‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 22 sur 48 · POESIES · texte numérisé non relu

POESIES

Comme nous l'avons dit, les petites poésies qu'on lira plus loin ont été composées sans que 1 auteur

LA VICOMTESSE D'HOUDETOT. loi

eût le moindre soupçon qu'elles seraient publiées un jour. La vicomtesse d'Houdetot les écrivit suivant les circonstances de sa vie de famille, fêtes, anniversaires, arrivée ou départ d une amie, que sais-je encore? Beaucoup de ces pièces sont des chansons. Nos aïeux du xvnf siècle avaient, on le sait, pour la chanson une prédilection particulière.

Voici la préface ou « \otice préhminaire » écrite pour ce petit recueil par le cardinal Loménie de B rien ne :

Les vers qui forment ce recueil ont été composés par une jeune dame qu'une maladie de poitrine a enlevée à la fleur de ses ans. Un ami de sa mère les a fait imprimer pour lui en faire hommage.

Si le portrait de ceux qu'on regrette satisfait la douleur, de quelle consolation ne doivent pas être les productions de leur esprit! C'est honorer la mémoire des morts que de conserver leurs ouvrages. Ce sera encore honorer celle de M""" d'Houdetot, que de donner une idée de son esprit et de son caractère. Elle a trop peu vécu pour qu'on puisse en écrire la vie; elle a vécu assez pour qu'on se plaise à la faire connaître.

M""' la vicomtesse d'Houdetot (Louise Perrinet de Faugnes) était née le 9 novembre 1768. Elle fut élevée dans la maison paternelle. Une mère tendre et attentive lui prodigua ses soins. Son père, qui avait beaucoup de connaissances et de goût, se plaisait à cultiver son esprit. Les parents sont rarement de bons maîtres, mais c'est leur surveillance qui rend les bons maîtres utiles.

Ceux de M'"" d'Houdetot trouvèrent en elle d'heureuses dispositions : histoire, poésie, musique, danse, elle avait de la facilité pour tout, et cette facilité ne s'est jamais démentie. Elle

loa LA COMTESSE D'HOUDETOT.

faisait comme par instinct ce que les autres font par réflexion, et ce qu'elle faisait plaisait d'autant plus qu'on n'y apercevait ni fatigue, ni contrainte, ni prétention.

Dès ses premières années, elle donna des preuves de son talent pour les vers. Elle n'a jamais discontinué d'en faire, mais seulement dans ses moments de loisir et pour son amusement. Quand elle avait fait une pièce de vers, elle ne songeait ni à la montrer, ni à la cacher. Plusieurs de ceux qu'on trouve dans ce recueil n'avaient été mis de personne, d'autres avaient été faits par occasion, pour se prêter au moment, et jamais pour se faire valoir.

Quand l'amour-propre n'entre pour rien dans ce qu'on fait, il en doit résulter une sorte de négligence dont un peu plus de prétention garantit. Mais sans être insensible aux suffrages, M"* d'Houdetot ne les recherchait pas. Elle faisait des vers comme elle faisait tout, pour obliger les autres, ou, s'il est permis de parler ainsi, pour s'obliger elle-même. Si l'on n'était pas content, ce n'était pas sa faute; si elle ne l'était pas, elle s'était toujours occupée, et cela lui suffisait.

Le temps, la lecture, lusage du monde, qui forment le goût sans qu'on s'en aperçoive, lui auraient donné un jour une partie de l'exactitude qui lui manquait : elle n'aurait peut-être jamais atteint celle qui vient de l'étude des règles et de la méditation. Tout ce qui, dans les connaissances, tient à l'agrément, était de son ressort. Ce qui était profond échappait à son esprit, non parce qu'elle ne pouvait pas le comprendre, mais parce qu'il aurait fallu de la gêne pour s'en occuper. On eût dit que son talent cessait où la fatigue commençait. Elle s'amusait, elle se distrayait, elle ne travaillait pas.

Elle portait la même espèce de négligence dans tout ce qu'elle faisait : elle dansait, elle chantait avec grâce, mais sans recherche et sans projet. Sa facilité désespérait celles de ses

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compagnes qui avaient plus d'envie de réussir, et moins de moyens. Pour elle, si elle n'eût pas eu de succès, elle s'en fût consolée, mais tel était le charme d'un naturel heureux qu'elle était plus applaudie que les autres, lors même qu'elle atteignait moins à la perfection.

