‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 25 sur 48 · I. Le voyage à Genève en compagnie de M"*^ d'Epinay · texte numérisé non relu

I. Le voyage à Genève en compagnie de M"*^ d'Epinay

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et je désire que vos amis vous trouvant aussi irréprochable que je crois que vous le serez en effet. ^ ous m'avez promis d'expliquer à mon ami le parti que vous prendriez et les raisons qui vous déterminaient; comme il est ce que j'ai de plus cher, c'est aussi celui que je désire qui vous rends plus de justice et qui juge mieux de vos raisons.

Vous avez approuvé, mon ami, le parti qu'il sera convenu de prendre pour écarter de vos amis ou des personnes malintentionnées le soupçon que j'aurais pu contribuer par mes conseils à celui que vous pourriez prendre de rester. \ous avez partagé mes craintes et approuvé mes précautions; c'est une preuve de plus que vous m'avez donnée de votre attachement et de votre honnêteté. Je suis sûre qu'il vous en coûtera autant qu'à moi d'être privé pendant quelque temps d'une société qui est plus douce que jamais pour tous les deux.

Adieu, mon cher citoyen. Songez à moi dans votre solitude, écartez la mélancolie ; que le souvenir de vos amis et le mien ne vous donnent que des plaisirs. Vous êtes fait pour trouver des cœurs qui répondent au vôtre, et vous en avez trouvé deux, au moins, dont je puis vous répondre. En répondant à mon ami, dites-lui que vous avez été content de moi, c'est une peine que vous lui ôterez. J'attends quelquefois de vos nouvelles et je vous en demande; interrompez quelquefois vos occupations pour vous livrer à l'amitié. Je vous exhorte fort à finir les ouvrages que vous avez commencés. Quand vous aurez besoin de papier, vous n'avez qu'à m'en avertir; je compte encore vous en envoyer bientôt.

Comme je n'entends point parler de vous, mon cher citoyen, je vous envoie ma lettre. Dites-moi donc ce qui a été décidé sur votre voyage et ce que vos amis vous en ont dit ; vous savez bien que je prends un très vif intérêt à tout ce qui peut vous regarder et que cela surtout m'a paru important.

(Manuscrits de Xeachàlel.)

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Réponse de Rousseau à la lettre précédente.

(Inédite.) A l'Hermitage, le 3i octobre 1757.

Ah! si je la garderai ! Si vous me serez chers l'un et l'autre! Si je me souviendrai du plus pur et du plus doux de mes jours ! Il est donc deux cœurs auxquels je suis cher, et ce sont précisément ceux que j'aurais choisi dans tout le monde. Cette assurance peut me consoler de tout, et me rendre à la fin de ma trop longue carrière les plus beaux jours de ma vie. Quoi, je ne vous verrai plus cet hiver! Que le printemps est éloigné! Puis-je espérer de le revoir, et vous reverrai-je encore?... Mais vous m'aimez, je ne suis donc plus à plaindre.

En vous voyant en tout de l'avis de Diderot sur mon départ, j'ai regardé ce concours comme une espèce de ligue entre mes amis pour me faire partir, et je n'ai pas douté que M"" d'Epinay n'en fût le mobile. Cela m'a fait écrire à Grimm une lettre longue et chagrine; j'ai écrit aussi à M™" d'Epinay, et je n'ai point caché à l'un et à l'autre ce qui avait achevé de me donner de l'aigreur. Vous avez vu dans ma précédente la réponse provisionnelle de Grimm, je n'en ai point jusqu'ici reçu d'autre, et comme je m'en suis remis à lui du parti que j'avais à prendre, je ne sais point encore si je dois partir ou rester. Vous concevez bien qu'une si longue incertitude ne me fait pas faire de bon sang. Je ferai certainement ce qui aura été décidé, mais je suis en tel état depuis deux jours que je serais mieux dans mon lit qu'en route.

