‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 28 sur 48 · I. Grimm, amant de M""' d'Epinay · texte numérisé non relu

I. Grimm, amant de M""' d'Epinay

ne vous en parlaient que par l'excès du zèle de l'amitié, était un tort réel, mais il ne faut jamais songer au passé que pour le réparer et s'en corriger. Ecrivez à Diderot dans la tendresse et dans l'effusion de votre cœur, faites-lui oublier vos torts si vous en avez, touchez-le toujours quand vous n'en auriez pas ; il entendra un ami, son cœur n'est pas fait pour repousser le vôtre et pour ne pas l'aimer quand il le reconnaîtra.

Quant à votre départ, je le trouve, mon ami, bien précij:)ité. Avez- vous donné, en dernier lieu, de nouvelles raisons à M"'" d'Epinay d'être piquée contre vous? Si vous ne quittez sa maison que par rapport à vous, c'est une injure réelle que vous lui faites. Considérez que dans cette occasion-ci vous n'avez rien eu à lui reprocher que de n'avoir pas répondu à un billet peut-être trop vif que vous lui aviez écrit. Elle s'était contentée de vos raisons et ne vous pressait point de la suivre. C'est le zèle trop ardent de vos amis qui a seul causé tout ce trouble; ils n'ont pas eu pour votre caractère malheureusement impétueux les ménagements qu'ils devaient avoir en le connaissant, mais ils n'ont pas été plus excités par M"'' d'Epinay que moi qui vous ai parlé comme eux. Ainsi, mon ami, il se peut faire que dans ceci vous ayez plus de torts avec M"* d'Epinay qu'elle n'en a avec vous, et ce serait lui faire une nouvelle injure que de sortir de chez elle dans ces circonstances. Si vous lui avez écrit quelque chose qui ait pu la choquer, écrivez-lui un mot qui répare; vous le devez, et tout sera fini, si elle y répond comme elle le doit. Si elle ne le faisait pas, ce serait alors que, cette circonstance constatant sa colère, vous pourriez alors sortir de chez elle sans vous reprocher rien. Croyez, mon ami, que ce que je vous dis là ne nous passera pas, mais l'amitié doit être sincère et je vous dis tout ce que je pense. Toute la grâce que je vous demande, c'est de réfléchir et de peser toutes les raisons avant de prendre un parti, et de ne pas hésitera retourner à l'Hermitage si vous les trouvez bonnes, quand même vous en seriez parti. Il est sûr que vous n'en pouvez sortir sans

afficher une rupture avec M'"" d'Epinay, et il ne faut pas qu'on dise que vous vous êtes brouillés, parce que vos amis vous avaient conseillé de la suivre et que vous vous êtes tous expliqués trop vivement. Voilà, mon cher citoyen, ce qui vous regarde, passons à ce qui me touche.

Mon cher cœur ' a commencé les bains, il faut en attendre le succès. Il a quelque sentiment dans les parties malades, mais leur usage est nul encore. J'ai reçu aujourd'hui une lettre de lui où il y a mille choses touchantes pour vous. Il se reproche encore tout ce dont il vous a parlé; il vous aime, il m'engage à vous montrer toute mon amitié pour vous. Que ne puis-je vous rendre tout ce qu'il me dit pour vous, vous vous en croiriez plus obligé à l'aimer. Si vous m'en croyez, vous lui écrirez et lui confierez sur cette afifaire de M"° d'Epinay et vos vivacités et vos raisons. Je voudrais que ce que j'aime pensât sur vous comme moi; au moins je vous puis répondre de son amitié comme de la mienne.

