I. Homme de confiance de M'"^ d'Epinay
tation ni colère, je me sens d'une faiblesse, d'un accablement qui m'ôte la force de penser, d'agir, et qui me fait trembler à la seule idée d'un délogement. Ainsi, ' croyez que je n'ai point actuellement à me défier de mes résolutions, et qu'au contraire si je me sens encore la force de les tenir, c'est parce que l'hon neur est la dernière chose qui s'éteint chez un honnête homme. Je n'ai point de nouvelles de Diderot : prompt à quereller ses amis, il les laisse au milieu de leurs peines boire à loisir la coupe de l'affliction. Je ne puis plus supporter l'état où il me tient, et je lui enverrai samedi M"'' Levasseur. Elle ira aussi savoir de vos nouvelles et prendre votre réponse. Adieu, ma chère amie, et mon unique consolatrice.
SEPTIEME LETTRE INEDITE
Dans les lettres qui suivent, Rousseau, toujours inquiet, continue a se débattre contre la volonté de M™' d'Houdetot. Il n'ose, à cause d'elle, prendre une résolution définitive, ni mettre à exécution le désir qu'il a de quitter l'Ermitage où il se sent désormais mal à l'aise. Pour tromper le chagrin qu il éprouve, et la fièvre qui l'agite, il écrit à son amie, c'est le seul plaisir qui lui reste.
Lettre de Madame d'Houdetot à Rousseau.
Tâchez, mon ami, de n'être pas si impatient; vous ne ferez jamais que des fautes, et vous serez toujours injuste pour vos amis. Vous verrez sûrement Diderot le plus tôt qu'il pourra, et il en a autant de besoin que vous, à ce qu'il me paraît, par ce qu'il m'a mandé lui-même. Je vous ai écrit dimanche au soir
une lettre que j'ai fait mettre à la poste hier; or entre dimanche et le jour qu'on m'a remis votre lettre il n'y a eu que deux jours, et je vous mandais que j'écrirais à mon aise. C'est folie d'envoyer un exprès : en attendant, je vous avertis que je le fais payer.
Apprenez donc enRn à rester tranquille, et à ne plus douter ni de l'amitié ni des soins des amis qui vous aiment; il faut avoir d'eux meilleure opinion, et vous auriez fait un très maumais arrangement de vous établir loin d'eux pour en être toujours inquiet. Adieu, mon cher citoyen. Je me porte un peu mieux ; il en est de même d'Aix-la-Chapelle, d'où l'on me parle toujours de vous avec une grande amitié. Il n'écrit encore qu'à moi et me dit qu'il avait eu envie de vous faire écrire, mais qu'il avait peur que cela ne vous fît peine et qu'il attendrait qu'il le pût lui-même. Il me charge de mille choses pour vous. Les eaux l'ont fort affaibli. Il m'écrit très peu à moimême, et n'écrit qu'à moi et pour ce qui est indispensable. Travaillez donc, mon cher citoyen, et songez qu'il est juste que vous me disiez ce que je vous dois pour ce que vous avez déjà copié pour moi. J'ai fait affranchir ma lettre et vous devez l'avoir.
[P. S.] Apprenez donc à ne plus vous croire abandonné quand on ne répond pas dans l'instant aux lettres où on a déjà répondu un mot et oii l'on vous prévient qu'on prendra son temps pour y répondre. Tenez-vous tranquille et occupezvous de quelque chose. Votre imagination se dévore elle-même et vous tourmente. Je vous ai dit ce que je pense et sur des amis que vous aimez. Tenez-vous tranquille et vaquez à vos occupations. Il n'a pas tenu à moi que vous n'ayez vu Diderot plus tôt, mais soyez sûr qu'il ira et qu'il a envie de vous voir.
Ce mardi.
(Manascrits de ]\euchdlel.)
JEAN-JACQUES ROUSSEAU. i8i
Réponse de Rousseau à la lettre précédente.
(Inédite.) A l'Hermitage, ce jeudi 17 novembre 17Ô7.
