‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 3 sur 48 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

destinée humaine. Elle mourut dans la fleur de ses années, mais nous avons voulu faire revivre son souvenir; ses vers, comme ses portraits, disent quelle fut sa grâce, et quel fut son esprit.

Pour terminer notre ouvrage, nous montrons M"*^ d'Houdeiot à Sannois, d'après les lettres et les récits de M'"^ de Rémusat qui vécut là dans son intimité.

Nous espérons que ce livre recevra des lettrés et des gens du monde le même accueil que celai qui l'a précédé. Les illustrations qui s'y trouvent, les pièces documentaires et la nombreuse correspondance inédite qu'on y peut lire, portent en elles l'intérêt et la vie. Elles nous transportent au sein d'une époque pleine d'élégance et d'esprit, et nous font comprendre une fois de plus ses séductions et son mirage.

Un des plus nobles plaisirs de notre vie consiste à nous trouver en contact avec des êtres excellents ou supérieurs. Ce plaisir, je l'ai vivement ressenti en préparant cette étude; ceux qui la liront, fen ai r espérance, le ressentiront de même. On rencontre ainsi, dans l'histoire du passé, des foyers lumineux et des lieux enchantés qui sont le refuge du poète et la consolation da sage.

HIPPOLYTE BUFFENOIR.

Paris, mai 1905.

LA

M. de Lalive de Bellegarde, fermier général, seigneur d'Epinay, Deuil et autres lieux, père de M""" d'Houdetot, était né en 1680. C'était un homme d'ordre, très instruit dans les questions d administration, compatissant et bon. Moufle d'AngerA^lle, dans son ouvrage : Vie privée de Louis XV, a laissé de lui ce portrait :

Lalive de Bellegarde a, pour ainsi dire, été élevé et nourri dans les emplois des fermes générales. Il a travaillé fort jeune,

et s'y est tellement distingué par son intelligence qu'il devint directeur général et fut nommé fermier général en 1721, et continué dans les baux suivants. Il est secrétaire du roi du grand collège. Il est d'une grande dévotion, fort charitable, et très honnête homme. Il est extrêmement versé dans les ouvrages des cinq grosses fermes. De Lalive d'Epinay, son fils aîné, est reçu en survivance.

L'historien a raison de mentionner la dévotion de M. de Bellegarde. Dans son testament, en effet, celui-ci parle avec l'accent d'une croyance sincère. Ce testament, que nous avons trouvé aux Archives Nationales, et qui jusqu'ici n'a guère été que mentionné, est daté du 21 septembre 1750. Il constitue un document qui, a côté de legs et dispositions d'héritage, présente un intérêt moral de haute portée. Par lui nous est révélé l'état d'âme des classes élevées d autrefois, lorsqu'un principe de direction, un principe d'ordre servait de base à la vie de leurs représentants. Il mérite donc lattention du lecteur.

M. de Bellegarde était un brave et honnête homme, dans toute la force du terme. Il ressentait pour les siens une tendresse profonde, sa grande préoccupation était le bonheur de ses enfants, il se complaisait dans la pensée de leur bon accord, de leur mutuelle affection, de leur vie bien ordonnée.

Devant la foi sincère, et les nobles pensées qui respirent dans ce testament, on devine ce qu'a été cette existence, et on se sent pénétré de respect. En face de la mort, l'homme exprime les idées qui ont

été le fond de sa carrière, et qui ont servi d'aliment à son action.

Voici le début du testament de M. de Bellegarde :

Par devant les notaires du Roy à Paris, soussignés, fut présent M. Louis-Denis Lalive de Bellegarde, écuyer, seigneur d'Épinay, Deuil, la Chevrette, la Briche, et autres lieux, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Roch, présentement en son château de la Chevrette, près Saint-Denis, en France, paroisse de Deuil, trouvé au lit malade en une chambre au rez-de-chaussée d'un pavillon à droite en entrant dans la cour dépendant dudit château, ladite chambre ayant vue sur le parterre, mais sain d'esprit, mémoire et entendement, ainsi qu'il est apparu auxdits notaires par ses discours et maintien, lequel dans la vue de la mort a fait son testament qu'il a dicté auxdits notaires, ainsi qu'il suit.

Je déclare vouloir mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine que je crois fermement être la seule véritable. Je me reconnais coupable devant Dieu d'une infinité de péchés dont je lui demande très humblement pardon. J'espère en sa miséricorde par les mérites infinis du sang de Jésus-Christ, notre Sauveur.

J'implore l'intercession de la Très-Sainte Vierge, sa mère, celle de mon ange gardien, et celle de mes patrons. Saint Louis et Saint Denis.

