‹ La comtesse de Chalis, ou, Les mœurs du jourChapitre 15 sur 22 · LA TOUR DE MELLUSINE · texte numérisé non relu

LA TOUR DE MELLUSINE

d'incrédulité et d'attendrissement qui ne pourrait être rendu. Il erra le reste du jour, attendant la nuit avec impatienco. Enfin elle parut. Minuit sonnait lorsque^ armé de sa bonne épée, une lanterne cachée sous son manteau, il arriva près de la tour. Il approcha avec émotion de la petite porte : quelque chose lui disait que ce moment allait décider du sort de sa vie. Il éprouva de la difficulté à ouvrir, enfin il se trouva à l'entrée d'un grand vesli[)ule. Les armes de sa famille étaient sur le faîte. Il les contempla longtemps, hésitant à aller plus loin. Uru; force irrésistible le poussa vers un escalier en face do lui. 11 montait doucement; le bruit de ses pas retentissait sous les voûtes antiques et en troublait seul le silence. A ia dernière marche, il fut fixé à sa place par les sons ravissants qui avaient tant de pouvoir sur son imagination. Tne voix harmonieuse commença le même refrain, les mêmes couplets qui la veille semblaient êire ré[)étés par les échos de cette demeure solitaire.

Loisfiu'il n'entendit plus rien, il osa pénétrer dans le pr(;rnier appartement qu'il aperçut devant lui. Rien n'indiquait q-i'il eut été luil)ité depuis des siècles. De vieill(;s ta[)i.ssf;ries torrii>aierit en lambeaux. Vn lit sans couv(;rture et a moitié rongé {)ar la vétusté était le seul meubl" cjui s'y trouvât.

« C'rst d(; cA'ÀUt eouelio, pensa-t-il, que peut-être ma savantr; aï(;:iie s'éeliappait furtivement pour aller préparer b;s cîiarinf.'s qui enjbellissaient la vie de son époux. Pauvre Mellusirie î elle lut mal récompensée de tant (raii:r)ur I )>

Il en ira dans la pièce suivante. Les rayons argentés de la lune Téelairaient entièrement et lui firent apercevoir unr; f(!nniie voilée et vêtue de blanc, assise près d'une

table sur laquelle était appuyé son bras. Le premier mouvement du chevalier fut un e*ffroi involontaire ; le second fut de joie, à l'idée qu'enfin il se trouvait près de l'enchanteresse qui l'occupait, et qu'il allait savoir si elle était réellement sa vénérable aïeule âgée de plusieurs siècles. Il s'approcha d'elle et déposa sans crainte la lumière sur un siège, puis il resta debout, attendant que l'inconnue daignât l'interroger. Elle était immobile, son voile cachait son visage ; mais il pouvait juger qu'aucuns mouvements ne l'agitaient. Après être resté un instant en suspens, il la toucha, elle ne parut pas le sentir. Étonné de cette inconcevable tranquillité, il lui adressa la parole en langue arabe. Elle lui fit de la main un signe d'impatience, et se levant avec noblesse, elle lui montra la taille la plus majestueuse. Sa longue robe, couverte de signes cabalistiques, se déploya autour d'elle ; mais elle ne découvrit pas ses traits.

c( Roger de Lusignan, tu vois que je te connais (le jeune homme fit un geste de surprise), je sais quels sont les motifs qui t'amènent près de moi. Cependant, tu portes le nom d'une famille qui m'est bien chère, je ne te punirai pas de ton audace. Avant de me quitter, reçois de moi un conseil salutaire et que tu dois suivre. Si tu tiens k ta vie, à ton honneur, songe au trône de Jérusalem; cette couronne sans royaume peut t'appartenir. Herminie de Lusignan existe, elle possède la précieuse amulette qui ne doit appartenir qu'à l'héritier légitime de notre maison. Elle veut la donner avec son cœur au chevalier qui s'en montrera le plus digne. Essaie de la mériter, tu y as plus de droit qu'un autre. Adieu, quitte ces lieux, et ne tente jamais d'y pénétrer : ils sont sous ma puissance et je t'en interdis l'entrée. »

