et l'impolitesse marquée de M. de Vogué la confirma dans l'idée qu'elle était l'objet du mépris et de la haine de M. de Gisors.
Quand on le pleure sans cesse, quand on se meurt pour lui de regret et d'amour, être ainsi calomniée dans le cœur de
celui qu'on aime!...
(1) Nouvelles à la main, 1750.
— Hélas ! pensait-elle, le perdre à jamais; me condamner à passer ma vie loin de lui, sous l'autorité d'un autre; tant de malheurs n'étaient rien encore! il fallait en être haïe, méprisée... Oh! mon Dieu, ne mettrez-vous pas fin à cet affreux martyre!...
Et tout le temps que dura cette fête, madame d'Egmont ne pensa qu'à se rapprocher du marquis de Vogué; il lui sembla que si elle pouvait lui adresser quelques paroles, même insignifiantes, il devinerait, à l'inflexion de sa voix, à ses yeux humides de larmes, ce qu'elle n'osait lui dire : qu'elle était innocente des peines de son ami.
Dans cette intention, elle redoubla de soins affectueux pour une vieille parente du marquis et pour sa jeune sœur; elle pria le duc de Gèvres de les faire asseoir près d'elle, ne doutant pas que le marquis ne vint bientôt leur parler. Mais, insensible à toutes ces prévenances, M. de Vogué affectait de ne pas s'en apercevoir. Cependant il était venu avec sa sœur et sa tante et devait les ramener. Madame d'Egmont attendait avec impatience le moment où il viendrait leur offrir son bras, lorsqu'elle entendit le duc de Brissac dire à ces dames que le marquis de Vogué, étant obligé de partir avant le feu d'artifice, l'avait chargé de le remplacer près d'elles.
— Plus d'espoir!... pensa Septimanie, et c'est la mort dans le cœur qu'il lui fallut sourire à tous les compliments d'une foule empressée, et braver les regards jaloux de toutes les femmes qui enviaient son bonheur... Quel bonheur ! grand Dieu!... *
Une personne vraiment heureuse alors, c'était la duchesse de Lauraguais; sa joie tenait du délire; elle allait partout raconter les faits à l'honneur du maréchal de Richelieu pendant" le long siège du fort Saint-Philippe, et répétait avec une émo- ;ion qu'on partageait sans peine cet ordre du jour aussi honorable pour les troupes que pour le général :
— Soldats, grenadiers, je déclare que ceux d'entre vous qui s'enivreront davantage n'auront pas l'honneur de monter à l'assaut que je vais livrer.
Et ces soldats, que le vin de Mahon plongeait chaque jour
dans une complète ivresse, que la prison, les punitions les plus sévères ne pouvaient contenir, frappés du châtiment qui menace leur honneur, redeviennent sobres, soumis, et ne se disputent plus que la gloire de marcher le premier à l'ennemi. •Le maréchal, qui savait tout ce qu'on peut obtenir du soldat français exalté par l'honneur, profite de ce moment pour or< donner l'assaut. Les échelles se trouvent trop courtes de plu* sieurs pieds; le soldat n'est point arrêté par cet obstacle, ifmonte sur les épaules de son camarade, il gravit le long de la muraille; celui qui est renversé trouve vingt successeurs. Malgré le feu ennemi, on escalade un roc, les Français pénètrent dans la place, et le vieux général Blakenay et la garnison, étourdis par cette audace, demandent à capituler.
La reconnaissance de l'armée pour un général qui l'avait si bien commandée ne pouvait se comparer qu'à la joie d'un pareil triomphe ; chaque soldat racontait un trait de courage, de bonté ou de générosité du maréchal ; on en citait un particulièrement.
M. de Richelieu visitait tous les jours les postes les plus avancés ; un jour que la sentinelle d'un des forts s'amusait à tirer sur lui, il entend la balle siffler plus près de ses oreilles ; il s'approche d'un canonnier, et lui demande s'il ne peut pas le défaire de ce faquin-là qui pourrait être plus adroit une autre fois. Ce canonnier servait depuis trois jours sa batterie sans vouloir être relevé; il se nommait Thomas, était déserteur des régiments qui venaient de débarquer à Manon, et sachant qu'il aurait la tête cassée s'il était reconnu, il avait voulu prévenir son sort en se faisant tuer, mais û avait bravé le feu impunément.
