‹ La comtesse de BonnevalChapitre 12 sur 20 · LE HEROS · texte numérisé non relu

LE HEROS

bras autour du cou, et lui dit d'un ton caressant :

— Ma chère enfant, vous allez épouser un homme plus séduisant que pas un. Gardez-vous hien de Faimer, ou c'en est fait de vous. Il vous rendra malheureuse comme les pierres.

— Et si je ne l'aime pas, Marie, serai -je donc plus heureuse?

— Assurément, ma chère; il y a tant de petits bonheurs dans la vie préférables à un grand, quand ce grand passe comme l'éclair, et que sa fuite, qui est sans retour, fait verser des larmes amères... Fiez-vous-en à moi, ma petite; une amitié bien sage, bien raisonnable, voilà ce que demande l'état du mariage. Où en serais-je maintenant, je vous le demande, si je m'étais prise d'amour pour M. de Gontaut?... aux larmes, aux jalousies, au désespoir!

— Où en êtes-vous donc à l'heure qu'il est? dit Judith tristement.

— A m'amuser, ma chère, parfaitement, royalement, divinement. Quelquefois, il est vrai, je suis en butte aux brocards de M. le duc de Lau-

DE PÉTERWARADIN. 147

zun, qui seraient bien autrement vifs, si je n'étais la petite-fille de mon grand-père1, à être appelée une des folles de la cour; c'est un titre charmant dont je me fais gloire.

— Et après? dit Judith, où en serez-vous après?

— Et que voulez-vous dire, ma belle, avec votre après?

— Je songeais, répliqua Judith, à une histoire que M. de Cambrai racontait l'autre jour chez la duchesse de Beauvilliers, d'un saint qui fit une conversion par ce seul mot : « Après! »

— Est-ce que vous songeriez à la mienne en me répétant ce mot-là?

— Savez-vous qu'il peut mener bien loin, si l'on voulait le suivre, ma belle petite sœur?

— Comment donc ! vous allez chez la duchesse de Beauvilliers! vous causez avec M. de Cambrai! il vous raconte des histoires édifiantes!... je le vois d'ici, ma chère, vous songez à devenir dévote; en vérité, vous choisissez bien votre temps! Vous n'aurez qu'à prendre conseil

1 Mémoires de Saint-Simon.

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