Je désire que mon corps soit porté dans l'Eglise d'Epinay pour y être enterré le plus simplement qu'il sera possible, dans la chapelle de la Sainte- Vierge, à côté de ma très chère et regrettable épouse. Depuis qu'il a plu à Dieu de m'affliger de sa perte pour punition de mes péchés. Elle a été, et elle sera toujours jusqu'à ma fin l'objet de ma douleur et de mes larmes : C'est ici la dernière marque que je puis donner de mon attachement pour elle. Il sera mis au bas de son épitaphe, en

caractères italiques, les lignes latines cy-après, et dans l'espace qui va se trouver entre aucuns desdifs mots latins, au lieu des raies qui y seront tirées, l'on y remplira le jour et le temps de mon décès, et le quantième de mon âge : Obiit et ille post multos mœroris annos, et mœrore fuit holocaiistum pœnitentiœ qiiod consiimmavit in Christo, die ...anno ...œtatis siise. Hic cineribiis dilcclis volait adjiingere suas. Requiescanl in pace.

Après cette déclaration de principes, et ce témoignage suprême d'affection a l'égard de sa femme, M. de Bellegarde arrive à sa fortune; mais, avant d'en faire le partage, il présente ces aperçus pleins

de sagesse :

Dieu m'ayant donné une fortune plus abondante que je n'aurais espéré, même désiré, il est juste que mes enfants en jouissent, qu'ils en usent suivant la décence de leur état, modestement, et avec le détachement convenable à des chrétiens, qu'ils évitent deux extrémités également vicieuses, l'une est la détestable avarice, l'autre est la dissipation ruineuse, suite ordinaire du luxe, du jeu ou du libertinage. Mais qu'ils n'oublient pas que le bien des riches est le patrimoine des pauvres, que l'humanité et, qui plus est, la loi de Dieu les obligent de soulager les malheureux, et que c'est le moyen de s'attirer la bénédiction du ci^l.

Je donne aux pauvres de la paroisse Saint-Roch, à Paris, 4 000 livres, une fois payées, à ceux de la paroisse d'Epinay, I Goo livres, et à ceux de la paroisse de Deuil pareille somme de I ooo livres.

Vient ensuite une série de legs, dont les uns sont destinés a faire dire des messes pour le repos de 1 âme du testateur, et « de celle de sa chère femme »,

et dont les autres sont attribués aux personnes qui l'ont servi, valet de chambre, ancien cocher, cuisinier, portier, jardiniers, femme de basse-cour, commis, etc.

11 n'a garde d'oublier le gouverneur de son jeune fils de La Briche, Rossignol, dont il était fort content. Après lui avoir assuré une pension, il ajoute :

J'exhorte mon dit fils à se conduire en tout suivant les avis et conseils de M. Rossignol, dont il ne saurait assez reconnaître les bontés et l'attachement.

La bonté paternelle de M. de Bellegarde se manifeste surtout à l'égard de son fils aîné, faible d'esprit, qui, placé dans un couvent de Prémontrés, avait besoin d être surveillé et soigné comme un malade. 11 entre dans des détails minutieux pour lui assurer tout le bonheur que son état intellectuel pouvait comporter. Plus il le trouve déshérité de la nature, et plus il semble s inquiéter de lui, le protéger, l'aimer. Longtemps l'existence de ce fils fut ignorée : Il fallut, pour la révéler, le testament trouvé aux Archives. Il semblait ne pas compter parmi les siens, et M. d'Epinay est toujours considéré comme l'aîné de la famille.

M. de Bellegarde règle la destinée de ce fils aîné en ordonnant, comme l'a très bien dit M. Auguste Rey dans son livre récent sur la Chevrette', « qu'on

I. Le château de la Chevrette et M""" d'Epinay, par Auguste Rey, 111-8°, 190/i, Pion éditeur.

attache à sa personne, dans le couvent d Abbécourt où il était alors, ou dans tout autre couvent, un préposé, soit laïque, soit ecclésiastique, mais non pas un religieux, (( qui ait continuellement soin de sa « conduite et de tout ce qui pourra regarder sa conser- (( vation et sa santé » ; qu'un domestique soit uniquement affecté à son service et à celui du préposé ; que le préposé reçoive annuellement une certaine somme, qu'il emploiera pour « les usages particuliers de ce (( fils et les petites douceurs qu'il voudra se procurer » . M. de Bellegarde l'appelle toujours « mon iils le « religieux », bien qu'une profession religieuse soit incompatible avec un pareil état. Quand le père mourut, celui-ci était dans le couvent de Saint-Just. » Le sort de son aîné étant ainsi assuré, le prévoyant j'erniier général s occupe de ses autres enfants et des divers membres de sa famille. 11 détermine la part d héritage de chacun avec l'équité d'un sage, et, après avoir fixé les chiffres et précisé les quotités, il ajoute ces paroles touchantes, comme une sorte de péroraison :

Je recommande ma famille à mon cher frère. J'espère qu'il voudra bien accepter la tutelle honoraire de mon fils de La Briche, et l'aider, et mes autres enfants, de ses conseils : ce sera me continuer les bontés qu'il a toujours eues pour moi...

Je recommande à mes enfants d'avoir toujours dans le cœur l'amour et la crainte de Dieu, de vivre en chrétiens, et de ne pas rougir de le paraître, malgré tous les exemples contraires qu'ils ne trouveront que trop dans un siècle corrompu, d'éviter

M. ET M-' DE LALIVE DE BELLEGARDE. i)

les mauvaises compagnies, l'écueil de la jeunesse, de s'attacher à remplir avec honneur les devoirs de leur état, moins encore par considération humaine que par religion et crainte de Dieu.