Elle n'avait nulle coquetterie, parce que la coquetterie est une peine et un travail. Elle était jolie, le savait, et n'y pensait pas. Sûre de plaire à ceux qui l'aimaient, elle ne croyait pas qu'il fût nécessaire de plaire aux autres, et cependant elle leur plaisait sans le chercher, ni s'en apercevoir.

Il n'est pas rare que notre raison serve à confirmer et justifier nos goûts. M""' d'Houdetot était par principe, comme elle l'était naturellement, ennemie de la peine, de la fatigue, et de la contrainte.

Jamais on n'a vu dans une aussi jeune personne autant de philosophie, et cette philosophie influait également sur ses opinions et sur sa conduite. Elle n'admettait que ce qui lui paraissait évidemment prouvé, aimait à disputer parce quelle avait presque toujours une opinion à elle, et ne cédait qu'à la conviction, ou enfin à la convenance.

D'après ses principes, elle s'était formé un plan de conduite dont elle ne s'est jamais écartée. Elle était fidèle à ses devoirs, lors même qu'on aurait pu croire qu'ils la gênaient. Elle soignait sa réputation avec l'attention la plus scrupuleuse. Son mari étant absent, elle se croyait obligée à plus de réserve. Aimant la danse, elle se privait des assemblées où elle aurait cru paraître avoir trop de liberté. Quoique mariée depuis plusieurs années, elle ne recevait chez elle personne dont on pût remarquer les visites. Elle proposait à ceux qui voulait la venir voir de les recevoir chez sa mère, et tout cela avec simplicité, sans ostentation, et sans que personne en fût choqué, même ceux qu'elle mécontentait par ses refus.

Il s'en fallait bien qu'elle fût indifférente. Son mari lui était cher, elle partageait le sacrifice qu'il avait fait en s'éloignant

d'elle, elle ne cessait de s'occuper des moyens de le lui rendre utile.

Elle aimait tendrement sa mère. (( Ses soins et son amitié, disait-elle dans sa dernière maladie, font ma joie et ma consolation. Qu'il me serait affreux de la quitter! n

« J'aime mon frère à la folie, disait-elle encore un jour qu'elle se croyait échappée à la mort; pouvais-je penser sans pleurer que nous nous étions dit un éternel adieu? »

Son cœur était ouvert à l'amitié : peut-être n'eût-il pas été fermé à l'amour, mais elle s'en méfiait. On eût dit qu'elle pressentait les peines qui peuvent déchirer un cœur tendre, et sa raison l'eût toujours sauvée de sa sensibilité.

Les affections les plus douces et les plus respectables ne sont pas exemptes de chagrins. M"" d'Houdetot en a donc éprouvé, mais telle était la sérénité de son caractère qu'ils ne l'empêchaient pas de prendre part aux plaisirs qu'elle rencontrait. Lorsque son âme était tristement affectée, elle ne cessait pas de se prêter aux consolations, et même à la joie. La peine était pour elle seule, elle partageait avec les autres ce qui faisait leur bonheur ou leur divertissement.

Elle aimait tous les plaisirs de son Age, elle s'y livrait tout entière, mais jamais avec ivresse. Il semblait que la nature et la raison la retinssent comme par un fd imperceptible au moment oii elle devait s'arrêter. Dans un bal, dans une fête, c'était toujours elle qui paraissait la plus s'amuser, et c'était toujours elle dont il n'y avait que cela à dire.

Sa conversation était ce qu'elle devait être à son âge : vive et soutenue dans son intérieur et avec ses amis, réservée avec les autres. Mais son silence n'était pas muet : on voyait qu'une conversation intéressante lui faisait plaisir, elle l'écoutait avec attention, et s'y mêlait avec retenue et modestie. Elle faisait dans la société des remarques fines qu'elle rendait avec une tournure piquante sans être amère. Elle n'avait nulle méchanceté, quelquefois de la malice, mais cette malice même ne

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s'exerçait que sur des objets de peu de conséquence et en présence de ceux dont elle était sûre comme d'elle-même.

