‹ La comtesse de Bonneval: lettres du XVIIIe siècleChapitre 8 sur 19 · QUATRIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LETTRE

Ce 25 juillet [1717].

. . . IVIon inquiétude augmente chaque jour en même, temps que votre inexactitude; et je suis aussi constante à me tourmenter que vous Fêtes

(i) Journal de Dangeau.

(a) La nouvelle était fausse et fut démentie le 27 juillet {Journal de Dangeau).

LETTRES DU XVIIl*' SIÈCLE. ^g

à me négliger. Quoique j'aie lieu de croire qu'il ne vous est rien arrivé, personne n'en parlant, je ne puis m'empêcher de joindre à ma peine mille alarmes qui me mettent dans un état que vous ne comprenez point, puisque vous pouvez être deux mois (i) sans me donner le moindre signe de vie. Je dois croire, à ce procédé, que les marques de ma tendresse vous touchent peu. Elle est cependant d'une nature à espérer un plus heureux sort. Ainsi, ne pouvant changer mon cœur, il faut se conformer à vos maximes qui sont peut-être d'aimer en gardant un parfait silence. Il fallait m'en avertir, pour empêcher la surprise d'un efiFet si singulier. Mon père et ma mère vous font mille amitiés. M"* la duchesse de la Force me prie de vous dire mille choses de sa part...

Le comte de Bonneval avait cependant écrit, le 25 juin, et sa lettre, sans doute, avait été retardée. Mais à peine M"* de Bonneval avait-elle pu se réjouir des bonnes nouvelles qu'il lui envoyait et du souvenir qu'il lui accordait enfin, que d'autres avis lui montraient ses dangers grandissants. Le 27 juillet, Dangeau écrit : « L'ambassadeur de l'Empereur eut des nouvelles de Vienne et de l'armée ; la tranchée n'a pas été ouverte le 4, comme on l'avait cru, parce que les troupes étaient trop fatiguées des travaux qu'ils avaient faits à la circonvallation et à la contrevallatîon. Ils n'ont point nouvelle que l'armée des Turcs s'approche d'eux. Les assiégés avaient fait sortir de la ville

(i) Deux moisP pas tout à fait, puisque la dernière lettre est* du 8 juin. Il y a là une exagération, qui se comprend d'ailleurs.

5o LA COMTESSE DE bO>.\EVAL.

5o caïques pour attaquer le pont sur le Danube ; mais deux vaisseaux de l'Empereur sur lesquels il y a beaucoup de canon en ont coulé à fond quelques-unes et ont fait rentrer les autres dans la ville. On n*en sait pas encore le détail, car le courrier est parti de l'armée ce jour-là )> ; et le 3i : (( On eut des nouvelles du siège de Belgrade, du lo. La tranchée n'était pas encore ouverte et l'armée des Turcs qu'on dit de plus de aooooo hommes n'était plus qu'à cinq ou six journées du camp » ; et le 2 août : « Il y a des lettres de Belgrade du 12 juillet; la tranchée n'était pas encore ouverte. On avait résolu d'attaquer une redoute et le comte de Mercy devait commander cette attaque, mais il tomba en apoplexie le 10 et est demeuré sourd et aveugle. L'armée des Turcs est en marche et en deçà de Nissa. )) Et pendant que ces nouvelles arrivaient, deux fois r (( ordinaire >) de Vienne était passé, sans rien apporter à M""* de BonnevaL Elle savait par d'autres que son mari se portait bien, et même qu'il avait écrit. Mais cela même ne lui faisait que mieux sentir combien peu elle comptait pour lui; et c'était une seconde inquiétude dont elle ne souffrait pas moins que de la première. Elle lui écrivit pour solliciter doucement une lettre.

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