Que non seulement l'amitié fraternelle règne entre eux pour conserver la paix et l'union, mais que leur cordialité s'étende à tout le reste de leur famille qu'ils doivent aider et soutenir dans les occasions; s'il leur arrive des pertes de biens ou d'autres événements fâcheux (car il y en a de bien plus sensibles), qu'ils bénissent la volonté de celui qui a créé tout, et qui dispose de tout.

Je leur recommande aussi d'avoir toute la reconnaissance qu'ils doivent à leur tante. M""" d'Esclavelles', pour tous les soins qu'elle a pris d'eux, de respecter sa personne et ses avis, et de la regarder comme une seconde mère. Je réclame la continuation de ses bontés pour ce qui regarde surtout mon jeune fils de La Briche, et dans les soins à prendre de mon fils, le religieux.

J'invite mes chers enfants à ne pas oublier devant Dieu un père et une mère qui les ont tendrement aimés jusqu'au dernier moment de leur vie, qui n'ont rien épargné pour tâcher de leur donner une éducation chrétienne, et en même temps propre à la vie civile. Je lui demande pour eux ses bénédictions et pardessus toute chose la grâce du salut, notre unique nécessaire.

A la fin du premier codicille, nous avons noté ce vœu :

Je désire que mes livres, tableaux et collections d'estampes et de dessins ne soient pas vendus à l'encan, et qu'ils soient partagés entre mes cinq enfants, ainsi qu'ils conviendront entre eux et sur l'estimation qu'ils en pourront faire faire par gens s'y connaissant.

I. M""' dEsclavelles, mère de M°"' d'Épinay, était la sœur de M™' de Lalive de Bellegarde.

,o LA COMTESSE D'HOUDETOT.

Tel fut AI. de Bellegarde. Son testament nous le révèle tout entier. Il avait une grande expérience de la vie, il considérait la religion comme un principe d'ordre et de bonheur, et dans sa foi il était sincère, fervent et simple. Par-dessus tout il était bon, la pensée et le fait d'obliger le rendaient heureux. Nous retrouvons cette grande qualité dans M"' d'Houdetot, sa fille, dont l'harmonieux caractère s explique et se comprend mieux quand déjà on connaît celui de son père.

Cet homme, si convaincu dans sa foi, mourut a Paris, rue Saint-Honoré, le 3 juillet lySi, à 1 âge de 71 ans. Suivant son dernier vœu, il fut enterré dans l'église d'Epinay, près de Paris. Pendant la Révolution, les pierres et les inscriptions du tombeau furent mutilées, mais elles furent réparées en 1807. par les soins de M™" d'Houdetot. Voici 1 inscription telle qu'elle subsiste de nos jours :

cy-gisse.\t

louis-denis lalive

de bellegarde

et son épouse ai ahie-jo s ép iiine prouveur

anciens seigneurs de ce lieu.

parfaitement unis

pendant leur vie,

ils ont voulu être réunis ici

a leur mort.

cette pierre détruite pendant les troubles de lygs

a été restaurée par le respect

et la piété filiale

l'an 1807.

La Comtesse dHoudetot

Le Tomte d'Hovuetot

<- n^f^&J t^AJ mtnui/uf^^i Ou- tem/i>j

M. ET M-« DE LALIYE DE BELLEGARDE. ii

M'"' de Bellegarde, née en 1697, mourut prématurément à l'âge de quarante-six ans. Elle succomba le 18 septembre 1743, au château de la Chevrette, sur le territoire de la commune de Deuil, et fut inhumée le lendemain dans l'église d Epinay, en présence de deux de ses fils, et de son frère, André ProuA^eur, prévôt de la Collégiale de Condé. Sa fille, la future M*"" d Houdetot, n'avait alors que treize ans.

M""" de Bellegarde était une femme d'une grande beauté, comme on en peut juger par un portrait du au pinceau de Largillière, très bien conservé, et faisant pendant à celui de M. de Bellegarde, son mari. Ces magnifiques portraits, qui appartiennent actuellement à M. Louis Brinquant, disent le luxe et la splendeur qui entouraient jadis un fermier général.

M. et M""" de Lalive de Bellegarde eurent six enfants, deux filles et quatre garçons. Les filles sont :

1° Marie-Charlotte-Françoise, née en 1728. Elle fut mariée successivement à Jacques Pineau, baron de Lucé, intendant de Strasbourg, puis à Claude de La Chastre, colonel d'infanterie, député de la noblesse du Poitou aux États Généraux. Quatre enfants naquirent du premier mariage et un du second.

2° Elisabeth-Sophie-Françoise, née a Paris, le 18 décembre 1780. Le 28 février 17/18, elle épousa le comte Claude-Constance-César de Houdetot, fils cadet d'une importante famille de Normandie, et

appartenant à l'armée'. Par elle, le nom de Houdetot, qui s'altéra et s'écrivit d'Houdetot, devait acquérir une célébrité nouvelle-. Elle mourut k Paris le 28 janvier 181 3, âgée de 83 ans, laissant un fils et une fille dont nous parlerons plus loin.