On a voulu lui reprocher d'être trop réservée et peu confiante. Mais se trouvant quelquefois entre deux personnes qui lui étaient chères, et dont les idées ne s'accordaient pas toujours, la réserve était pour elle un devoir, et la plus légère indiscrétion eût été un tort irréparable. Elle croyait, d'ailleurs, qu'il y avait des secrets qui ne devaient être connus que d'elle. Par exemple, elle ne parlait que rarement de M. d'Houdetot. Une femme qui dit du bien de son mari est souvent peu croyable, c'est comme si elle en disait d'elle-même. Il est si malséant qu'elle en dise du mal, ou même qu'elle en entende! M""* d'Houdetot pensait que le silence était le meilleur parti, et elle l'observait avec scrupule.

Du reste, elle était fidèle en amitié, et même confiante. Sensible aux preuves qu'elle recevait de celle des autres, elle ne l'était pas moins à leur oubli, mais elle ne s'en vengeait qu'en ne leur en parlant pas. Elle ne recherchait pas ceux qui s'éloignaient d'elle, mais elle les attendait sans les oublier : son cœur, affligé de cette espèce d'absence, était toujours prêt à s'ouvrir pour eux à leur retour. Tout en elle était raisonné : on aime amsi avec moins d'énergie et de chaleur, mais le sentiment le plus vif n'est pas toujours le plus durable. L'amitié doit être mdulgente, quoique sensible, et l'ami le plus tendre est aussi le plus près de pardonner.

La raison de M"'" d'Houdetot paraissait surtout 'dans sa dépense. Elle n'écoutait ni les conseils de la vanité, ni ceux même de l'indulgence des personnes qui l'entouraient. « On sait bien que je ne suis pas riche », disait-elle. Elle avait de 1 ordre, ce qui est loin de l'avarice comme de la prodigalité, et en cela comme en toute autre chose, son caractère et sa raison étaient d'accord. A la voir, on eût dit qu'elle ne suivait que son goût; à l'entendre, on eût cru qu'elle agissait par calcul et par système.

Comme elle n'avait nulle prétention, les femmes ne la haïssaient pas; comme elle était jolie et aimable, les hommes la recherchaient, et ils finissaient par la respecter, parce qu'elle était raisonnable sans même prétendre à l'être. Aussi, a-t-elle été généralement regrettée. Jamais la mort d'une femme de son âge n'a excité tant d'intérêt. Les femmes ne perdaient pas une rivale, les hommes perdaient une personne charmante qu'ils estimaient, et c'est l'estime qui fonde les vrais regrets.

Sa maladie a duré quatre mois. Elle en supportait patiemment la longueur, mais elle en craignait les suites. Comme elle n'affectait rien, elle ne se piquait pas de courage. Elle craignait la mort, parce qu'elle devait la séparer de tout ce qui lui était cher : « Ma vie peut être remplie de peines, disait-elle, mais il est affreux de n'être rien; je crois la souffrance préférable au néant... et puis... il me reste une bonne mère, des enfants intéressants, et des amis sûrs. Combien sont plus malheureux que je ne puis l'être ! »

Elle n'a pas senti qu'elle finissait. L'amitié lui a fermé les yeux, et a su lui dérober l'idée de sa dernière heure. Il était bien juste que celle qui devait causer tant de regrets n'en éprouvât pas.

Pour la bien connaître, il n'y a qu'à lire ses vers avec attention. Ils peignent ses grâces jeunes et naïves, son aimable négligence, ce charmant oubli d'elle-même, son esprit naturel et sans apprêt, sa douce et tranquille sensibilité, et surtout cette philosophie aimable qui n'admettait rien d'extrême, et qui semblait présider à ses actions comme à ses pensées.

Que ceux qui liront ces vers jugent des regrets que mérite celle qui les a faits. Le temps pourra tarir les larmes de ses parents et de ses amis, il ne l'effacera pas de leur mémoire. Ils n'oublieront jamais ce qu'a été M""" d'Houdetot, et oe qu'elle serait devenue, une des femmes les plus aimables et les plus intéressantes de son siècle.

Voici maintenant quelques-unes des poésies de Louise de Faugnes :

A la Comtesse (ï Hoadetot pour le jour de sa fête.

C'est aujourd'hui l'anniversaire D'un jour fêté par vos enfants.

Chacun s'empressait à vous plaire, Et chacun vous offrait ses chants.