J'ai bien pressenti que je me rendrais importun, mais j'espérais, je l'avoue, que cela n'arriverait pas si tôt. Désormais, je serai plus discret. Cependant, permettez-moi de vous repré senter que l'état de crise où je suis comportait de ma part un peu plus d'inquiétude que dans un autre temps.
Sans parler des peines les plus sensibles, prêt à déloger en hiver, je prends un logement à Montmorency, vous m'engagez à rester à l'Hermitage, je vous expose mes raisons, et vous remets en dépôt l'honneur de votre ami ; vous m'écrivez un mot provisionnellement, vous me promettez une plus longue réponse à votre aise; j'attends six jours mal à mon aise moimême entre deux logements, sans savoir auquel me fixer; je vous sais incommodée; je crains que vous ne soyez malade. Au bout de six jours, je vous écris non par un exprès, comme vous le prétendez, mais par le messager de Montmorency, qui va trois fois la semaine à Paris faire les commissions, et porter les lettres du tiers et du quart, et qu'on préfère à la poste parce qu'il n'en coûte pas plus pour les ports de lettres, et qu'on a la réponse le même jour. Quand j'aurais été le plus tranquille du monde, il me semble que j'aurais fait tout cela de même. A présent que je sais vos intentions, je tâcherai de m'y mieux conformer. Quand je serai inquiet sur votre santé, je me laisserai dévorer par mes inquiétudes ; je mettrai plus de six jours d'intervalle entre vos lettres et mes réponses, et ne me servirai plus du messager de Montmorency pour ne vous pas constituer en frais.
La lettre que vous m'avez écrite dimanche et fait mettre à la poste lundi, ne pouvait pas me tranquilliser mardi, puis-
iSa LA COMTESSE D'HOUDETOT.
que aujourd'hui jeudi elle ne m'est point encore parvenue. En la faisant affranchir, vous avez trouvé un excellent moyen pour la faire perdre, et quand elle me parviendrait, j'aurai eu huit jours de tourments et cinq sols d'épargne; me préserve le ciel de beaucoup de pareilles économies !
Le temps! le temps! Madame, voilà le bien qu'il faut épargner, et celui qu'on passe avec contentement est la véritable richesse de l'homme. Je n'en suis pas réduit au point qu'un port de lettre influe sur ma situation, et quand il y influerait, je saurais bien me dédommager par d'autres privations moins sensibles. Si vous continuez d'affranchir vos lettres, ne doutez pas que je n'affranchisse aussi les miennes; la moitié s'en égarera, le reste arrivera beaucoup plus lentement, et cela fera un commerce fort agréable!
J'avais besoin, per rasscrcnar il mesto ctglio, de recevoir de meilleures nouvelles de votre santé et de celle de notre ami. Ah ! ce cher et digne ami ! Que n'est-il ici, jouissant de sa première santé, et se livrant avec ceux qui l'aiment à tous les attachements de son cœur! le mien, surchargé d'ennuis, s'épancherait avec lui, je lui écrirais sans contrainte et j'attendrais, pour devenir plus réservé, qu'il me donnât à son tour des leçons de discrétion. Je voudrais bien que vous profitassiez du meilleur état de votre santé, pour achever de la rétablir, en faisant tout ce qu'il faut, et vous prescrivant surtout un régime égal et modéré. Lne chose que je dois vous dire, c'est que vous veillez trop tard, et que l'habitude d'écrire longtemps avant de vous coucher doit vous brûler le sang à la longue. C'est en vain que vous croyez réparer le matin la perte du sommeil dans la nuit; en rien l'on ne trouble impunément l'ordre de la nature, et la raison même nous dit que l'air ému par les rayons du soleil peut donner un sommeil moins salutaire que durant la fraîcheur de la nuit. Mais vous avez l'habitude à vaincre, et c'est un combat otj rarement la raison triomphe. Au moins, le cœur devrait-il vous dire que vous ne
JEAX-JACQUES ROUSSE.VU. i83
devez pas compte de votre vie et de votre santé à vous seule.