Les quatre garçons sont :

1° Louis-François, l'aîné, qui de bonne heure, comme nous l'avons vu, fut relégué dans un couvent

1 . Le mari de M"" d'Houdetot, mestre de camp de cavalerie et capitainelieutenant des gens d'armes sous le titre de Berry, se trouva en 1744, à l'affaire de Wissemljourg, dans le détachement qui chassa les ennemis. Il se trouva aussi, en 1745, à la bataille de Fontenoy où la gendarmerie arrêta la première colonne de l'armée anglaise. En 1746, il fut nommé volontaire au détachement de Ramillies, avec un corps de 600 gens d'armes qui, seuls, soutinrent le choc de 2000 ennemis, et les culbutèrent. En 1780, le comte d'Houdetot parvint au grade de Lieutenant général. Il mourut en 1806.

2. Voici quelques détails sur l'ancienneté de la famille dans laquelle entrait Sophie de Lalive de Bellegarde.

Jean P' d'Houdetot accompagnait, en io34, Robert, duc de Normandie, dans son pèlerinage à Jérusalem; plus tard, il suivait Guillaume le Conquérant, en Angleterre, et portait l'étendard ducal à la bataille d'Haslings. Jean II, et son frère Colard, prirent part à la première croisade, sous le commandement de Robert Courte-Heuze, duc de Normandie. Jean III faisait partie de l'expédition qui, en 11 70, conquit le royaume de Naples et de Sicile. Louis 1"' commanda un corps d'arbalétriers, en 1200, sous Piiilippc- Auguste. Robert d'Houdetot fut grand maître des arbalétriers de France en 1823. Sous le roi Louis XIV, MM. de Houdetot ont eu cinq régiments de leur nom.

La famille d'Houdetot s'est alliée, dans le cours des siècles, aux plus hautes familles, parmi lesquelles les d'Estouteville, les ^lalet-Graville, les La Roche-Guyon, les Roncherolles, les Rouville. Suzanne de Rouville, femme de Guillaume de Houdetot, descendait de Louis IX, roi de France, par les (Jœsmes, de Rieux, d'Harcourt; et Jeanne de Roncherolles, qui avait épousé, en i4o2, Guillaume de Houdetot, descendait de Philippe de Souabe, empereur, par les d'Harcourt et les ducs de Brabant.

M. Eï M-' DE LALIVE DE BELLEGARDE. i3

de Prémontrés, plutôt comme malade que comme religieux proprement dit.

2° Denis-Joseph, né en 1724. On lui donna le nom de de Lalive d'Epinay; comme son père, il exerça la charge de fermier général. Il épousa sa cousine, Louise-Florence-Pétronille d Esclavelles, qui devint la célèbre M""*" dEpinay. Il mourut en 1782. Un fils et une fille naquirent de ce mariage. Nous ne dirons rien ici du caractère de M. d Epinay que les Mémoires de sa femme et d'autres ouvrages ont faire connaître suffisamment.

3" Ange-Laurent, né en 1725. Il reçut le nom de de Lalive de Jully. Il devint introducteur des ambassadeurs, après s être destiné a la magistrature et avoir été employé dans la diplomatie. Il avait un vif penchant pour les arts, son nom est resté parmi ceux des amateurs connus de 1 époque.

Il dépensa, dit Paul Boiteau, une grande partie de son bien à se faire un très beau cabinet de peintures, de sculptures et de gravures de l'école française, qu'il estimait particulièrement, mais non sans joindre à ces morceaux des peintures d'autres écoles. L'un des plus précieux Rubens du Louvre vient de ce cabinet*. Lui-même rédigea son catalogue et le

I. Le tableau de Rubens, dont il est question ici, représente la seconde femme de l'artiste et ses enfants. Il a pour titre : Portrait d'Hélène Fourmenl, seconde Jemme de Rubens, et de deux de ses enfants. A la vente de M. de Lalive de Jully, en 1769, ce tableau fut vendu 20000 livres. En 1777, à la vente de M. Randon de Boisset, il fut vendu 18000 livres. Enfin, en 1784, à la vente du comte de Vaudreuil, il fut acquis, moyennant 20000 livres, pour le compte de la couronne.

i4 LA COMTESSE D'HOUDETOT.

publia en 176/i, sous ce titre : Catalogue historique du cabinet de peinture et de sculpture françaises, de M. de Lalive, introducteur des ambassadeurs, membre honoraire de l'Académie royale de peinture.

En 17/19, il épousa M"' Louise-Elisabeth Chambon qui mourut en 1762, emportée par la petite vérole. Très affecté par cette mort, M. de Jully chargea Falconet d élever un monument a sa femme. Ce monument devait d'abord être installé dans ses appartements. Finalement il fut érigé dans l'église Saint-Roch, et subsista jusqu'à la Révolution. Le médaillon en marbre, représentant M"" de Jully, n'a point disparu. On le peut voir encore à Saint-Roch, près de la porte, en entrant à droite.

