Issue du premier mariage de M. de Beauvau
8a LA COMTESSE D'HOUDETOT.
ce que je ne sens pas moins, ce sont les sentiments qui m'attachent bien tendrement à vous.
Un d'une lettre datée de Saint-Germain :
Vous m'affligez. Madame, en m'apprenant que votre santé n'est pas bonne, que vous vous sentez affaiblie. Ménagez-la pour ceux qui ont besoin que vous viviez: comptez-moi parmi eux, et si vous voulez bien mettre quelque prix à mes sentiments, croyez que la reconnaissance et la plus profonde estime m'attachent à vous plus tendrement que je ne puis vous l'exprimer. Si M. de Saint-Lambert peut apporter ici un peu de calme et de confiance, j'espère que vous y trouverez le repos dont vous avez besoin, et vous me donnerez, Madame, le seul plaisir que je puisse goûter encore.
De Saint-Germain encore elle dit à Sophie :
Ma santé n'était pas mauvaise, mais je vieillis, non par année, non par mois, mais par jour. Le mal n'est pas dans le terme, mais dans le chemin. J'aurais voulu savoir des nouvelles de votre santé et de celles d'Élisa'. Vous savez si je comprends le plaisir et le besoin d'être chez soi : je voudrais pourtant que vous ne fussiez pas tout à fait seule à Sannois.
Toutes ces correspondances, toutes ces lettres disent Faction bienfaisante de M'"" d'Houdetot sur ceux
I. Il s'agit ici d'Élisa d'Iioudelol, fille ainée de César d'Hoiidctol, issue de son second mariage avec M^''" de Géré. Lacomlesse d'Houdetot, sa grandmère, l'avait auprès d'elle dans ses dernières années.
qui la connaissaient et qui 1 approchaient, Norvins, dans son Mémorial, rend bien a son souvenir T hommage qui lui convient. Souvent il l'avait vue, entendue, fréquentée. Son jugement est donc celui d'un témoin. Il nous la montre a l'âge d'environ soixante ans.
L'esprit et le sentiment, dit-il, et jusqu'à la sociabilité, n'avaient rien perdu en elle de l'action, de la puissance, du charme qui jadis l'avaient si justement distinguée. Rien n'était encore plus imprévu, plus délicat, plus piquant que sa conversation. Rien n'était encore plus vrai, plus tendre, plus ingénieux que son affection ; et quelques ravissantes productions en prose et en vers s'échappaient encore souvent de cet hiver anticipé, qui couvrait une imagination et une sensibilité printanières. Les perce-neige de son esprit, soit écrits, soit parlés, soit improvisés, elle les donnait comme il lui étaient venus, sans prétention et non sans plaisir ; car elle n'eût pas été complète vis-à-vis des autres et d'elle-même comme intelligence, si elle n'avait pas eu la conscience de ses forces et l'instinct de SCS succès.
Dans une lettre de Florian a M"'' de La Briclie, datée d'août 1787, nous avons trouvé aussi cet hommage :
Il me resterait un long article à faire, si je voulais vous dire tout ce que je sens de reconnaissance et de regrets pour les personnes de votre aimable société qui m'ont marqué tant d'intérêt et de bonté. Vous jugez assez bien de moi, j'espère, pour être sûre que Madame la Comtesse d'Houdetot tient le premier rang. Je vous prie de lui dire à quel point j'ai été touché de ses conseils, de son amitié, combien j'espère en faire
usage, et que. quoi qu'il m'arrive dans la très désagréable carrière des lettres, le seul bonheur d'être connu d'elle et d'avoir son intérêt et son suffrage me consolera de tout.