‹ La comtesse de Bonneval: lettres du XVIIIe siècleChapitre 12 sur 19 · HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME LETTRE

A Paris, ce 7 septembre [17 17] (i).

Je ne voulais pas vous écrire aujourd'hui, mon cher cousin, trouvant qu'en suivant mon empressement je deviendrais trop réguUère ; mais mon

(i) Il n*est pas facile de dater exactement cette lettre. Barbier la place au « 7 septembre 1721 »; mais 172 1 est une conjecture, car le prince de Ligne donne seulement Tindication « 7 septembre... » J'imagine que Barbier s'est arrêté à cette année parce que M"" de Bonneval y parle de « rancune » contre le prince Eugène et qu'en effet, la brouille du prince et de Bonneval n'a pu commencer avant 1720. Seulement, la « rancune » en question n*est pas une rancune sérieuse : M'"* de Bonneval appelle le prince Eugène « un grand prince », « un héros », votre ami », elle veut boire à sa santé ; elle ne suppose donc pas son mari bien irrité contre lui ; il est visible que la prétendue « rancune » vient de ce que « il a fait la guerre à Bonneval sur le compte » de sa femme, et en réalité « elle en est fort aise ». D'autre part. M"» de Bonneval parle d une « bataille »; or, à partir du siège de Messine (1719), jusqu'à la fin de son séjour en Allemagne, Bonneval n'a plus assisté à aucune bataille. Enfin, elle s'y plaint qu'il ne l'ait pas chargée de lui envoyer une tabatière qu'il demandait ; elle s'informe de la façon dont il faut l'expédier; et dans une lettré, qui est sûrement de 1718, elle l'a envoyée et lui demande s'il l'a reçue. C'est donc en 1717 que cette lettre-ci a été écrite, et très peu de temps après une autre.

VOUS ayez eu recours à mon père ; mais, une autre fois, songez que vous êtes le maître d'une personne jalouse de vos ordres et qui vous est attachée par les liens les plus tendres qui existeront jamais.

M. le duc de Brancas se plaint de vous ; je vous en avertis pour que vous lui écriviez, si vous le jugez à propos. M. de Lauzun m'assure qu'il sera fâché si je ne vous fais dans toutes mes lettres ses compliments. Je n'ai point eu de vos nouvelles depuis le i6 [; mais] (i) je ne m'en plains pas, car je n'oublie point que vous m^avez écrit dans l'occasion la plus sensible de ma vie.

Après la prise de Belgrade, il n*y eut plus de grandes actions jusqu'à la paix. Dès lors, M"" de Bonneval, si elle restait toujours séparée du comte, n'eut plus du moins à trembler pour sa vie. Elle redevient calme; et, quoiqu'elle souffre encore d'être « éloignée de son cher maître w, elle rapprend le sourire : elle raille légèrement ce frère qui a causé tant d'ennuis à son mari ; elle badine avec l'oublieux sur la cour pressante qu'en son absence fait à sa femme un rival sexagénaire et paternel.

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