Dans une lettre à Francueil, datée de janvier 1753, Jean-Jacques Rousseau écrit :

Tous êtes en peine de M. de Jully : il est constant que sa douleur est excessive; on ne peut être rassuré sur ses effets qu'en pensant au peu d'apparence qu'il y avait, il y a deux mois, par la vie qu'il menait, que la mort de sa femme pût laisser dans son âme des traces bien profondes de douleur. D'ailleurs, il l'a modelée sur ses goûts, et cela lui donne les moyens de la conserver plus longtemps, sans nous alarmer sur sa santé. Il ne s'est pas contenté de faire placer partout le portrait de sa femme; il vient de bâtir un cabinet qu'il fait décorer d'un superbe mausolée de marbre avec le buste de M"'" de Jully et une inscription en vers latins, qui sont, ma foi, très pathétiques et très beaux. Savez-vous, Monsieur, qu'un habile artiste en pareil cas serait peut-être désolé que sa femme revînt.

M. ET M-'= DE LVLIVE DE BELLEGARDE. i5

Le i" août 1762, M. de Jullj épousa en secondes noces Marie-Louise-Josèphe de Nettine Valkiers, fille d un banquier de la cour de Vienne à Bruxelles. De ce nouveau mariage naquirent trois enfants : un garçon qui devint le baron de Lalive, introducteur des ambassadeurs sous la Restauration, et deux filles qui lurent dans la suite M'"" de \intimille, et la comtesse de Montesquiou-Fezensac (lyô^-iSSa). M. de JuUy mourut en 1779.

4' Alexis- Janvier, né en 1737. On lui attribua le nom de de Lalive de La Briche. Il fut, lui aussi, introducteur des ambassadeurs, et de plus secrétaire des commandements de la reine. Longtemps célibataire, il vivait près de M""" d'Houdetot, sa sœur, quand il avait quelques loisirs. « M. de La Bricbe, écrit M. de Barante, aimait les arts et les artistes, qu'il encourageait généreusement. On admirait son cabinet de tableaux ; il possédait la collection de musique itaHenne la plus complète qui fût à Paris. Très ménager de sa grosse fortune, il se garda toujours des folies et prodigalités de son frère d'Epinay. » Le Ix avril 1780, il épousa M"" Adélaïde- Edmée Prévost, jeune fille remarquable par les qualités du cœur et les dons de l'esprit : nous parlons d'elle au cours de cette étude'. Elle avait vingt ans

I. Nous signalons une intéressante étude sur M""" de La Briche, par M. le baron de Barante, parue en igoS dans le volume de Mélanges publiés par la Sociétés des Bibliophiles français. Cette étude sert d'introduction à une série de lettres adressées par Florian à l'aimable femme.

i6 LA COMTESSE D'HOUDETOT.

de moins que son mari. Celui-ci mourut en 1785, en laissant une fille, qui devint la comtesse Mole de Champlàtreux (1781-1845)'. M"' de La Briche mourut en i8/i/i, à 1 âge de 87 ans.

La descendance du comte et de la comtesse d Houdetot nous intéresse particulièrement. Leur fille, Charlotte-Françoise, née le i5 mars 1763, épousa dans la suite Charles Dubuisson de Blainville.

Leur fils, César-Louis-François-Ange, naquit à Paris, le 12 juillet 17^9, et y mourut en 1826. En 1776, il épousa en premières noces Louise Perrinet de Faugnes, jeune femme intéressante qui mourut à l'âge de 2 3 ans : nous lui consacrons plus loin un chapitre spécial. De ce mariage naquirent plusieurs enfants dont un seul survécut, Frédéric-Christophe d Houdetot, qui vint au monde le 16 mai 1778, et mourut en 1869.

César d'Houdetot avait la passion du jeu, ce qui amena dans sa vie des complications de toute sorte. Cependant, il se corrigea et sa carrière militaire fut digne du nom qu'il portait. Il s embarqua pour les Indes, en 1778, avec le bailli de SufFren, et prit part, en qualité de maréchal de camp, aux trois glorieuses campagnes de cet amiral contre les Anglais. Il commandait le corps de volontaires de Bourbon à

I . Louis-Mathieu Mole de Champlàtreux est l'homme d'État célèbre connu sous le nom de comte Mole. Il fut ministre de Napoléon, de Louis XVIII et de Louis-Philippe.

M. ET M-= DE LALIVE DE BELLEGARDE. i-

]a bataille de Gondelout, il les mena à la baïonnette contre l'ennemi. En mémoire de cette journée, son second fils, Robert-Antoine-Gonstant, Volontaire de Bourbon, né à l'Ile de France le i3 avril 1787, fut tenu sur les fonts de baptême par le corps des Volontaires de Bourbon qui lui donnèrent leur nom.

Il prit part ensuite, en 1802, à l'expédition de Saint-Domingue, et fut nommé gouverneur militaire de l'Ile de France et de la Martinique. Il fut fait prisonnier par les Anglais à la Martinique au mois de février 1809 : ramené en Angleterre, il resta pendant plusieurs années entre leurs mains. Ce ne fut qu'en janvier 181 /î qu'il put rentrer en France, sur l'intervention de M"" de Staël, et sous condition d'échange d'un officier de son grade. La Restauration le fit lieutenant général.