Nous avons célébré Sophie,

Son cœur, son esprit, ses talents,

Sa beauté, son aimable envie

De rendre heureux tous nos moments.

Aujourd'hui, quelle différence!

Réduits à la chanter de loin, Nous gémissons sur une absence Qui nous prive d'un si doux soin.

0 mère tendre et bien-aimée.

Qui rendez notre sort si doux, De vous puis-je vivre éloignée?

Peut-on être heureux loin de vous?

Chanson à Mademoiselle de Lomémie.

Tes yeux sont beaux, jeune Nanine,

Ton esprit est bien séduisant,

La grâce près de toi badine,

Et tu plais sans savoir comment.

io8 LA COMTESSE D'HOUDETOT.

Tu dois beaucoup à la nature, C'est elle qui forma ton cœur.

]N 'emprunte point d'autre parure.

L'art ajoute-t-il au bonheur?

Tu plais : Que veu\-tu davantage?

Conserve ta simplicité, La coquetterie, à tout âge, N'ajoute rien à la beauté.

Mais ton aimable modestie Te fait rougir d'un compliment; Hélas ! pardonne à ton amie, Lamitié dit ce qu'elle sent!

Je te connais dès ton enfance.

Mon cœur fut toujours près du tien.

C'est une heureuse jouissance

Que celle d'un si doux lien.

Nous unirons notre vieillesse,

Ensemble nous radoterons,

Mais, profitons de la jeunesse,

Les instants n'en sont pas bien longs!

À la Comtesse d'Houdetot pour le jour de sa fête.

De la félicité reconnaissez l'image :

Ce sont vos enfants réunis.

O vous qui nous avez unis, \enez contempler votre ouvrage!

Le tableau de notre bonheur

A des droits pour vous plaire.

C'est la récompense du cœur

De la plus tendre mère!

Romance.

Ils sont passés, ces jours heureux, Où, sans craintes et sans alarme.

Mon cœur savourait tout le charme D'un sentiment délicieux.

J'aimais, je me croyais aimée.

Quel bonheur égalait le mien !

D'un seul objet tout occupée.

L'univers ne m'était plus rien.

Dans une retraite profonde, J'aurais vécu près de Tircis...

Et que fait le reste du monde A deux cœurs tendrement unis?

Bonheur parfait, brûlante ivresse, Vous passâtes comme une erreur!

A présent, je sens ma faiblesse, Je sens que j'ai fait mon malheur.

Il ne me reste que des larmes.

L'ingrat ïircis les fait couler.

Mais, ma douleur a quelques charmes, Et mon plaisir est d'en parler.

C'est ma dernière jouissance, Je ne vis plus dans l'avenir.

Quand on a perdu l'espérance, Le seul bien est le souvenir!

no LA COMTESSE D'HOUDETOï.

Dans cette dernière pièce, Louise de Faugnes semble avoir résumé les aspirations de son âme aimante, ses rêves de bonheur, ses désillusions, ses chagrins. Le plus grand attrait de ses vers est la naïveté, apanage charmant de la jeunesse. Au sortir de 1 enfance, il est facile de le comprendre, elle s'élança dans la vie avec un idéal enchanteur qui revêtait la forme d une idylle, et demandait à se réaliser dans un cadre fleuri, dans une solitude embaumée d amour, inaccessible au tumulte des villes et aux agitations du monde.

Son mariage à 1 7 ans semble avoir été pour elle une ivresse divine, puis rapidement vinrent des jours attristés, des complications, des absences; la pastorale s'évanouit au contact de l'expérience. De là, dans la jeune femme, des plaintes mélancoliques d abord, puis, comme nous le verrons plus loin, des cris de révolte, et une amertume confinant au désespoir.

Nous voulons citer encore quelques pièces de cette muse naïve. Les vers qui suivent pourraient avoir pour titre ces mots : ] anité du monde.

Plaisirs bruyants qui répandez dans l'âme Un vide affreux, mais qui nous enchaînez, Pour attirer, quel est donc votre charme? Sans le vouloir, nous sommes entraînés.

Illusion d'une folle jeunesse, Qui dans le bruit nous fait passer nos jours. On croit jouir dans cette molle ivresse, L'ennui souvent en vient troubler le cours.

