‹ La comtesse d'Houdetot, sa famille, ses amisChapitre 33 sur 48 · Diderot · texte numérisé non relu

Diderot

La lettre si dure de M"' d'Epinay, en réalité, rendit un grand service à Rousseau, en précipitant une rupture qui s'imposait. Elle le hbéra de l'entourage de la Chevrette, elle stimula son courage, et lui fit comprendre à fond que ce milieu n'était plus fait pour la simplicité de son àme et le rayonnement de son génie. Bref, ce fut la délivrance.

Le philosophe quitta l'Ermitage le i5 décembre. 11 écrivit le 1 7 à M"" d'Épinay : « Ma destinée était d'y entrer malgré moi, et d'en sortir de même. Je vous remercie du séjour que vous m'avez engagé d'y faire, et je vous en remercierais davantage si je l'avais payé moins cher. Au reste, vous avez raison de me trouver malheureux : personne au monde ne sait mieux que vous combien je dois l'être. Si c est un malheur de se tromper sur le choix de ses amis, c'en est un autre non moins cruel de revenir d une erreur si douce. »

Telle fut la fin de ce séjour k l'Ermitage, devenu historique. On sait ce qui suivit : d'un côté, les ennemis de Rousseau, exception faite pour Diderot, continuèrent k s agiter dans leurs intrigues et leur médiocrité ; de l'autre, le citoyen de Genève monta vers la région des chefs-d'œuvre et devint le réformateur de son siècle.

JEAN-JACQUES ROUSSEAU. 2o3

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