Vous ne m'avez point donné des nouvelles de S.-L., ni des vôtres, il semble que tout le monde s'est donné le mot pour me laisser dans toutes les perplexités qui peuvent mètre sensibles. Réparez cette négligence, je vous en prie, car je serai fort inquiet jusqu'à ce que je le sache arrivé à Aix-la-Chapelle,

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et l'état où vous étiez en partant d'Eaubonne ne me laisse pas tranquille sur ses suites. Dites-moi du moins si vous avez commencé les eaux de Passy.

Quoique malade et triste, ma vie n'est pas ici sans plaisir. J'y suis à l'abri des importuns, je fais de la morale, et je pense à vous. J'y sens plus que jamais que la vertu sublime et la sainte amitié sont le souverain bien de l'homme, auquel il faut tâcher d'atteindre pour être heureux. Vous m'avez rendu l'une et l'autre encore plus chères par le désir de mériter les sentiments dont vous m'honorez, et je sens exciter mon zèle en songeant que tout ce que je fais pour me rendre meilleur sont autant de soins que je vous consacre.

Sitôt que je saurai mon sort, je commencerai votre copie, et puisque vous voulez m'envoyer encore du papier, je vous prie, si vous voyez M. Grimm, de lui dire qu'il n'en fasse pas l'emplette dont je l'avais chargé, car je savais que ce que vous m'aviez remis ne serait pas suffisant. Je dois vous avertir que votre lettre datée du mercredi ne m'est parvenue que le dimanche. Quand vous n'envoyez pas vos lettres le même jour qu'elles sont écrites, il faudrait ne les dater que de celui où vous les faites partir. J'espère que vous aurez eu soin d'envoyer la mienne à sa destination, et d'y ajouter quelque chose pour moi dans les vôtres. Adieu, ma chère et digne amie. Faites-moi supporter par votre amitié les peines que votre absence me donne.

Réponse de Madame d'Houdetoi à la lettre précédente du 31 octobre 1757.

Ce i"^ novembre 17Ô7.

J'attendais, mon cher citoyen, de vos nouvelles avec impatience. Comme je vous savais dans ce moment fort agité, elles me devenaient plus nécessaires, mais je ne les ai pas attendues

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pour vous parler de l'attendrissement que m'a donné notre dernière entrevue et le redoublement d'estime et d'amitié qu'elle m'a donné pour vous. Comptez à jamais sur moi, mon ami, et puisque cette amitié vous est chère, croyez que je ne suis pas plus capable d'y manquer qu'à l'amour; je vous l'ai déjà dit et toute ma vie vous le prouvera. Croyez aussi que mes sentiments sont très indépendants de ceux de vos autres amis, s'ils pouvaient jamais vous manquer, et je puis vous répondre pour toujours de deux âmes que vous vous êtes attachées par tout ce qui est en vous et de tendre et de vertueux. Un ami tel que vous ajoutera toujours à l'estime que nous faisons de nous-mêmes et à notre bonheur.

Madame d'Épinay est partie ', mon cher citoyen, il ne s'agit plus que de vous tranquilliser l'esprit sur ce que vous avez fait. J'étais fort persuadée de la force des raisons que vous avez eues de ne la pas suivre; mais je désirais que vos amis en fussent aussi convaincus que moi, parce que je trouve qu'il est dur que nos amis nous soupçonnent d'un tort; mais quel que soit ce qu'ils pensent, il faut toujours se consoler quand on n'en a point. La seule peine qu'on ne pourrait s'ôter serait d'en avoir eu. Mais il faut que je prenne un moment le parti de votre ami -, mon cher citoyen, et que je vous parle avec la sincérité digne de tous deux, et de notre amitié. Vous avez mal jugé, je crois, du motif qui l'a engagé à vous presser de suivre M""" d'Epinay. Il est simple que votre ami ait craint pour vous le tort de vous voir manquer dans une occasion essentielle à une amie, et qu'il vous en ait parlé avec la chaleur de l'amitié. S'il s'est trompé dans ce qu'il regardait comme une obligation pour vous, son zèle, dans ce cas, n'en était pas moins une preuve de son attachement. Ce qu'il y avait à faire, c'était de lui expliquer paisiblement vos raisons, avec autant de tranquillité qu'il y mettait de vivacité. Elles suffisaient à lui répondre, puisqu'elles étaient bonnes, et dans peu d'ins-

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