‹ La comtesse d'EgmontChapitre 7 sur 55 · LA PAROLE DONNÉE · texte numérisé non relu

LA PAROLE DONNÉE

.«.Qu'avez- vous donc appris au maréchal de Belle-Isle? dit ta douairière, ce doit être quelque chose de bieu agréable, car il en avait complètement oublié son deuil.

— Je suis mal placé pour savoir le premier les nouvellesj vous en conviendrez, répondit le duc en s'amusant de la curiosité de sa lante, et le maréchal de Belle-Isle, qui voit tous les matins le roi, les sait avant tout le monde.

— Ah! je devine, reprit-elle, le département de la guerre va lui être confié. C'est à cela qu'il vise, et je ne m'étonne plus de son ravissement.

— C'est un ministère qui lui viendra sans doute, mais ce ne sera pas de sitôt... D'Argenson a su se rendre utile, on ne peut oublier si vite les services qu'il a rendus lors de la révolte du parlement, et bien qu'il déplaise à la marquise, elle n'ose pas le faire disgracier.

— Alors je ne comprends rien à la satisfaction que montre le maréchal de Belle-Isle ; la mort de sa pauvre femme ne saurait l'expliquer.

— Et pourquoi ne serait-ce pas ma convalescence qui le mettrait en joie, dit le maréchal en riant ; il a paru très-sensible au plaisir de me revoir.

— C'est que ce plaisir doit lui rapporter quelque chose, dit madame de Lauraguais, car il est connu pour n'attacher de prix qu'à ce qui sert son ambition.

— Ce défaut est si commun qu'on n'y prend plus garde. D'ailleurs, ajouta-t-il, il y a toujours du profit à s'attachei; aux ambitieux ; le tout est de si bien se cramponner à eux qu'ils ne puissent s'élever sans vous entraîner dans leur ascension.

— Ainsi vous rêvez une association, une alliance peutëire avec le maréchal de Belle-Isle ? dit madame d'Aiguillon.

— Pourquoi pas ? son crédit, sa fortune, son bâton de ma-

réchal gagné sur le champ de bataille le placent au rang des premiers de la couA\

— Ah ! mon cher duc! s'écria madame d'Aiguillon d'une air indigné; se peut-il que le neveu du cardinal de Richelieu, i'e mari d'une princesse de la maison de Lorraine, parle ainsi du petit-iils de Fouquet, ce modèle des bourgeois faquins et et des intendants voleurs.

— On n'est pas obligé de ressembler à son grand-père, reprit le maréchal ; et comme il faut souvent opter aujourd'hui entre la naissance et la fortune, chacun choisit ce qui lui manque : si mademoiselle de Richelieu n'avait pour dot que l'héritage de sa noble mère, elle ferait bien de redorer les alérions de l'écusson de Lorraine avec l'or d'un illustre anobli.

— Ce discours me confond, répliqua la vieille duchesse, il est si différent de ce que je vous ai entendu dire, de ce que je vous ai vu faire toute votre vie, qu'il faut qu'un motif puissant vous contraigne à changer ainsi d'idées et de principes.

— Tout cela est fort beau à dire, mais le crédit marche avant tout ; à quoi servent les vieux parchemins dans un temps où toutes les grâces passent par des mains roturières? où les rois s'humilient devant les financiers ; où le frère de mademoiselle Poisson règne sur les beaux-arts; où tant de parvenus se partagent les premières places de l'État. Voyez le sort de ces nobles boudeurs qui, tout fiers de ce que leurs aïeux servaient les amours de François Ier, s'indignent des amours de Louis XV. On les laisse médire à cœur-joie dans leurs vieux châteaux. On retire aux uns leur commandement, aux autres leur charges, leurs pensions à tous. Les fils, les neveux de ces nobles soutiens de la chevalerie vieillissent dans leur grade; leurs filles se font chanoinesses ; et ils livrent ainsi les emplois et les faveurs de la cour à ceux qui en sont le moins dignes. C'est un sot calcul, et fort contraire aux intérêts de leur cause ; une duperie dont les gens d'esprit se moquent, et qu'on ne me reprochera pas.

— Eh ! qui pense à vous conseiller de fuir la cour, de dédai-

gner les occasions d'accroître ou de maintenir votre crédit? n'avez-vous pas merveilleusement concilié jusqu'à ce jour la dignité de votre rang avec la tolérance la plus grande pour une foule de choses que vous désapprouvez ? mais il est des sacrifices inutiles. Quoique sa dot ne soit pas aussi belle que son nom, votre fille n'en est pas moins un des plus beaux partis de France; et je suis sûre de vous trouver, quand il vous plaira, un gendre dont la naissance et la fortune seront dignes des nobles alliances de notre famille.