Vous mériterez toujours et les sentiments et la confiance de nos cœurs ; vous ne les tromperez point. Tout ce que mon amitié vous demande, c'est de ne combattre jamais et de respecter toujours dans l'un et dans l'autre le tendre amour qui nous unit, ou de ne le condamner que par votre silence. Adieu, mon ami, donnez-moi de vos nouvelles. Dites-moi si vous en avez de Diderot, enfin si vous reprenez quelque tranquillité. L'innocente et pure amitié qui nous unit me rend intéressant tout ce qui vous regarde. Soyez assuré que vous ne perdrez jamais ni mon estime ni mon amitié, tant que votre àme ne cessera point d'être honnête. Aimez ce que j'aime, je vous réponds de lui; nous ne faisons tous deux qu'une âme dont je vous réponds. Je n'ai point l'inquiétude que vous m'avez supposée, je ne l'aurai jamais, ne parlons jamais de tout cela. Dites-moi quand vous aurez besoin de papier; surtout ne

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quittez pas l'Hermitage, revenez-y plutôt et pesez mes raisons. Adieu, mon ami. J'ai une grâce à vous demander : ne brûlez point mes lettres, que je puisse les faire lire à mon ami, s'il en est besoin. Notre amitié est sous ses yeux, et vous n'avez pas plus à vous défier de lui que de moi-même.

(Manuscrits de .\cuclidtel.)

2" Réponse de Madame d'Hoadeioi.

De la main de Rousseau : lleçue le 8 novembre 1707.

Mon cher citoyen, soyez sûr de tout ce que vous désirez de moi. Jamais mon amitié ne refusera les éclaircissements que vous me demandez. Croyez aussi que je sais excuser en vous les premiers ^moments d'une vivacité que vous avez peine à combattre. Soyez donc tranquille sur mon amitié; je ne crois pas que nous ayons jamais querelle ; mais si nous en avions, soyez assuré que je me comporterais comme vous le demandez; vous attestez mon amitié par un nom trop cher, pour quelle ne vous soit pas doublement assurée. Tout ce que nous exigeons de la vôtre et à laquelle la nôtre s'attache, c'est de ne jamais troidîler ni ne nous rien dire jamais contre un amour qui fait tout le charme de notre vie; soyez sûr, à ce prix, que vous ne pouvez cesser de m'être cher, ni à lui non plus, et que cette vertu dont vous me donnez des preuves, même par la manière dont je vous vois revenir des fautes que vous avez pu faire, vous assure à jamais de tous les sentiments d'estime et d'amitié que vous me demandez et que vous méritez.

L'ami me dit mille choses tendres pour vous; il ne sera pas plus sévère que moi, il vous aime tendrement et comme son ami et comme le mien; promettez-moi, mon cher citoyen, que vous répondrez toujours à son amitié. J'ai une grâce à mon tour à vous demander : ne quittez point encore l'Hermitage de

quelque temps, et pesez les raisons que j'ai commencé à vous dire pour y rester. Si mon avis a quelque empire sur vous, vous ne ferez point cette démarche légèrement.

Adieu, mon ami. Vous n'avez point de meilleures leçons à recevoir que de vos propres réflexions, quand vous pourrez obtenir de votre vivacité qu'elle vous permette d'en faire. Le fond de votre cœur est bien bon ; l'honneur et la vertu, la probité et l'amitié y régneront toujours, et c'est à lui que je promets et l'estime et l'amitié que je veux avoir pour vous toute ma vie, et je puis vous répondre que mon cœur partagera toujours ces sentiments-là avec moi. Adieu, il faut que j'expédie Cahouet'. Prenez soin de votre santé, calmez- vous surtout et rêvez bien au parti que vous voulez prendre en voulant quitter l'Hermitage. Ne le quittez pas, s'il se peut, sans vous être bien convaincu de la bonté de vos raisons et même sans les avoir fait goûter à l'amitié, qui peut être plus de sang-froid que vous. L'ami est toujours à peu près dans le même état. Je suis un peu mieux depuis ma médecine. Quant à la chambre louée, je trouverai qui la reprendra.

Ce 7 novembre.

(Manuscrits de Xenchàlel.)

SIXIEME LETTRE ITSEDITE

La lettre qu'on va lire est un vrai réquisitoire contre M"" d'Épinay. Rousseau explique qu'habituée k disposer de lui, elle vit d'un mauvais œil ses assiduités auprès de M""" d'Houdetot, et qu'elle se livra à un espionnage impardonnable. Elle ressentit de la jalousie k l'égard de sa belle-sœur, jalousie envenimée

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