Devenu veuf en 1781, il se remaria aux iles le 9 février 178/I avec une jeune créole, Constance- Joséphine de Géré, née en 1769, et qui mourut en 1842. De ce second mariage naquirent treize enfants, sept filles et six fils. Parmi ces derniers, deux moururent en bas âge; deux autres furent tués à l'armée, l'un devant Lérida, l'autre à la bataille de Leipzig; ds étaient officiers, et avaient 19 et 20 ans. Les deux fils qui restaient, furent : l'un le comte Gharles- Ile-de-France dlloudetot, général, député, aide de camp de Louis-Philippe; l'autre, le comte Gésar- François-Adolphed'Houdetot, mort le 3o juillet 18(39. Nous parlons d'eux plus loin.

i8 LA COMTESSE D'HOUDETOT.

Des sept filles de César d Houdetot, deux moururent aussi en bas âge, et les cinq autres devinrent par leur mariage : baronne de Bazancourt, comtesse de Monforton, baronne de Barante, baronne Fleming, comtesse d Amilly.

La vie de Frédéric d Houdetot, issu du premier mariage de son père avec Louise Perrinet de Faugnes, mérite quelques développeinents. De bonne heure il s'adonna à l'étude des beaux-arts et à la peinture. Il travailla dans 1 atelier de Begnault, puis dans celui de David. Il eût pu devenir un peintre en renom, mais les fonctions administratives l'attirèrent.

Après avoir été d'abord auditeur au Conseil d Etat en i8o5, il fut envoyé en Prusse par le Gouvernement impérial comme directeur général des contributions indirectes. La victoire d'Iéna venait d avoir lieu, et le poste était difficile a remplir. Il sut concilier les nécessités de sa char<?e avec les égards qu'on doit aux vaincus, et se ménagea de nombreuses sympathies dans la haute société de Berlin.

Revenu en France en 1807, il fut nommé souspréfet de Châteaudun, puis préfet du Gard, et enfin préfet de Bruxelles en 181 3. Après les Cent-Jours, il administra le département du Calvados, mais il donna bientôt sa démission. Il ne reparut dans la politique qu'en 18 19, époque où il entra à la Chambre des pairs. Il ne cessa point d'y siéger pendant le Gouvernement de Juillet. En i84i, il fut nommé membre libre de l'Académie des Beaux-

M. ET M-« DE LALIVE DE BELLEGVRDE. u)

Arts. En 18/19, ^^ ^^^ ^^^ député par le Calvados: après le 2 Décembre, ce département l'envoya au Corps législatif, et il y siégea juscju'à sa nriort en 1859. 11 ne laissa point de postérité.

Dans les loisirs que lui laissèrent l'administration et la politique, il revint k la peinture, fit divers portraits qui ont leur valeur, et réunit une ijitéressante galerie de tableaux. Retiré alors au château d'Etreham, près de Bayeux, il pouvait, oubliant le monde, méditer à loisir sous de magnifiques ombrages, au milieu d'une solitude profonde. Il avait là son atelier, et il était heureux de pouvoir y travailler loin des intrigues de la société.

Le comte Charles-Ile-de-France d'Houdetot naquit a l'Ile de France le 6 juillet 1789; il fut tenu sur les fonts de baptême par la colonie de llle de France qui lui donna son nom. Il mourut le 5 octobre 1866. A quinze ans, il entra dans la marine et prit part aux batailles navales du cap Finisterre et de Trafalgar (21 juillet et 21 octobre i8o5). Il fut assez grièvement blessé dans la dernière. Autorisé h passer dans l'armée de terre avec le grade de lieutenant, il assista aux différentes campagnes qui suivirent. Pendant la campagne de Russie, il se fit remarquer aux combats de Moghilou, Krasnoï et Mojaïsk. Il devint ensuite aide de camp du général Montesquiou-Fezensac, puis du prince d'Eckmuhl, et fut nommé chef d'escadron pour fait d'armes. Avec ce grade il assista à la défense de Hambourg, puis à la campagne de France.

ao LA COMTESSE D'IIOUDETOT.

Le 19 août 181 3, il enleva à la baïonnette avec un bataillon la ville de Lauenbourg que les Allemands défendaient avec 2 000 hommes. Nous trouvons aussi son nom honorablement cité dans les ordres du jour qui suivirent la prise de ^A insen et de Lunebourg (Hanovre).

Sous la Restauration, il fut mis d'abord en non-activité. Mais, en 1828, lors de l'expédition d'Espagne, il reprit du service, devint lieutenant-colonel, et fut choisi en 1827 comme aide de camp par le duc d'Orléans, qui devait régner sous le nom de Louis-Philippe. Le comte d'Houdetot ensuite fut nommé colonel (i83i), puis maréchal de camp (i836), et enfin lieutenant général (18/12) \

Dans rintenalle, dit un de ses biographes, il servit à difl'érentes reprises en Afrique, contribua pour une large mesure à la création des bataillons d'infanterie, dits chasseurs d'Orléans, fut élu député en 1887 P^^ l'arrondissement de Bayeux, et ne quitta la Chambre qu'en i848.