Vous me parlez toujours de travailler. Donnez-moi donc une âme tranquille! Tantôt dans l'agitation, tantôt dans l'accablement, quand trouverai-je le calme nécessaire à la liberté d'esprit! Que n'ai-je payé vingt ports de lettres de plus! J'en vivrais plus content, et j'en deviendrais plus riche. A chaque lettre, je me propose de vous parler de mon travail et de vos copies, mais il se trouve tant de quoi la remplir qu'il faut toujours renvoyer ces articles. A l'égard de ce que je vous ai envoyé, et dont vous m'offrez le paiement, expliquons-nous. Je tiens à honneur d'être votre copiste; je sais mieux que personne que chacun doit vivre de son métier, et dans les copies que vous m'avez commandées, vous ne m'offririez pas le pavement que je serais le premier à vous le demander. Mais je suis aussi votre ami; du moins, vous m'avez honoré de ce titre, et il me semble de le mériter. Tout travail a besoin de récréation, et je n'en connais point de plus douce que les soins de l'amitié. Quand je voudrais recevoir le paiement des bagatelles que je vous envoie, ma conscience m'en empêcherait, parce que, trop occupé des choses, je n'ai pas mis à la copie le soin que je donne à celles que j'ai dessein de me faire paver, et que ce serait voler votre argent. \e parlons donc plus de cela, je vous en prie, et préparez-vous seulement à bien payer monsieur le copiste, quand il aura travaillé pour vous, et qu'il vous portera son mémoire. S'il vous reste là-dessus quelque scrupule, tenez mon payement pour déduit sur ce que vous avez donné de trop à l'exprès prétendu auquel il ne fallait que six sols.
Enfin, je reçois votre lettre de dimanche, au moment que j'écris celle-ci. Vous le voulez, j'obéirai, je resterai jusqu'au printemps à l'Hermitage, à moins qu'on ne m'en chasse avant ce temps-là, de quoi je ne voudrais nullement répondre. Cependant, j'atteste votre bonne foi, souvenez-vous des conditions que j'ai mises à ce délai; songez que mon honneur serait compromis, et quel devoir c'est pour vous de les remplir. Je %ous
i84 LA COMTESSE D'IIOUDEïOT.
déclare que j'agis en ceci contre la voix de ma conscience, et que ce sera la dernière fois de ma vie.
Dès qu'on me dit ce que vous aviez écrit à Diderot, je vis que vous aviez tout gâté. On ne saurait plus mal s'y prendre. Si vous m'aviez laissé faire, j'espérais en moins de quinze jours vous le livrer pieds et poings liés; mais c'en est fait, ou du moins je le crains bien. C'est un homme qu'il faut enlever de force, ou bien aller à lui comme au rivage, en tournant le dos. Au reste, je ne sais ce qu'il a pu vous écrire, mais je suis bien trompé s'il y a une femme au monde qu'il estime et honore autant que vous. S il vient me voir, je lui montrerai votre lettre et lui dirai ce qu'il faut.
Pardonnez-moi, Madame, une si prompte réponse : ce sera la dernière fois que j'enfreindrai la règle que je me suis prescrite, et qu'il fallait sans doute m'imposer plus tôt. Je ne vous écrirai plus que par intervalles bien rares, bien compassés, bien réglés; mais nous aurons beau faire l'un et l'autre, ce que je ne pourrai jamais asservir à la mesure, c'est mon amitié pour vous.
J'aurais bien voulu vous écrire après-demain samedi; vous en verrez la raison dans l'almanach ' , mais il me semble que mon silence vous en dira bien autant qu'une lettre, et vous aurez l'importunité de moins.
HUITIEME LETTRE INEDITE
Lettre de Madame d'Houdetot à Rousseau.
Ce samedi, i8 novembre.
Vous êtes encore une fois injuste pour moi, mon cher citoyen; j'ai prétendu vous reprocher, non vos lettres, mais
1. Rousseau fait allusion à la fêle de Sainte-Elisabeth, un des prénoms de M"' d'Houdetot. Celle fêle tombe le 19 novembre.
