RUE AUBER
n'en devait sûrement pas être offensée. Cepen- '■ dant, elle s'en plaignit plusieurs fois, mais sans succès : ses plaintes ne faisaient que réveiller mes craintes, et d'ailleurs, je ne prouvais me résoudre à rétrograder. »
Or, aucune des lettres publiées par Hippolyte Buffenoir ne révèle ce tutoiement signalé par Rousseau. On ne possède d'ailleurs qu'une seule lettre de Jean-Jacques où il fasse usage de ce « ton » et oij il tutoie Mme d'Houdetot. A vrai dire, ce n'est pas une lettre, mais seulement le projet d'une lettre qui, de l'aveu même de Jean-Jacques, ne fut jamais envoyée. C'est la célèbre lettre : « Viens, Sophie, que j'afflige ton cœur injuste ; que je sois, à mon tour, sans pitié comme toi... », publiée jxiur la première fois par Musset- Pathay en 1822. et qui figure au tome III de la Correspondance générale, sous le numéro 180. L'allusion au « prochain retour de ton amant » ; celle à « l'hiver qui nous sépare » autorisent à dater ce projet de lettre, au plus tôt de juillet 1757, et au plus tard d'octobre de la même année.
On peut donc affirmer, sans crainte d'être contredit, que les lettres de Rousseau, datant de la période passionnée, ne sont pK)int connues du grand public, si même elles existent encore. Lorsqu'il apprit la mort de Mme d'Houdetot, survenue le 28 janvier (813, le marquis de Bonnay, alors émigré et fixé à Vienne, écrivait à Mme de La Briche, le 24 février 1813 :
« J'ai, je vous l'avoue, une grande curiosité, et je ne suis pas sans espoir, au sujet de ces lettres qu'une femme, a dit Jean- Jacques, ne hrûle jamais, de ces lettres dont Saint-Lambert a empêché que nous n'eussions la confidence qui nous avait été promise. Je m'attends, mon amie, que vous éclaircirez mes doutes sur ce point, »
EU comme Mme de La Briche n'a pas donné satisfaction à la curiosité du marquis, celui-ci revient à la charge dans sa lettre du 26 juin 1813 :
« Je crois vous avoir fait une question qui a eu le sort de bien d'autres : vous ne m'y avez pas répondu. Je crois vous avoir demandé si, à la mort de Mme d'Houdetot, on avait retrouvé certaines lettres de Rousseau.,, lettres qu'en effet Mme d'Houdetot avait conservées ; lettres dont elle avait promis la lecture à vous, à Mme de Vintimille et à moi : lettres enfin que nous n'avons jamais vues, parce qu'il n'a pas plu à Saint-Lambert que nous les vissions. Existentelles encore î> En avez- vous connaissance ? Les avez- vous lues ? »
Il revient, d'ailleurs, encore sur cette ques-/ tion des lettres de Rousseau, qui paraît lui ten// fc:t à cœur : '