Frédéric d'Houdetot
3. Bien que le manuscrit original de ces Souvenirs et Remarques ne soit pas de l'écriture de M"'* d'Houdetot, nous avons tout lieu de croire qu'elle en est l'auteur.
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« véritables ornemensde la nature raisonnable, quand « est-ce que nous apprendrons k vous estimer? » Ces paroles éloquentes de Bossuet semblent faites pour être le texte de léloge, et commencer 1 histoire de la vie de notre ami, à qui elles peuvent être si jusle- " ment appliquées.
(( Son caractère distinctif a toujours été une raison supérieure que la plus belle imagination n'a jamais égarée, il en a placé l'usage avec la même mesure qui a dirigé sa vie entière.
« Dans la jeunesse, il lit son poème des Saisons: dans 1 âge de la réflexion, il lit ses Principes des mœurs chez toutes les nations. Son premier ouvrage brille des couleurs et de 1 énergie de sa jeunesse qui annonçait déjà la force et 1 étendue de la raison qui a produit le second. G est dans ces deux sources (jue doivent puiser ceux qui voudront entreprendre de parler à la postérité du tnbut de glon^e et de reconnaissance dû a ses talents. L amitié qui le pleure se contente d y rencontrer sans cesse ce qui caraclérise ses sentiments et ses vertus.
(( Si la philosophie réclame son souvenu-, il faut se rappeler toujours que cette philosophie n'était pour lui, comme il la souvent déclaré lui-même, que la raison appliquée au bonheur des hommes: il faut bien se garder de la séparer, comme on aurait peut-être 1 imprudence de le faire, des sentiments religieux, base de toute moralité humaine, parce qu on ne le pourrait sans nuire à la fois à la religion et à la philosophie.
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(( G est ce que 1 auteur des Saisons et des Princijjcs (les mœurs a tellement senti, qu après avoir tracé les principes applicables à toutes les nations et à tous les cultes, dont il n était pas dans son sujet de parler, « après tous ces principes, ajoute-t-il, peut-on se passer de religion? — Je ne le crois pas. » Telles sont les paroles d un homme dont aucune pensée, aucune action de sa vie, n a jamais démenti les principes, même en vivant ou avec ceux qui n avaient pas les siens ou avec ceux qui ne les appliquaient pas comme lui. En profitant des lumières de son siècle, en les étendant lui-même, il n a jamais adopté que celles qu il a trouvées conformes à la raison.
(( Il n eut pas d ennemis, parce que son extrênie modestie et surtout son peu de vanité ne blessèrent jamais l'amour-propre de personne, exemple rare d'une célébrité sans adversaire. 11 lut estimé sans être haï, les bons esprits l'admirèrent, les mauvais n'osèrent 1 attaquer, ou en furent promptement punis par le mépris et par l'oubli...
(( Son esprit sain et piquant le rendait propre à toutes les sociétés, mais il vécut avec intimité avec Montesquieu, Fontenelle, le président Hénault, d Alembert, etc. Il acheva de mûrir ses idées et de perfectionner ses talents par leur commerce : alors, son sort fut fixé a Pans et son cœur s'v attacha. Il y vécut dans la maison et avec la famille de Beauvau. et se lia avec une amie bien moins connue, mais
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dont lamitié, qui dura cinquante ans, remplit encore les derniers moments de sa vie.
« Ses poésies fugitives, ses morceaux de prose détachés, ses fables, et ses articles de l'Encyclopédie lui lirent, comme à Voltaire, une réputation particulière dans plusieurs genres. Esprit solide, étendu, et varié, ses idées et son style furent à lui, sa morale fut toujours pure: jamais son imagination, quelque brillante qu'elle fût, n'égara sa raison. Philosophe sans système, on ne trouve dans ses ouvrages ni erreur, ni contrariété; on y découvre seulement les principes qui ont réglé toute sa vie. »
Le Testament du poète, les Souvenirs et les Remarques de son amie sont des monuments élevés aux sentiments qui font le charme de la vie humaine. Preuve dernière d'un attachement d'un demi-siècle, ils en constituent aussi le digne et durable couronnement.
\ous donnons deux portraits de Saint-Lambert, conservés dans la famille de la comtesse d Houdetot. L'un (Planche ^ 1), d'après un tableau à 1 huile, na jamais été publié; sa valeur est plutôt documentaire qii artistique ; c'est sans doute lœuvre de quelque peintre de province devant lequel le poète-officier aura posé. L autre (Planche \1I). inédit aussi, et d'un grand intérêt, est la reproduction d un dessin de Garmontelle, maître unique en son genre, on le sait, pour donner la ressemblance a ses personnages, et nous les montrer dans le relief caractéristique de
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leur époque. Cette reproduction, nous en avons la certitude, fera la joie des amateurs.