JEiVN-JACQUES ROUSSEAU. i85
l'inquiétude qui vous les fait rendre si fréquentes et qui est offensante pour vos amis. Quittez donc le ton que vous avez pris dans votre dernière lettre, je ne le mériterai jamais. Je crois, mon cher citoyen, que vous avez pris le bon parti, et je vous ai conseillé suivant ce que je pensais moi-même. Vous pourrez exécuter au printemps vos résolutions, si elles sont toujours les mômes, et vous éviterez par là un éclat qui aurait toujours été fâcheux. Maintenant que vous n'avez plus qu'à vous tranquilliser, ne me reprochez point de vous exhorter au travail : outre qu'il vous est nécessaire, il achèvera de dissiper les traces de tristesse qui peuvent être restées dans votre âme, et il peut être aussi utile pour elle qu'il est nécessaire à votre situation. J'apprendrai avec plaisir que vous vous occupez d'ouvrages qui ne peuvent que relever votre âme et lui donner du courage, en vous rappelant tout ce qu'elle vous a fait dire et penser.
Je renonce dès à présent, mon cher citoyen, à ce que vous prétendez que je ne vous dois point. \ous pensez bien que mon intention ne fut jamais de vous blesser, mais de vous représenter une chose que je croyais juste, ayant d'ailleurs usé sans ménagement de votre temps. Je vais très fort à présent vous presser pour mes copies; cependant qu'elles ne vous empêchent point de travailler; d'ailleurs, je ne demande que la préférence sur les copies que vous voudrez faire.
Je n'eus jamais d'autre intention, mon cher citoyen, en proposant à Diderot de venir à l'Hermitage, que celle de vous l'amener plus tôt, parce que vous en aviez besoin. Quel qu'ait été le succès de ce soin et quelle qu'en soit la suite, je ne me repens pas d'un projet que m'avait dicté la seule amitié. Je vous répète ce que je vous ai dit pour lui : mes amis ne me laissent pas le besoin d'en avoir d'autres. Personne ne sent mieux que moi ce que vaut votre ami et ne serait plus aise de le connaître ; mais croyez aussi que je ne l'importunerai jamais sur ce point; j'en saisirai l'occasion avec joie, mais je ne met-
i86 LA COMTESSE D'HOUDETOT.
trai nulle importunité à la chercher; vous l'en pouvez assurer. Vous me connaissez, vous savez combien Diderot me plaît : ainsi il n'entre point d'humeur dans le propos cpie je tiens; c'est seulement ma façon de penser. Je désire seulement qu'il m'estime et ce que mes amis lui diront de moi me satisfera sur ce point. Adieu, mon cher citoyen; donnez-moi des nouvelles de votre santé, après tant d'agitations. Croyez que ma tendre amitié ne peut cesser de s'intéresser à tout ce qui vous regarde.
J'ai mille choses tendres à vous dire de notre ami. Hélas! il ne vient point ici après les eaux; il m'annonce une lettre pour vous. Cette nouvelle absence ne contribuera pas au rétablissement de ma santé : elle allait mieux, cette santé, depuis quelques jours, et l'opiat me faisait un bien ordinaire. Adieu mon cher citoyen; jai voulu vous répondre avant la lettre de notre ami que j'attends d'ici à quelques jours, pour vous mieux prouver toutes vos injustices pour moi. Je ne ferai plus non plus affranchir mes lettres, puisque cela vous déplaît : mais, mon ami, apprenez qu'il ne faudrait pas que l'amitié se blessât ainsi pour des riens. Ah! je vous pardonnerais tout cela, si je voyais au moins que la vôtre me donnât ce plaisir que j'attends d'elle et qui me prouverait si bien sa sincérité. Vous m'entendez, mon ami, il me semble que vous devez compte à mon amitié des moindres besoins que vous lui tairiez et qu'elle se croirait si heureuse de vous épargner.
(^Manuscrits de yeuchâtel.^
Réponse de Rousseau à la lettre précédente.
(Inédite.)
Quoi, ma chère amie, il' ne viendra point cet hiver! Ah! croyez que vous n'en êtes pas la seule affligée, et que mon
amitié pour lui n'est pas la seule raison de mon chagrin. Que je vous plains ! Vous allez rester seule livrée à vos ennuis, ou qui pis est aux vains amusements du monde, qui dédommagent si mal un cœur sensible des privations qu'ils lui coûtent, mais dont, au sein de la tristesse, on ne laisse pas quelquefois de goûter insensiblement les vaines consolations et les trompeuses maximes.