LA TO0B M SlUViiag* f7

Elle marcha lenfement Ters b fSniâlm donoiot nr b plate-forme,

Roger sortant de ranéaatiiiemeiit où Pataient nrif tea paroles, courut à elle et Tarréta*

— Écoutez-moi uo inatanfr, eemei de Touf jooer de ma crédulité* Vous n'êtes pas, tous ne pouves étae UA" lusine ; depuis longtemps b terre la coafre. Pourquoi employer des moyens étranges ? n'est-ce pas aisaa poor me séduire de votre douce Toix, de votoe DoUe tournure? Montrez-moi vos traits, abjurez ee rftie dont Je ne puis concevoir le but, et devenez mon amfe^ nous serons plus heureux, vous et moi*

— Je t'ai écouté avec patience, aodadetis jeoiie homme, tu veux me connaître, eh bien ! to seras siitisfait Regarde, distingue»-tu ce signe ? 0

La lumière échappa des mains tremblantes de Lusignan : il venait d'apercevmr sur la main de la magicienne la marque qu'on assurait depuis des siècles être un morceau d'écaillé de serpent qu'elle revêtait dans ses transformations.

« Uoutes-tu encore maintenant ? continua-t-elle, va ! cherche à mériter la main de ta cousine, que je puisse unir tout ce qui reste du sang de cette dynastie que j'ai fondée, et je serai contente. Je te le répète, ne reparais jamais ici, tu ne pourras plus approcher de moi. »

Confondu, anéanti, le chevalier vit la belle magicienne entier sur l'esplanade. Il obéit à son ordre.

Olivier l'attendait en bas ; il le questionna en vain, et ce ne fut que dans la journée suivante qu'il put obtenir le récit de sa visite à la Tour. Il plaisanta de nouveau son frère de lait, avec toute la gaieté de son caract^, et Pengagea à suivre l'avis de la fiée et à leffouver Beminie.

Le soir, malgré tout, il se rendit à la Tour. Elle parut comme de coutume. Ce manège dura plusieurs semaines, et enfin, comme le dit le joyeux écuyer, le sire de Lusignan était tout à fait énamouré d'une de ses ancêtres. Malgré ses représentations, il avait sans cesse devant les yeux cette taille divine, et se disait que cette voix sonore, si elle pouvait devenir plus tendre, serait irrésistible.

« Monseigneur, lui répétait Olivier, en le suivant une nuit au lieu du rendez-vous, pensez à ce que vous allez faire. Si cette respectable dame Mellusinc se fâchait de votre passion, son pouvoir est, dites-vous, sans bornes, et on la représente très-fidèle à la mémoire de son amant, qu'elle s'est crue obligée de retirer de ce monde afin d'y faire ses sorcelleries en sûreté de conscience. Si vous vous présentez encore devant elle, craignez son courroux; elle vous a prévenu qu'elle ne voulait plus vous voir. »

Le pauvre écuyer avait beau discourir, il parlait inutilement, et son maître était déjà à la porte, qu'il gesticulait encore sous l'arbre où ils s'arrêtaient ordinairement.

« Allons! pensa-t-il, il est fou, complètement fou; il faut que réellement cette femme soit sorcière. J'ai bien envie de me rendre à l'abbaye du Pin; peut-être les bons pères pourront-ils nous en délivrer. »

Pendant ce monologue, Roger était parvenu au but de ses désirs ; il trouva plus de résistance que la première fois. Néanmoins il en triompha de nouveau, et, le cœur plein d'impatience, il monta précipitamment l'escalier et vola dans la chambre où s'était passée son entrevue. Il la retrouva dans le même état. La solitaire y était de même ; mais à son approche, elle s'avança vers lui.

« Encore ! imprudent chevalier, vous comptez sur

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