AVERTISSEMENT
Les lettres de la comtesse de Bonneval ont été publiées pour la première fois par le prince de Ligne, comme pièces justificatives de son Mémoire siir le comte de Bonneval, (Tome xxvi de ses œuvres complètes, publié en 1802.) « Lisez, écrit-il, ces lettres... de M™" de Bonneval, dont f ai pris quelques fragments. Ils donneront des éclaircissements sur son mari, prouveront les mensonges de l'historien, les contradictions de la critique et le cœur et l'esprit d'une jeune femme intéressante et point du tout connue. C'est une petite Sévigné; et si elle n'a peut-être pas tous les charmes de sa manière de conter, elle a au moins plus de sensibilité. » Et plus loin : a Elle se peint si bien dans ses lettres qu'on verra, que je ne veux pas annoncer d'avance tout ce qu'on trouvera, en lisant ce que la plus belle âme de la plus parfaite créature a tracé ». Puisqu'il lui rendait si bien justice, on comprend mal pourquoi il ne nous a pas tout conservé et s'est borné à en reproduire a quelques fragments ». Ces fragments eux-mêmes du reste, il les a édités avec une négligence de grand seigneur, sans ordre, sans date, sans éclaircissements, avec des fautes de copie et la plupart des noms propres défigurés au point d'en être méconnaissables .
En 1817, le bibliographe Barbier donna une nouvelle édition du Mémoire sur le comte de Bonneval (Paris, Hérissant Le Doux-Delaunay, in-8°, xii-267 pages). Il y reproduisit ces lettres telles quelles, si ce n*est qu'il essaya, sans y parvenir toujours, de leur restituer leurs dates. Ce livre est devenu introuvable.
Le 22 mars i852, Sainte-Beuve, dans sa causerie sur le Comte-pacha de Bonneval (Lundis, tome v, p. 499-522), attira l'attention sur cette correspondance. Il la louait fort : « On a ses lettres, elles sont délicates, discrètes, tendres, parfaites de tout point ; et c'est l'une des plus pures et des plus rares figures de femme soùs la Régence que cette épouse presque vierge et si tôt veuve, modeste, sacrifiée, résignée, et aussi longtemps dévouée qu'il y eut moyen à l'honneur et aux intérêts de cet aimable mauvais siyet, qui court d'aventure en aventure et ne lui répond pas. » Il en citait d'assez longs passages, et terminait en disant : « On voit assez quels trésors de cœur renferment ces douze ou quinze lettres, qui mériteraient d'être publiées de nouveau avec quelques éclaircissements, quelques rectifications, et dans un ordre qui en fasse valoir toutes les gradations et les nuances. »
Une telle idée sourit à Lady Georgina FuUarton. Mais elle ne se contenta pas de publier la correspondance. Sous le titre de La comtesse de Bonneval, histoire du temps de Louis XIV (Paris, Vaton et Douniol, in-8°, 819 pages, 1857), elle donna un roman en deux parties. Dans la première partie, toute d'imagination et de conjecture, elle essaye de restituer l'enfance et la jeunesse de Judith de Biron, d'analyser ses sentiments, « de telle sorte que les lettres qu'on a d'elle n'en soient plus qu'une suite naturelle et qu'on y arrive tout préparé ». La seconde partie se compose de ces lettres reliées par un bref commentaire. Malheureusement lady FuUarton n'a