Vous n'avez ni votre époux, ni votre amant pour occuper votre cœur et vos soins, ni votre ami pour épancher et nourrir les sentiments qui vous sont chers. Hélas! qu'allez-vous devenir? Vous serez environnée à la fois des ennuis de la solitude et des dangers qui la rendent désirable. Si jeune encore, de combien d'erreurs ce cœur honnête et tendre, mais simple et facile, ne peut-il pas être la victime!' Sujette à l'enthousiasme du mérite et des talents, vive et sensible à ca qui vous paraît digne d'attachement, combien il est aisé que l'apparence vous abuse et que vous soyez trompée par votre goût même pour tout ce qu'il faut estimer. Songez que, sous un faux air de sentiment et de zèle, il ne faut qu'un malhonnête homme adroit, qu'une femme d'esprit sans principes pour perdre l'innocence, môme avant qu'elle s'en soit aperçue. Songez que les fautes que l'amour fait commettre, laissent encore du ressort à l'àme, mais qu'un pas de plus l'avilit, la dégrade, l'anéantit, et qu'en perdant une fois le goût des vertus, on perd à jamais celui des vrais charmes de la vie. Ne me dites pas, ma chère amie, que ces discours sont superflus : je le sens, qui sait mieux que moi combien l'amitié, la fidélité, et tout ce que le plus tendre amour souffre et nourrit de sentiments honnêtes, sont chers et sacrés à voire cœur? C'est pour cela même qu'il faut n'épargner aucun soin pour tant de qualités estimables, et qu'il faut mieux prendre mille précautions inutiles pour les conserver, que d'en négliger une seule qui nous exposât à pleurer leur perte. Sophie, ma chère Sophie (permettez-moi de vous donner quelquefois un nom de si bon augure; ce n'est pas d'aujourd'hui
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que je sais qu'il vous appartient), j'ai l'âme attristée, je viens de perdre une- amie ' que j'avais espéré conserver jusqu'à la fin de mes jours; il m'en reste une selon mon cœur, c'est la seule, et ce sera la dernière. Ah! si jamais je la perdais, je ne résisterais point à ce désespoir!
Dites à notre ami qu'il ne m'écrive point dans l'état où il est : c'est de peur de l'y engager que je ne lui écris pas moimême; il suffit qu'il vous parle de moi quelquefois. Je pense trop à lui pour craindre qu'il m'oublie; son cœur n'est pas fait pour demeurer en reste, ni le mien pour le laisser attiédir. Soyez donc toujours notre aimable médiatrice : c'est à lui que j'ai dû votre amitié, que je vous doive à présent la conservation de la sienne, afin que de nouvelles raisons justifient de jour en jour mon attachement pour tous deux.
Je n'ai point encore vu Diderot, mais je ne crains plus rien, j'ai l'âme tranquille, et je recommence à me trouver heureux depuis que je ne suis plus que malade. Je voudrais travailler, mais on ne commande pas au génie, et il ne vient point. Je commence cinquante choses, mais si mal, que le dégoût me prend, et je n'en peux poursuivre aucune. J'ai formé depuis quelques jours une nouvelle entreprise à laquelle je tâcherai de me mieux tenir, et dont je vous parlerai quand mon parti sera pris d'y travailler tout de bon. Parlons à présent des copies : j'ai déjà réglé le papier, et commencerai ce soir celle de Julie, quoique je n'aie pas achevé le livre de M. Buchelet qui avait date avant vous. Mais je partagerai le temps, car je voudrais que vous eussiez de bonne heure la Julie, et elle en prendra beaucoup, de quoi je suis bien aise de vous avertir, pour vous donner d'avance le plaisir de savoir que vous me donnerez beaucoup d'argent. Ma foi, j'ai bien peur que la copie ne vaille plus que l'ouvrage; Au reste, je commencerai par la seconde partie, parce que vous ne l'avez pas eue entre les mains, et que vous