‹ La comtesse d'Houdetot, une amie de J.-J. RousseauChapitre 59 sur 61 · Toujours (Iota dies), patois de Lille · texte numérisé non relu

Toujours (Iota dies), patois de Lille

VOUS pensez bien qu'alors on ne pourrait plus taxer d'inconstance vos amis qui vous méconnaîtraient, et voilà cependant à quoi vous vous exposez. Ce n'est pas que je ne sache qu'il y a quelques Flamandes fort aimables auxquelles ce portrait conviendrait peu, mais enfin cela est vrai en général et, quand cela ne le serait pas, je crois que je le dirais encore dans l'humeur que j'ai pris, contre ce pays, de ce qu'on vous y retient si longtemps; quelle malice à vous de priver la troupe de la Chevrette d'une actrice si nécessaire! Venez au moins orner la salle du spectacle, dussiez-vous y siffler, venez vous promener dans ce beau parc, à l'ombre de ces arbres épais, au bord de ce canal tranquille où vous pourrez vous livrer à vos poétiques saillies.

Quand j'étais à l'âge où vous èles,

J'ai vu les ruisseaux cl les bois,

Avec moins de talents cent fois,

M'inscrire au nombre des poètes.

Dans de champêtres lieux tout semblait m'animer, Le chant d'un rossignol, l'émail d'une prairie,

En excitant ma rêverie

Malgré moi me faisaient rimer.

A mes divers transports ma muse obéissante Me dictait chaque jour d'agréables chansons;

Aujourd'hui ma verve impuissante Ne me rappelle plus que d'insipides sons. Souffrez qu'entre vos mains je dépose ma lyre; A quels accords touchants est-ce la consacrer Si, sous vos doigts brillants, elle apprend à redire

Ce que vous savez inspirer!

« Poésie à part, madame, ne peut-on plus se flatter de vous revoir? Faut-il y renoncer? Mandez-nous du

LETTRE DE GRIMM A LA COMTESSE I) ' Il OUDETOT . 347

moins si vous vous amusez, et que le plaisir de vous savoir heureuse nous console un peu des chagrins de votre absence.

« Je compte aller samedi prochain à la Chevrette où il y aura une première répétition; je ne sais pas encore un mot de mes rôles. Des affaires sans nombre ne me laissent pas un moment de loisir : jugez-en par le temps que j'ai été sans vous écrire.

« Voulez-vous bien vous charger de dire bien des choses pour moi à monsieur d'Houdetot? »

M. Maurice Tourneux, le lettré et l'érudit si apprécié, donne à ce propos la note suivante dans la belle édition de la Correspondance de Grinwi, publiée par la maison Garnier :

•■ Celte lettre, inédite, sans signature ni adresse, a passé d'une vente de l'Alliance des Arts (1844) dans la collection du baron de Stassart, léguée par lui à l'Académie Roy. de Belgique, et c'est à l'obligeance de M. le chevalier Edm. Marchai, secrétaire adjoint de cette Compagnie, que nous en devons la communication. Elle présente un double intérêt, d'abord par sa date, ensuite et surtout parce qu'elle est le seul spécimen du talent poétique de Grinim en franrais, talent que nous ne nous exagérons pas, mais qui prouve déjà la souplesse acquise par ce « nigaud d'Allemagne », comme il se définit quelque part lui-même. Quant au nom de la destinataire, la mention des représentations dramatiques de la Chevrette, et celle du nom de M. d'Houdetot dans le post-scriplum permettent de croire qu'il n'y a point là erreur d'attribution. »

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