Le comte Adolphe d'Houdetot, nous l'avons dit déjà, fut une personnalité de valeur comme écrivain et comme homme du monde. Il mériterait lui aussi une petite biographie à part. Nous nous bornerons à

I. La maison d'Houdetot a donné successivement à l'armée, en ligne directe, quatre lieutenants généraux : Clharles-Ile-de-France, comte d'Houdetot, lieutenant général en i8/l2,fils de Gésar-Louis-Marie-François-Ange, comte d'Houdetot, lieutenant général en i8i5, mort en 1826 ; petit-fils de Glaude-Constance-César, comte d'Houdetot, lieutenant général en 1780, mort en 1806; et arricrc-petit-fils de Charles, marquis d'Houdetot, lieutenant général en 1788, mort en 17A8.

rappeler que, né le i5 août 1799, il embrassa d'abord la carrière militaire, k l'exemple de tous ses frères. Il se distingua en 1823, pendant la campagne d'Espagne. Il devint officier dans la garde royale de Charles X. En i836, il épousa Louise-Isolinc-Sidonie de La Roque de Mons, jeune personne d'un grand mérite.

En i8/i2, Adolphe d'Houdetot entra dans la carrière administrative, et fut envoyé au Havre comme receveur des finances. Il s'attacha à cette ville, la considéra comme son séjour définitif, et ne voulut point la quitter, malgré différentes propositions d'avancement. Il y prit sa retraite en i865, et y mourut.

Lorsque le roi Louis-Philippe dut sortir de France, en 18/18, le comte d'Houdetot organisa les détails de sa fuite, et lui remit la somme nécessaire pour payer son passage en Angleterre, car le monarque était parti de Paris sans argent.

C'était un écrivain plein de Acrve et d'esprit. On lui doit de nombreux livres de chasse et un recueil de pensées intitulé : Dix épines pour une fleur. Dans sa jeunesse, il avait composé des vers. Sa manière rappelait la douce sentimentalité de sa grand' mère. Comme elle aussi, il aimait a rendre service, et avait un cœur excellent. Il repose dans le cimetière du Havre. Ajoutons qu'il se signala et fut récompensé comme sauveteur ; il fut aussi l'inventeur désintéressé du canon porte-amarre qui a rendu jusqu'ici de grands services aux naufragés.

« Dans les livres de M. d'Houdetot, disait un de

ses contemporains, livres si aimés des chasseurs et si recherchés par mi pubHc d'éhte, il y a un parfum du sol et des bois, qui se respire tout d'abord et qui acclimate la tête à une sorte de vie nouvelle et solitaire où l'on se repose... La chasse, dans ses dlflérents volumes, est d'abord excellemment traitée; vient ensuite l'agrément des digressions, des anecdotes, des vives esquisses, des portraits animés. »

Adolphe d Houdetot laissa deux enfants : une fille qui est devenue M"'" de Maraimbois, et un fils, le comte France-Edgar d'IIoudctot qui, en 1867, épousa M"' Galos, fils d'un ancien député et conseiller d'Etat, et petite-fille, par sa mère, du général Foy, Il prit part à la campagne de 1870-187 1 contre l'Allemagne et sa conduite lui valut la croix. Il mourut en 1896. Avec lui s'est éteinte, de nom du moins, la branche cadette de cette famille. Il ne laissa qu une fille. M"' Isabelle d' Houdetot, qui s'est mariée dans la Gironde, il y a deux ans, avec le comte de Pindray d'Ambelle. La branche aînée est toujours représentée par le marquis d'IIoudetot qui habite la Seine-Inférieure, berceau de la famille.

Dans la rapide nomenclature de la descendance de M. et de M"" de Lalive de Bellegarde, que nous venons de présenter, il est plus d'une figure digne d'attention, et dont le nom a été consacré par quelque plume célèbre. La plus séduisante peut-être est celle de la fille aînée de M. de Jully, qui épousa le

comte de Vintimille du Luc, capitaine de vaisseau, homme de beaucoup d esprit, qui passait pour être fils de Louis XV . Elle se lia d'une amitié a toute épreuve avec la comtesse Pauline de Beaumont, et dans le salon de celle-ci, sous le Consulat, rue Neuvede-Luxembourg (actuellement rue Gambon), elle rencontra des esprits éminents, Fontanes, de Donald, Pasquier, Ghênedollé, Joubert, Chateaubriand.

Dans les Mémoires cF Outre-Tombe , Chateaubriand a consacré le souvenir de cette nièce de M'"" d'IIoudetot : (( M"'"' de \intimille, dit-il, femme d'autrefois, comme il en reste peu, fréquentait le monde et nous rapportait ce qui s'y passait : je lui demandais si l'on bâtissait encore des villes... M"'^ de Vintimille avait été chantée avec sa sœur par M. de La Harpe. Son langage était circonspect, son caractère contenu, son esprit acquis : elle avait vécu avec M"""' de Chevreuse, de Longueville, de La Vallière, de Maintenon, avec M"" GeofPrin et M"' du DefPant. Elle se mêlait bien à une société dont l'agrément tenait k la variété des esprits et à la combinaison de leurs différentes valeurs. »

