‹ La comtesse de Bonneval: lettres du XVIIIe siècleChapitre 16 sur 19 · DOUZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LETTRE

A la Raquette, (3) ce 7 mai [17 18] (4).

Je viens tout présentement, mon cher cousin, de recevoir votre lettre du 25 de Tautre mois,

(i) Lettre du duc do Biron à Bonneval, 5 mai 1718 : « Il me paraît que le corps du général Mercy, où vous allez commander l'infanterie, sera fort séparé du reste de votre armée. »

(2) Prince de Ligme^ Mémoire, etc., p. 4o. « Une armée espagnole envahit la Sardaigne et attaqua ensuite la Sicile ; TËmpereur des< tina deux armées pour défendre l'une et reprendre l'autre; et Bonneval devait commander celle de Sardaigne. » — Cf. la lettre de Bonneval à son frère (ïbid., p. a 19) : « J'avais été nommé pour être général en chef de douze mille Impériaux et six mille hommes du duc de Savoie, pour récupérer la Sardaigne occupée par les Espagnols. »

(3) Saiwt-Simon, IX, p. 896. « La Baquette est une dépendance du faubourg Saint- Antoine, où le duc de Noailles avait emprunté une fort jolie maison d'un financier appelé du Noyer, recrépi d'une charge de greffier au Parlement. Ce richard, pour ses péchés, s'était dévoué à la protection des Biron qui, en bref, le sucèrent si parfaitement qu'il est mort sur un fumier, sans que pas un d'eux en ait eu souci ni cure. »

(4) Cette date est conjecturée par Barbier : on ne voit pas d'ailleurs à quelle autre année pourrait se placer cette lettre.

par laquelle vous m'apprenez que votre sort est décidé d'une façon à flatter infiniment la gloire. Je vous fais mon compliment sur ce qu'une pareille distinction doit faire sentir à un guerrier attaché depuis sa naissance au dieu Mars ; mais trouvez bon qu'une femme, élevée à porter ses vœux à d'autres divinités, attende l'événement pour sentir une joie qui sera toujours troublée par une crainte que la tendresse et la timidité inspire [nt]. Je ne veux cependant pas que vous me croyiez insensible à la distinction qu'on vous accorde ; je la sens comme je dois, et encore plus le plaisir de vous la voir mériter.

Ma santé est un peu meilleure. La fièvre m'a quittée (i). Je vais à la Raquette, chez M. [du] Noyer(3), qui est, comme vous savez, un ami unique pour tout ce qui nous regarde. Toute la famille^ y est avec moi. M. Valair vous rend compte de tout ce qui s'est passé entre lui et M. Keller(3). Je crois avoir très bien réussi, en les traitant chacun avec la poUtesse qui convient à leur caractère. Je ne puis en dire davantage parce qu'il y a trois jours que je n'ai pas eu un moment à moi, à cause du nouveau traité que nous avons voulu faire avec M. Keller.

(i) Lettre de Biron à Bonneval, 5 mai 1718 : « Madame votre femme se porte assez bien ; elle commence son lait demain. »

(3) Le prince de Ligne et Barbier écrivent : Danoyer. — Il s'agit, je crois, de Claude-Jacques du Noyer, seigneur des Touches, maître ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris depuis 1708, mort en 1786.

(3) Sans doute des hommes d'affaires chargés de ses intérêts. — Cf. la lettre quatorzième. Là, le prince de Ligne et Barbier écrivent : Kelner,

«yG LA COMTESSE DE BONNEVAL.

M. le comte Turpm(i), qui est ici, me prie de vous faire mille compliments.

Adieu. Votre Excellence veut bien me permettre de l'embrasser très respectueusement?

La paix avec la Turquie fut signée le 21 juillet à Passarowitz, bien que depuis le i"'' juillet, les Espagnols eussent envahi la Sicile. Bonneval devait aller en Sardaigne. Mais Mercy s'attarda au siège de Messine et Bonneval y fut envoyé à son aide, a II arriva le 8 octobre 171 9 avec ses troupes, à Messine, qui ne tarda pas à capituler. Peu après, la paix se fit ; la Sicile retourna à TËmpereur, le duc de Savoie eut la Sardaigne et Alberoni fut culbuté (2). )) Le comte revint à Vienne, jouir de sa brillante position, s'adonner à tous- les plaisirs que partageaient des commensaux aussi peu scrupuleux que lui, et attendre le commandement en chef des armées impériales qui ne pouvait lui manquer. Pendant ce temps, sa femme restait seule, plus isolée que jamais par la mort de la mère de son mari, que nous avons vue réconciliée avec elle, et avec qui, du moins, elle pouvait s'en entretenir (4 septembre 17 19). Quelque temps après, elle fit une grave maladie dont elle faillit mourir, et c'est elle-même qui écrit à l'oublieux les sentiments qu'elle éprouva alors.

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