Cet homme, noirci par la poudre, couvert de sueur et do poussière, défait et privé de nourriture depuis deux jours st traîne vers son général, et lui promet que s'il manque le soldat ennemi du premier coup de canon, le second l'atteindra.
En effet, il vise, le coup part... et l'on voit le chapeau du soldat anglais sauter en l'air.
Le maréchal, charmé de tant d'adresse, s'approche pour en récompenser le canonnier, mais le malheureux épuisé de fa-
ligue et de faim était tombé sans connaissance auprès du canon qu'il avait si bien servi.
Le maréchal lui fait donner les plus grands soins et charge un officier de s'informer du motif qui a pu déterminer le canonnier à se conduire d'une manière si désespérée. Thomas garde le silence et ne veut parler qu'à son général. Le maréchal le fait venir, Thomas tombe à ses pieds, lui avoue sa faute et le supplie de lui épargner la honte du supplice, en lui donnant le poste le plus dangereux, qu'il promet de garder jusqu'à ce qu'il perde la vie en brave soldat.
Le maréchal, touché d'un si noble repentir, l'assure qu'il peut reprendre son service; quelques jours après, le duc de Richelieu le voyant servir la même batterie avec une adresse et une intrépidité incroyables, s'avance vers lui, et lui présente un brevet de sous-lieutenant, en lui disant :
— Prenez, mon ami, c'est la récompense du mérite (1).
C'est par de pareils traits que le maréchal de Richelieu se faisait chérir des soldats. Ce nouveau triomphe, en redoublant la haine de ses ennemis, les rendit cependant plus soigneux de la dissimuler. Madame de Pompadour elle-même, surprise d'un événement qui déconcertait toutes ses prévisions, entraînée par l'opinion publique, fit des chansons en l'honneur du maréchal, et l'appela longtemps son cher Minorquain (2).
Cependant les ministres, qui détestaient M. de Richelieu, s'opposaient à ce qu'il .revint à Paris jouir de sa gloire, en prétextant que sa présence était nécessaire en Provence, pour garantir les côtes des incursions des ennemis; mais la duchesse de Lauraguais fit tant, que, malgré M. d'Argenson, le maréchal obtint la permission de se rendre à la cour.
C'est alors qu'elle lui écrivait, en recevant la nouvelle de la Torise de Mahon : ,
(1) Lacretelle, Histoire de France, tora. iv.
{%) La fameuse chanson de Collé lui valut 600 fr. de pension.
Le Port-Mahou ost pris
Il est v:is, i\ wt pria, i! ait itU, ets.
« Ma joie est extrême, elle égale la tendresse de mes sentiments pour vous. Vous voilà comblé de gloire! J'ai la tête et le cœur si remplis de satisfaction, qu'il est impossible de vous exprimer tout ce que je sens en ce moment : je me flatte que vous y suppléerez. J'ai eu le plaisir d'embrasser M. de Fronsac à son arrivée. J'étais toute seule à vous écrire quanc j'ai reçu votre lettre. Et quelle lettre!... Je fus sur-le-champ à l'hôtel d'An tin, trouver M. de Fronsac, qui attendait des chevaux pour aller à Gompiègne. Adieu, je suis si tremblante qu'il m'est impossible de vous en dire davantage. »
Puis quelques jours après :
« Je reviens de chez le garde des sceaux, qui est ici pour le Te Deum. Je suis resté avec lui, tête à tête, une heure et demie ; il m'a beaucoup parlé du tour que d'Argenson vous a fait ; c'est lui qui a empêché votre retour. Il a dit au roi qu'il fallait que vous restiez dans votre commandement ; et malgré l'envie que le roi avait de vous -voir, il n'a pas eu la force de résister au d'Argenson. Le garde des sceaux est furieux d'une telle conduite, et en a parlé à madame de Pompadour, qui était dans la bonne foi de croire que votre présence était nécessaire sur la côte. Il l'a détrompée, et lui a fait voir la noirceur du procédé de d'Argenson à votre égard. Elle lui a dit : « Mais je croyais que le d'Argenson voulait plutôt du bien à M. de Richelieu que du mal. » Le garde des sceaux lui a répondu :« Je vous laisse à juger si c'est un service d'ami qu'il lui rend là? »