— Je vous rends grâce, ma chère tante, mais il est trop tard, je viens de m'engager...

— Quoi ! vous auriez promis Septimanie au maréchal de Belle-Isle pour son fils...

— Mais à peu près... et je ne m'en repenspas. Quand vous connaîtrez tous les avantages attachés à ce mariage, vous serez la première à l'approuver.

— Moi! trouver bon que ma nièce s'appelle madame Fou-.

quet... que le fat ècwreuil des Belle-Isle s'unisse à l'aigle d^

Guise? non certes... et vous en êtes encore plus &" . ""*

.. ; ,^uqué que

moi... car vous avez fait vos preuves e^ .. , H ...

. , . ... , -^ iait de sacrifices

pour les nobles alliances, quan*1 , ,

v . e . ,„ ,,, H -vi vous avez payé de toute

votre fortune l'honneur *' M l ,J

, T ^épouser une princesse delà maison

. , f •' ** ne deviniez pas alors que la mort prématurée du ^ere de votre femme i'enrichirait sitot Vous ayiez

préfcré sa pauvreté noble à tous les millions des simples héritières, doue il faut un motif très-impérieux pour vous mettre aiPfc en contradiction avec les opinions et l'orgueil qui vous caractérisent. Je ne croirai jamais que les promesses très-hasardées d'un homme dont le crédit peut s'évanouir d'un instant à l'autre vous séduisent au point d'oublier ce que vous devez à la mémoire de la duchesse de Richelieu... Sa fille porter le nom de Fouquet!!.. ah! mon Dieu! je suis sûre pe son ombre en frémit...

— Je vous rends grâce de cette colère héraldique, ma chère tante; mais comme vous le pensez fort justement, j'ai des raisons puissantes pour sacrifier certaines considération à de beaucoup plus graves. Je n'ai pas l'habitude de traiteriez

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affaires légèrement; je ne décide rien sans de mûres réflexions; mais, aussi, quand ellessont faites, je reste tou ours de mon avis, et j'agis en conséquence. J

mZ Ma* ditef"Iui d°nc qu'il est déraisonnable! repri* madame d'Aiguillon en s'adressant à madame de Lauraguais ■

es impossible que vous trouviez ce mariage convenu e votre silence lui laisse croire que vous l'approuvez N'est-ce pas qu'il vous révolte? Pouvez.-

- Je vous avoue, madame, que l'union de deux êtres charmans et qui s'aiment ne me révoltera jamais GUXêtreS Char'

ment.DeS "^ r°manes(ïues ! voila bieû ™e autre folie, vrai.

au^^»?t0rle ridiCUlG' reprit madame de Lauraguata, aussi m etais-je bien promis de ne point parier ; mais puisque vous me demandez mon avis, vous l'entendrez. J'ai toujours pensé que le maréchal destinait sa fille au comte de S ^ a/\trement il aurait été imprudent et presque ^arbaie de le laisser venir tous les jours ici pour y rencontrer la ipiiTiP "irsonne la Plus belle> la m^ux élevée, sans prévoir qu'il en «*:? *~X « f/1 éta* *>P beau, trop aimable lui-même pour ne ^ S en faire a^f-

— Et vous avez raison, dit le ^recnaU amour dans Te mariage a beau être un objet de luxe, il n J2 est Pas moins précieux, et puisque ces chers enfants s'aiment...

— Ah! ah! ah! s'écria madame d'Aiguillon, avec un rire moqueur, vous parlez là comme un père d'opéra-comique... Puisque ces chers enfants s'aiment.., répéta la douairière, £Pcontrefaisant la voix du maréchal... en vérité ces paroles sont très-divertissantes dans votre bouche ; vous vous embarrassez bien de ce que ces chers enfants pensent; et si demain le ma» réchal de Belle- Isle se brouillait avec la marquise, les chers enfants auraient beau jeu! convenez-en.

— Riez tant qu'il vous plaira, interrompit le maréchal, mais aia première visite à Versailles sera pour ce mariage.

— Heureusement vous n'êtes pas encore assez rétabli pour accomplir cette extravagance; d'ailleurs vous devez bien quelque Igsrds à votre vieille tante; et vous l'écouterez

quand elle vous suppliera donc rien précipiter. J'ai un projet en tôle qui pourrait bien déranger celui-là; e* comme ilréuarirait tous les avantages, ceux que vous trouvez dans le vôtre et ceux que vous lui sacrifiez, il aurait la préférence, croyez-

En disant ces mots d'un, ton d'oracle, la duchesse sortit, # laissa le maréchal d'autant plus ébranlé dans sa résolution. qu'il l'avait soutenue avec plus d'entêtement.

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