I. La Comtesse d'Hoiidetot, une Amie de J.-J. Rousseau
LA COMTESSE D'IIOUDETOT.
faire un tableau peint, intéressant. C est ce tableau que nous reproduisons (Planche YIII). Ce n'est plus ici l'élégante et svelte attitude du portrait de Fragonard, le temps des offrandes à l'Amour est passé sans retour, c'est la dernière où 1 avant-dernière étape, hélas! avant le grand repos de la mort.
Dans la magnifique estampe de Debucourt intitulée : Une soirée chez Madame Geoffrin, M"'" d'Houdetot est assise, a droite, k côté de Montesquieu. Devant elle se détachent le prince de Conti, M"'' Geoffrin, Fontcnelle, Joseph Aernet. Elle apparaît gracieuse et séduisante, et son sourire fait contraste avec la figure sévère de l'auteur de l'Esprit des lois. A gauche, on aperçoit Rousseau, debout, tenant sa canne, au milieu de toutes les célébrités de l'époque.
Les peintres et dessinateurs qui ont illustré les Confessions de Jean-Jacques ont tous représenté M'" d Houdetot. La scène de lacacia d'Eaubonne du Livre IX les a tentés surtout. Au nombre de ceux qui 1 ont traitée avec le plus d art, mentionnons, parmi les anciens. Monsiau dont la composition fut gravée par Choffard, et Le Barbier dont De Ghendt errava le dessin. Parmi les modernes, citons Ch. Pinot, Hédouin, et Maurice Leloir. La page admirable de Rousseau leur a inspiré k tous de ravissantes compositions.
On voit parfois passer dans les ventes et atteindre un prix assez élevé une belle estampe anglaise en couleur de J. R. Smith, gravée par \A .Xutter, en 1787,
LA COMTESSE D'HOLDETOT.
et intitulée : The Moralist. Sur un banc de jardin, un homme âgé est assis, il tient une rose qu'il montre à deux jeunes femmes debout devant lui. La scène est charmante : on comprend que ce philosophe, ce sage compare à la rose, si belle mais si fragile, les deux amies qui l'écoutent. Une légende s'est établie d'après laquelle ce philosophe ne serait autre que Rousseau : quant aux deux jeunes femmes, elles seraient Tyjmo d'Houdetot et M""^ d'Épinay. Nous pensons qu'il n'y a la qu une analogie morale vraisemblable, mais rien dans les figures de l'allégorie de Smith ne révèle les traits des deux belles-sœurs, pas plus d'ailleurs que ceux du citoyen de Genève.
LA VICOMTESSE DHOUDETOT
HT
Poésies. — Aperçus philosophiques inédits.
Nous voici en présence d'une créature charmante, sensible, belle, douée de tous les dons du cœur et de l'esprit, et qui, hélas! mourut au printemps de la vie, k 23 ans. Que de fois, en méditant sur la carrière si brève de cette aimable femme, et en évoquant sa douce mémoire, je me suis rappelé les vers touchants de la Jeune Captive d'André Ghénier !
Mon beau voyage encore est si loin de sa fini Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J'ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé
La coupe en mes mains encor pleine.
0 mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-loi: Va consoler les cœurs que la honte, l'effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Poiir moi Paies encore a des asiles verts, Les Amours des baisers, les Muses des concerts;
Je ne veux pas mourir encore.
Louise Perrinet de Faugnes eut le charme infini de son époque, la grâce prime-sautière, la douceur, 1 enjouement, le don d'aimer surtout. Sa courte vie peut se résumer ainsi : Fille, femme, mère, amie, elle aima de toute son àme, et fut aimée de même. Elle a laissé quelques poésies, et plusieurs compositions en prose qui ne manquent point d'originalité. Pour ces divers motifs, nous avons pensé qu'il y avait quelque intérêt a mettre en lumière cette figure ensevelie sous les ombres du passé, et à la faire revivre un moment dans les pages de ce livre.
Née a Paris, le 9 novembre 1768, elle épousa le vicomte d'Houdetot le 12 septembre 1775. Elle en eut une fille qui mourut en juin 1781, et deux fils, dont 1 un succomba en bas âge, et dont 1 autre fut Frédéric d Houdetot. Elle mourut à Paris, le 18 mai 1781, d'une maladie de langueur. Son père était avocat au Parlement, conseiller secrétaire du Roi, receveur général des finances de Flandre, Hainaut et Artois.
En 1782, parut, chez Didot 1 aîné, un petit recueil de ses vers, intitulé : Poésies de la Vicomtesse d'Houdetot. L opuscule, format in-i8, et ne comprenant que 63 pages, fut tiré à un nombre très restreint d'exemplaires et ne fut pas mis dans le commerce :
il est devenu introuvable. Il est précédé d'une prél'ace écrite par le cardinal Loménie de Brienne, qui fut ministre de Louis XYI.
Nous donnons plus loin ces quelques pages oii sont appréciés et jugés le talent et le caractère de Louise de Faugnes. Nous en devons la communication k M. le baron de Barante. Le sagace Sainte- Beuve, à qui rien n'échappait, eut ces pages entre les mains. Il a consacré quelques lignes à l'aimable femme, et a cité un passage de la préface dont nous parlons'.
Nous avons eu la bonne fortune de retrouver le manuscrit même des poésies de la jeune femme. Il forme un petit carnet relié, assez épais, doré sur Iranche, et qu'à l'aspect on prendrait d'abord pour un volume des éditions Gazin. Nous l'avons feuilleté avec respect. L'écriture est très lisible, l'encre en a pâli, mais les pensées n'ont rien perdu de leur grâce et de leur fraîcheur. Ces vers évidemment n'ont ni l'éclat, ni la sonorité, ni l'ampleur de ceux d'un écrivain formé, d'un poète maître de sa langue. Qu'on songe qu'ils sont d'une toute jeune femme, et qu'elle les écrivait sans prétention littéraire, et sans arrière-pensée de pubHcation.
Il en est de même de ses œuvres en prose, dont nous avons eu aussi les manuscrits originaux entre les mams, et dont l'intérêt a je ne sais quoi de touchant et de naïf. Pour comprendre ces âmes délicates et