Dans le livre consacré k la comtesse de Beaumont par le regretté M. Bardoux, nous trouvons ce passage : « De toutes les grandes dames que M""" de Beaumont retrouva, la plus intéressante, la plus dévouée, comme la plus utile k consulter pour les choses morales, était M"" de Vintimille. Joubert devait s'attacher aussitôt k elle. Il avait même con-

serve dans sa mémoire dcii\ dates, le 0 mai 1802, jour où il l'avait vue pour la première fois, et le 22 juillet, jour où il s était promené avec elle, dans une certaine allée des Tuileries qu'il trouvait toujours embaumée de son souvenir. G était cette promenade qui lui rendit sacré le jour de Sainte-Madeleine. C'était aussi ce qui lui fit tant aimer les tubéreuses dont il avait donné ce jour-lk un bouquet à M'"' de Vintimille. Elle, du moins, vécut de longues années, et elle pouvait, en 181 7, recevoir ce billet adorable : C( Vous étiez plus jeune, il y a quinze ans, lorsque je marchais a vos côtés k pareil jour, à pareille heure, en parcourant certaine allée que je vois presque de mon lit, et où, a mon très grand regret, je ne puis aller célébrer cet anniversaire. Mais vous n étiez pas plus aimable. Votre présence et votre souvenir font également mes délices. Continuez à vous faire adorer, et aimezmoi toujours un peu. Les tubéreuses ne sont pas encore fleuries, cette année. J'avais pris toutes les précautions pour en avoir k mon réveil. Mais on n'a pas pu en trouver. J'ai souscrit pour les premières. Souvenez-vous qu il est de mon essence dépenser k vous avec délices, et de vous être éternellement attaché. » D autres écrivains, Brifaut notamment, ont parlé de M""" de Vintimille : tous l'ont fait avec éloge. On peut en dire autant de sa sœur cadette, Louise- Joséphine, devenue comtesse de Montesquiou-Fezensac, et que Norvins appelle c( la plus gracieuse et la plus douce des femmes ».

M. ET M"« DE LALIVE DE BELLEGARDE. aS

Chateaubriand, dans le passage cité plus haut, Oiit allusion à une pièce de vers que La Harpe aurait consacrée a M'"" de Vintimille et à sa sœur. Nous avons eu la curiosité de la connaître. A la suite de diverses recherches, nous avons fini par retrouver cette poésie dans la Correspondance littéraire, adressée au comte SchowaloAv en Russie par le critique. Elle est datée du mois d'août 1788. « Je joins ici, dit La Harpe, quelques couplets laits le jour de la Saint-Louis, à la Ferté, pour M™"^ Des Gars, de Vintimille et de Montesquiou- Fezensac, qui toutes trois s appellent Louise. » Ces vers sont des compliments dans le goût maniéré du temps. La Harpe suppose qu'il reçoit les confidences secrètes d Apollon qui lui dit à propos du nom de Louise :

A. ce nom d'heureux présage J'attacherai mes faveurs ; Il marquera l'assemblage Des dons les plus enchanteurs.

Si je veux que l'on s'instruise Dans les arts que je chéris, Je dirai : Voyez Louise, Elle en remporte le prix.

Si dans une main savante Je fais passer quelquefois Cette harpe ravissante Dont j'accompagne ma voix, Par avance elle est promise, Je sais à qui la donner :

C'est sous les doigts de Louise Qu'on l'entendra résonner.

Des talents de Polymnie J'aime les efforts heureux, Et de sa douce harmonie Les accords ingénieux.

Je veux que son art produise L'ensemble le plus touchant, Et que la voix de Louise jN'ait rien d'égal que son chant.

11 était dans la destinée de M"" de \intimille de faire la conquête de tous les poètes, de tous les écrivains qu'elle rencontra sur sa route. Que de rimes galantes elle dut recevoir ! Que de témoignages d'affection entourèrent sa vie ! Le plus éloquent et le plus touchant, à n'en pas douter, est renfermé dans les lettres de Joubert.

Saint-Lambert, dans son testament, n'avait eu garde de 1 oublier. Après lui avoir légué quelques livres, il avait ajouté : « Je la remercie de l'amitié qu'elle m'a témoignée, et surtout des consolations que promet à M"'" d Houdetot 1 amitié qu'elle lui témoigne. ))

Nous publions, dans le chapitre suivant, un portrait de la comtesse d Houdetot tracé d une plume habile par M""* de\intimille. Nous en devons la communication a M. le baron de Barante : nous lui témoignons ici toute notre reconnaissance pour les précieux documents qu'il a bien voulu nous confier, et qui figurent dans cet ouvrage.

LA COMTESSE DHOUDETOT

LA COMTESSE D'HOLDETOT

Correspondance. — Poésies inédites. — Portrait de M"' de La Briche. — Lettres inédites de Diderot, M. de Lalive de La Briche, M"' Necker, M. \ecker, Franklin, Ally de Crèvecœur, M. Le Roy, Gérard, la Maréchale de Beauvau. — M'"" dlloudetot jugée par M""" de Vintimille. — Nos portraits de M"" d'Houdetot.

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