‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 11 sur 48 · NECKER · texte numérisé non relu

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V. — Leilres de Franklin. — Lorsque Franklin vint à Paris en ambassade, il reçut partout un accueil sympathique. Il incarnait la science, le travail, le génie inventeur, la liberté. Les salons se disputaient le grand homme. On sait qu'il éprouva pour M™^ Helvétius une alTection profonde, \euve alors, elle le recevait dans sa maison d'Auteuil : il demanda sa main, mais l'aimable femme ne voulut

a aucun prix se remarier.

M" " d Houdetot fut aussi au nombre des amies du philosophe américain. Il lui rendit visite à Sannois,

le 2 2 avril 1781; nous avons ailleurs raconté cette journée mémorable \

Sophie eût voulu le recevoir encore et lui faire fête. G est en réponse à une invitation que Franklin lui écrivit la lettre suivante :

Madame la Comtesse d'Houdetol.

Passy, le 9 juin 1784.

J'ai reçu, ma chère amie, votre lettre infiniment obligeante, et depuis ce temps je n'ai fait que songer au charmant projet d'aller à Sanois passer quelques jours avec vous. Je souhaiterais de tout mon cœur être en état de l'exécuter, mais plus j'y pense, et plus il me parait impraticable ; car je me sens moins en état de marcher que la dernière fois que j'eus le plaisir de vous voir, puisqu'en n'allant pas plus loin que chez M""" Brillon, cela m'a fait tant de mal que j'en ai souffert pendant plusieurs jours, ce qui m'oblige à renoncer au bonheur qui m'attendait dans votre agréable société et charmante retraite de Sanois, el à me consoler par l'espérance de vous voir quelquefois quand vous serez de retour à Paris.

Mes petits-fils sont très sensibles à la bonté que vous avez eue de vous ressouvenir d'eux, et de les inviter à m'accompagner^ Ils se joignent à moi pour vous en faire leurs sincères remerciements. Je souhaite que la santé et le plaisir vous accoml)agnent dans votre voyage, et que vous trouviez partout le même bonheur que vous ferez éprouver à vos amis.

B. FRANKLTÎ>Î.

De retour en Amérique en 1785, Franklin resia en correspondance avec la comtesse.

Voici une lettre de lui fort intéressante que nous t raduisons de 1 anglais, car elle est écrite dans cette langue :

A Madame la Comtesse d Houdetot, à Paris.

J'ai reçu plusieurs lettres aimables de vous, ma chère amie, et toutes m'ont fait grand plaisir puisqu'elles m'informent de votre bonheur. Le souvenir de votre amitié et des heures fortunées passées en votre agréable compagnie à Sanois, m'a souvent fait déplorer la distance qui rend pour toujours impossible une nouvelle rencontre entre nous.

Je vous ai écrit quelques lignes l'année dernière, et les ai envoyées sous le couvert de M. John de Crèvecœur, pensant qu'il était alors en France, mais il est arrivé ici aussitôt après : j'espère toutefois que ma lettre vous sera parvenue, car devenant vieux j'éprouve plus de peine à écrire, et je n'ai jamais été plus accablé d'affaires que depuis mon retour. Cela pourtant va diminuer dans une large mesure avec la troisième et dernière année de ma Présidence, dont il y a maintenant environ quatre mois écoulés.

Les relations qu'on m'a faites au sujet des malentendus et des troubles survenus dans le Gouvernement de ce cher pays, où j'ai passé neuf des années les plus heureuses de ma vie, me causent beaucoup d'affliction, et j'espère qu'en fin de compte tout tournera à son profit.

Nous avons travaillé ici à établir une nouvelle forme de

Gouvernement Fédéral pour tous les Etats-Unis, et il est probable qu'elle sera adoptée et réalisée, bien qu'elle soulève beaucoup d'opposition, vu qu'il est difficile de concilier et d'accommoder tant d'intérêts différents et pressants. Si le projet réussit, notre Gouvernement deviendra plus énergique, et nous serons plus à même d'obliger nos amis en toute occasion future.

Adieu, ma chère et toujours aimable amie, et croyez-moi toujours

Votre bien affectionné

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