Suivant sans cesse une foule importune, Dans le tumulte on cherche le bonheur, Heureux cent t'ois l'ami de la fortune. Qui, sans chercher, le trouve dans son cœur !

A Mademoiselle Prévost, sur un portrait.

Cet art divin, fait pour charmer l'absence, A bien rendu les traits que je chéris , Mais dans vos yeux il est plus d'éloquence. Sur votre bouche est un plus doux souris.

Cette âme en vous et si tendre et si belle. Donne à vos traits plus de vivacité ; L'on n'en peut voir qu'une image infidèle. L'art ne rend point l'esprit et la bonté.

Il ne rend point cette grâce piquante, Ce sentiment qui sait vous animer, Quand vous parlez cette voix si touchante. Et tous ces dons qui vous font tant aimer.

Plaire et charmer, voilà votre partage.

Le mien est doux, puisque j'ai votre cœur. Votre amitié m'assure le bonheur.

Et ce portrait en est le tendre gage!

Chanson .

Il a changé, je suis ravie, Mon cœur reprend sa liberté, Plus d'engagement qui me lie.

Grâce à son infidélité.

113 LA COMTESSE D'HOLDETOT.

Dans une douce indifiërence.

Je vais passer des jours heureux, Jouir de mon indépendance, Et d'un calme délicieux.

Sans sa coupable perfidie, Que je me préparais d'ennui !

J'allais l'aimer à la folie, J'allais n'exister que pour lui.

J'allais, de lui seul occupée.

Lui consacrer tous mes moments.

Sans cesse inquiète, agitée, J'aurais senti mille tourments.

J'aurais gémi dans son absence, Tremblante jusqu'à son retour, J'aurais cru voir l'indilTérence Répondre au plus parfait amour.

Craignant souvent d'être oubliée.

J'aurais vécu pour l'adorer.

Mais j'aurais vécu tourmentée.

Que de maux je vais m'épargner!

Ingrat, je brave ton empire !

Sur moi tu n'as plus de pouvoir; Puisqu'un... a pu te séduire, ï'abandonner est un devoir.

Peut-être que, las d'inconstance.

Tu me regretteras un jour, Mais, ne garde point d'espérance.

Tu m'as appris à fuir l'amour!

Le cœur aimant de Louise de Faugnes s'exhale dans ces chansons qui racontent la blessure des tra-

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hisons et le mensonge des aveux. Ce qu'elle dit de l'amour nous a rappelé des pensées analogues que nous avons trouvées jadis dans les idylles de Théocri te. La bergère trompée ne peut croire à son malheur, et bénit encore le souvenir de ses transports et de sa passion. Elle, de si bonne foi, si fidèle à ses serments ! Oh ! cruautés du sort !

Mais, bientôt, le besoin d'aimer la ressaisit, elle va chanter encore les talents de son bereer.

Cliaiison.

Tircis nous apprend des chansons

Où le cœur s'intéresse.

On dit qu'il y joint des leçons

Qu'inspire la tendresse.

Craignez ce charme suborneur,

C'est un appas funeste.

L'oreille est le chemin du cœur,

Et le cœur l'est du reste !

Madrigal.

Hélas ! dans ce charmant bocage Des oiseaux l'amoureux ramage Fit naître mon premier désir.

C'est là que sous l'épais feuillage Je goûtai le premier plaisir.

Et quand les ennuis du vieil âge A mon esprit viennent s'offrir.

Mon cœur, qui veut encor jouir, Me ramène vers cet ombrage Chercher un tendre souvenir Qui du passé me dédommage I

ii4 LA COMTESSE D'HOUDETOT.

Nous pourrions puiser encore dans le recueil des poésies de la vicomtesse dHoudetot, mais nous pensons en avoir donné un nombre suffisant pour faire apprécier l'excellence de sa nature, en même temps que son talent naissant. Si elle eût vécu, elle eût tiré de sa lyre des chants d'amour qui eussent rappelé, je le crois, ceux de Parny et de Gentil-Bernard.

L'amour! Elle n'a chanté que lui, et aussi l'amitié, sa sœur divine. A-t-on d autre souci, quand fleurit la vingtième année; quand, jetant les yeux sur la nature en fête, la jeune fille pudique et le jeune homme timide entendent partout l'épithalame de la terre et du ciel qui leur crient sans cesse : Enfants de la vie, aimez , ainriez !

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