SEPTIÈME LETTRE
Paris, ce [premier] (a) septembre 17 17.
Qu'il est difficile, mon cher cousin, à un cœur vivement pénétré de tendresse, de s'exprimer sur les différents mouvements qui ont agité le mien depuis bien du temps ! Chaque circonstance où vous vous êtes trouvé m'a fait sentir la douleur ou la
(i) Cependant il avait « reçu une balle sur sa ceinture [d'argent], et cette contusion lui fît autant de mal que sa blessure de l'année précédente. » (Prince de Ligne, Mémoire^ p. 89). Quand elle écrit sa lettre, M"* de Bonneval évidemment ignore cette contusion ; sinon elle en parlerait ; cela confirme que la lettre de Bonneval avait été écrite avant la bataille.
(2) Le prince de Ligne donne comme date : a ce dernier septembre » ; ce que Barbier traduit par: « 31 septembre », comme si, en 1717 ou en 18 17, le mois de septembre avait 3i jours. Mais la date du prince de Ligne est évidemment fausse. La com tesse de Bonneval dit en elTet dans sa lettre : « Je voudrais savoir votre Belgrade pris. » Or la prise de Belgrade (iG août) a été connue à Paris le 2 septembre : « Le fils de M. d'Estrades arriva de Belgrade ; le comte d'Estrades son père mourut au camp le 17, et il en est parti le 19. M, le prince Eugène était déjà entré dans Belgrade. » (Joarnal de Dangeau, jeudi 2 septembre). Il faut donc lire ou « ce dernier août » ou « ce premier septembre. » •
Go LA COMTESSE DE BONNEVAL.
rien autre chose à désirer, et mon inquiétude ne sera jamais pour autre chose.
Ma mère nous aide dans vos affaires avec une bonté sans exemple: elle vous écrit aujourd'hui; ainsi je ne vous parle point d'elle, quoique sa joie et son inquiétude aient été bien obligeantes. Je croyais être attachée à ma famille par son amitié pour moi; mais j'ai abandonné cette reconnaissance pour moi, pour ne sentir que leur tendresse pour vous. Il n'est plus de mouvement dans mon cœur, qui ne soit par vous ou pour vous, aux dépens des autres qui sont pourtant dus aussi. M"** de Nogent (i) veut que je vous dise toutes sortes de belles choses de sa part ; elle est touchée de tout ce qui vous regarde avec un intérêt très vif; et^ quoiqu'elle se soit attendue à tout ce qu'on dit de glorieux pour son petit-fils, elle ne peut s'empêcher d'en être flattée. M. le duc du Maine me dit, avanthier que j'allai chez lui, les plus belles choses du monde sur votre compte. M. et M™® de Lauzun me chargent de vous assurer qu'ils sont très sensibles à votre conservation et à tout ce qu'on écrit de vous et ce que le page a raconté. Il n'y a pas de Biron qui ne veuille que je vous fasse ses compliments en particulier, et qui ne me gronde d'avance, dans lo, crainte que je ne le ferai point*
(i) Diane Charlotte de Gaumont-Lauzun, veuve du comte de Nogent, sœur de Lauzun et mère de M"* de Biron.
LETTRES DU XVIII*' SIÈCLE. 6l
Son bonheur était tel que, à la moindre occasion, elle ne pouvait s*empêcher d'écrire encore à son cher mari, de le remercier de la rare générosité qu'il avait montrée en ne blâmant pas ses plaintes si justifiées, de répondre gaiement aux plaisanteries qu'on avait pu faire sur elle et sur lui, de lui reprocher avec une tendre jalousie qu'il demandât à d'autres des services qu'elle aurait été si heureuse de lui rendre, de le remercier surtout pour la bonté qu'il avait eue de lui écrire a dans l'occasion la plus sensible de sa vie » : quand elle savait qu'il se battait.