‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 15 sur 48 · I. Dcal, secrétaire de M'"'= de Beauvau · texte numérisé non relu

I. Dcal, secrétaire de M'"'= de Beauvau

A un envoi d'un ouvrage de Saint-Lambert, elle écrit à M"" d Houdetot :

Je lirai, avec tout l'intérêt dont je suis capable, ce que m'envoie votre ami; je n'en connais que l'article de la femme, contre lequel je m'étais permis quelque objection, mais qui ne m'avait pourtant pas paru aussi injurieux pour nous que quelques femmes l'ont trouvé, à ce qu'il m'a dit.

L'avantage de vivre avec vous aurait dû suffire pour lui donner de nous l'idée la plus favoralîle que nous pouvions désirer, et, s'il est sévère pour toutes, c'est peut-être par la crainte de se tromper en les jugeant par une seule. Je suis bien incapable. Madame, de me croire en état d'avoir un avis sur un pareil ouvrage. Je partage votre désir et votre espérance sur ce qu'il ajoutera à sa gloire littéraire, sans troubler son repos, car le repos est encore plus précieux que la gloire.

Le lot de notre ami a été heureux. Il sait combien je pense que votre sentiment pour lui, si tendre, si constant, est son véritable bien. S'il pouvait être guéri de ses défiances de luimême, rien ne manquerait pour lui au bonheur possible dans ce misérable temps.

Ah ! Madame, combien j'éprouve cruellement que le plus insupportable des malheurs est celui d'avoir perdu ce qui pouvait tenir lieu de lout autre bonheur ! Jouissez donc tous deux de celui de conserver encore ce premier bien de la vie, et croyez que cette idée est un soulagement pour moi.

M""'' de Beauvau, dans le passage qui suit, fait ressortir la destinée heureuse de Saint-Lambert. Le malheur auquel elle fait allusion est la mort de

8o LA COMTESSE D'HOUDEÏOT.

M. de Beauvau : Saint-Lambert et lui, comme nous l'avons dit, étaient liés, depuis leur jeunesse, par la plus étroite amitié.

Ne croyez pas, Madame, que ce que vous me dites de notre ami soit perdu pour ma consolation. Je vois que, par l'usage de ses facultés comme par le bonheur de vivre avec vous, il a de quoi être heureux jusqu'à son dernier terme. H y a longtemps que je l'ai regardé comme un des hommes du monde les plus heureux, activement et négativement. Il s'est peu rencontré de véritables épines sur sa route, les sentiments ne lui ont donné que du bonheur, si on en excepte le malheur qu'il partage avec moi, et sa supériorité lui a donné bien plus d'admirateurs que d'ennemis.

Voilà, Madame, les pensées qui me font du bien doublement, puisque je ne puis pas séparer votre idée de la sienne.

Dans une autre lettre, écrite pendant les jours troublés de la Révolution, M""^ de Beauvau dit a son amie :

Vous ne doutez sûrement pas, Madame, de ma sensibilité aux marques de votre souvenir et de votre intérêt. Ce serait sûrement un grand bien pour moi d'être rapprochée de A'Ous et de notre ami', mais comment pourrait-on faire des projets? Il faut vivre au jour le jour, et souffrir dans tous les sens.

LA COMTESSE DiiOUDETOT. gi

A la fin elle ajoute :

Je vous avoue, Madame, que je ne suis plus bonne à rien. J'avais pu réparer l'amertume du plus grand des malheurs, je m'occupais plus de la vie que de la mort de celui que je pleure, mais tant d'autres peines affaissent mon cœur ! Je crois les sentir doublement, en pensant combien il les sentirait. Mais il ne faut pas appuyer sur ces cruelles idées. Si on pouvait du moins en séparer l'inquiétude pour ce qui i-este. Elle fait éprouver ce qu'il y a de plus pénible, l'agitation avec l'accablement. Adieu, Madame. Conservez-moi des sentiments dont je sens tout le prix.

A la fin d'un automne, elle écrit de Saint-Germain à M""^ d Houdetot qui est encore à Sannois :

Cette saison, déjà si triste, retardera le retour de vos forces. Je n'en pourrai juger que dans le mois de janvier, et l'espérance de vous retrouver est un des plus sûrs dédommagements pour moi à la peine que j'éprouve toujours en rentrant à Paris. Nous nous occupons bien souvent de vous, Madame, entre mon frère ' et M""" de Rohan. Nous menons ici une vie très douce, et qui parait leur convenir. M'"" de Poix' y ajoutera bientôt pour moi un grand charme.

La maréchale se plaint du poids des années, et dit k la comtesse :

Je sens la vieillesse de la manière la plus désagréable, mais

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