» Tout cela ne vient que pour que Maillebois soit arrivé avant vous, pour lui faire dire ce que le d'Argenson voudra, et diminuer tant qu'on pourra la peine que vous avez eue et ia gloire que vous méritez. Vous savez mieux qu'un autre que c'est dans le premier moment que l'on connaît ce qu'on a l'ait, et que les services les plus importants sont bientôt oubliés. Je suis fort d'avis, et c'est le conseil du garde des sceaux, que vous écriviez une lettre au d'Argenson, et une au roi, et que vous lui demandiez de venir ici huit jours, ayant des affaires indispensables; que vous ne demandez pas mieux que
de vous en retourner, si c'est le bien de son service, et n'avoir pas l'air de vous douter de la plus petite chose. Le garde des sceaux m'a ajouté qu'il fallait envoyer un courrier exprès porter vos lettres, et qu'il attende la réponse ; qu'il ne fallait pas que vous retardiez un moment pour avoir votre congé, et ïevenir sur-le-champ : cela fera enrager le monstre d'Argenson ; il verra échouer par votre présence sa basse et odieuse intrigue. Je suis bien curieuse de savoir quel prétexte il prend vis-à-vis de vous en vous écrivant; je ne serai pas tranquille jusqu'à! ce que j'aie eu de vos nouvelles, et que je sache quel parti vous avez pris. Vous connaissez mon intérêt, mon adoration, mon amour pour vous ; vous devez juger que j'ai besoin d'être informée par vous, bien en détail, de ce que vous pensez de tout ceci; il n'y a que ce que vous me direz qui puisse mériter ma confiance. M. deFronsac part cette nuit; je vous jure que je donnerais bien des choses pour avoir la liberté de m'en aller avec lui. Il vous porte la promotion des grâces que l'on a faite pour les Mahonistes ; elle ne transpire point ; elle ne sera déclarée que par vous, et j'espère que la survivance est dans le même paquet. Le roi ne l'ayant pas dit à votre fils, c'est pour vous donner l'agrément de le lui apprendre... etc.
» Venez. Madame de Pompadour, qui parait maintenant exaltée sur votre compte, peut changer... Vous savez par expérience qu'elle vous aime selon l'occasion, et qu'aujourd'hui votre amie elle sera demain contre vous. 11 se présente là une foule d'aspirants pour commander, et sûrement son Soubise ne sera pas oublié ! Je vois qu'en général on est fâché de vous voir victorieux; une bonne défaite les aurait rendus tous contents. On ne s'attendait pas à ce que vous avez fait. J'ai le sang 'tourné de tout ce qui se passe. Je l'avais quand vous couriea risque d'être tué tous les jours, quand votre siège n'allait pas aussi vite que je le désirais ; mais vous avez été vainqueur; je croyais être tranquille, et au contraire je suis encore plus tourmentée, puisqu'on ne vous rend pas justice. Ma sœur (1)
(1) La duchesse de Ghâteauroux.
avait bien raison de dire quelquefois qu'on serait tenté do voir tout comme un songe, puisqu'il est impossible de remédier au mal, avec un maître qui se plaît à n'être rien, qui craint Ce s'occuper, et laisse ses ministres fairo tout ce qu'ils veulent. En vérité je suis en colère contre lui, de n'avoir pas as* Sez senti tout ce que vous avez fait (l). »
Nous donnons les extraits de ces lettres, parce qu'elles prouvent, mieux que nous ne saurions le dire, les intrigues de cour de cette époque, et l'attachement passionné de la duchesse de Lauraguais pour le vainqueur de Mahon. Comment madame d'Egmont aurait-elle pu rester indifférente pour une femme qui aimait et servait si bien son père?... (2)