‹ La comtesse d'Houdetot, une amie de J.-J. RousseauChapitre 58 sur 61 · EPITRE DE SAINT-LAMBERT · texte numérisé non relu

EPITRE DE SAINT-LAMBERT

Nous avons découvert une É pitre à Boris (madame d'Houdetot), que Saint- Lambert avait confiée à Laharpe, et qui ne figure point dans ses œuvres. Cette pièce de vers assez étendue fait comprendre l'attachement profond des amants d'Eaubonne. En voici les principaux passages :

Laisse-moi dans ces vers te vanter mon bonheur, Rappeler tes bienfaits, chanter ce que j'adore! Me peindre ton esprit, tes grâces et ton cœur, Doris c'est en jouir encore!

Le Dieu de tous les arts versa sur ton berceau Les rayons les plus purs de sa flamme puissante;

11 alluma dans ton âme naissante L'amour de ses trésors, la passion du Beau !

Il est encor, Doris, une volupté pure Qu'inspire le plus grand, le plus noble des goûts : On n'aime point les arts sans aimer la nature; Leurs chefs-d'œuvre vraiment n'en sont que la peinture ; Ce goût est commun entre nous....

ÉPiTRE DE SAINT-LAMBERT. 3f3

Sans crédit, sans pouvoir, sans besoins, sans envie,

C'est nous qui faisons nos destins!

Tes soins et ton amour écartent les chagrins Qui couvriraient souvent l'espace de ma vie!

L'ombre de la mélancolie Se dissipe aisément auprès de ta gailé : Tu sais penser, sentir, et raisonner et rire;

Tu ne connais point l'âcreté

De la plus légère satire!....

Nous avons confondu notre être; Seuls objets de nos soins, seuls objets de nos vœux, L'un par l'autre animés, et l'un par l'autre heureux. De l'emploi de nos jours l'amour dispose en maître! Vois-tu dans ces jardins ces charmes, ces ormeaux S'approcher, s'embrasser, confondre leurs rameaux? De nos chaînes, Doris, ils nous offrent l'image; Ils resteront unis jusque dans leurs vieux ans. Et sur un même lieu répandant leur ombrage, Ils tomberont ensemble accablés par le temps!

Nous trouvons, dans ces vers, dont les tournures ont pu vieillir peut-être, des principes d'une immortelle sagesse. Par eux, nous comprenons mieux encore la longue liaison de madame dHoudetot et de Saint-Lambert.

Cestnous qui faisons nos deslins! dit le poète à son amie. Combien ils avaient raison! Les vrais amants toujours tiennent le monde à distance, ils se suffisent à eux-mêmes; ils n'ont besoin de nul assentiment, de nul suffrage, et ne se confient à personne.

YII

LETTRE DE GRIMM A LA COMTESSE D'iIOUDETOT

La correspondance de Grimm renferme une lettre curieuse en prose et en vers adressée, on le croit, à madame d'Houdetot. Au xviii'' siècle, les gens du monde elles gens de lettres aimaient assez ce genre de correspondance. Voltaire y excellait. Les vers, mieux que la prose, permettaient un léger badinage et des compliments qui étaient alors à la mode.

Voici la lettre de Grimm.

Paris, ce G août 1750.

Vous qui, dans Faiinaljle saison Dont les Grâces font le partage.

Joignez, par un rare assemblage, L'enfantillage à la raison; Vous qui, pour votre apprentissage, Savez dans des vers pleins de feu Jeter l'élégant badinage Qui de Chapelle et de Chaulieu Fit l'inimitable apanage; Vous enfin qui serez dans peu La Deshoulières de notre âge, Loin de la superbe cité

LETTRE DE GRl.MM A LA COMTESSE D'IIOUDETOT. 3i5

Que baignent les eaux de la Seine,

Quelle étrange fatalité

Aux bords de l'Escaut vous enchaîne?

Ne lardez plus à revenir,

Cédez à notre impatience;

Quelquefois par le souvenir

Le sentiment vit dans l'absence,

Mais, quelle que soit la constance,

Elle s'éteint si la présence

Ne sert pas à l'entretenir.

« Je sais que ces maximes ne sont pas faites pour vous et qu'aussitôt que vous reparaîtrez, tous vos amis retourneront en foule à vous. Si cependant vous ne reveniez pas telle que vous êtes partie, et que le climat par un trop long séjour vous eût rendue Flamande, je ne répondrais de rien. Par exemple, si au lieu de retrouver en vous

Les grâces, la taille légère, L'air enfantin, le regard vif.

L'esprit brillant, le ton na'if, La décence, avec l'art de plaire.

Enfin tout ce qu'ont d'expressif La figure et le caractère,

on allait nous ramener pour équivalent, à votre retour de Flandres,

Une de ces beautés massives, Telle que l'Escaut sur ses rives En oITre à nos yeux par milliers.

Dont l'ennuyeuse symétrie De beurre et de bière nourrie Dans les traits les plus réguliers Ne montre expression ni grâce, Et qui, dans son patois rouclii, A chaque mot pesamment place L'ennuyeux terme de toudi *,

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