‹ La comtesse de Chalis, ou, Les mœurs du jourChapitre 5 sur 22 · OD LES MŒURS DU JOUR · texte numérisé non relu

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le regardaient, il parla, et il parla avec la gravf douceur qui convient aux âmes d'élite. Il dit qu6 le niveau des études ne cessait de baisser en France ; qu'on se sentait humilié, quand on avait vécu en Allemagne et en Angleterre, de voir de quelle pitoyable façon étaient élevés les jeunes gens appartenant aux familles les plus distinguées de notre pays. Il dit que Tignorance s'étalait partout, jusque dans les lettres, et qu'il pourrait citer vingt auteurs en renom qui n'en savaient pas plus que les écoliers de cinquième; que loin de partager les idées de sa femme^ il pensait que plus on était riche et de grande famille, plus on était dans l'obligation de s'instruire et de s'imposer aux emplois par son savoir et ses talents. Il dit aussi qu'il ne connaissait rien de plus méprisable que ces jeunes gens, étrangers à toute occupation sérieuse, qui dépensaient leur temps et leur fortune à faire les métiers de maquignons et de croupiers; qu'il estimait infiniment plus, à ne se placer qu'au seul point de vue de rintelligence, le manœuvre qui gagnait

sa i^e à casser des pierpes sur les POHtes, qee ces aînés de grands seigneurs et ces fils de banquiers cent fois millionnaires dont l'existence se passait à poursuivre des distractions souvent grossières . et toujours niaises, et qne, plutôt que d'entrevoir un si dégradant avenir pour ses enfiants, il aimerait mieux les savoir morts ! ... lia comtesse, consternée, entendant cela, évitait mes regards et ne trouvait rien à répondre. Alors le comte, congédiant les domestiques, me demanda pourquoi j'avais quitté le poste îiemoraMe que j'occupais. Je répondis la moitié de fa irrité. Je dis que le ministre avait voulu m' envoyer en province, mais que je préférais le séjour de Paris. Madame de Chalis avait quittera table et les en* fants étaient remontés dafus leur chambre. -Le comte et moi, nous restâmes eiïcore^ne heure à causer. Quand il fut fatigué d^avoir parte il «e leva, puis me serra la main en me quittera, chose qu'il n'avart point encore faite.

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Voilà le comte qui me prend' en amitié! Quinze jours après son arrivée, un matin, il monte chez moi, me dit que ma positioa est par trop audessous de mon mérite, qu'il serait très-chagrin de me voir quitter ses enfants ; mais qu'il ne peut consentir au sacrifice de mes intérêts,, qu'il a quelque crédit et qu'il se charger^t de me faire restituer ma position dans l'Université, si je l'y autorise. Je lui réponds en le remerciant que cela ne serait pas possible en droit, et que je ne pourrais l'accepter comme une faveur. Il s'étonne, croit à quelque rancune de ma part,, puis il ajoute qu'il ne peut souffrir que j'aie fixé le taux de mes émoluments à la somme ridicule de cent fk^ancs par mois. Je l'interromps alors pour lui dire que ces émoluments sont suffisants, quej'ai peu de besoins et qu'il me désobligerait en insistant pour les augmenter. Sa surprise s'accroît.

Il ne cède qu'en disant que, puisque je veux bien demeurer auprès de ses enfants, il saura trouver le moyen de me rémunérer d'une manière plus en rapport avec mes services. Je jugeai, quand il m'eût quitté, qu'il y avait parfois dans la vie des situations bien pénibles et singulières, qu'il était triste de rencontrer des gens pour lesquels on ressent une sympathie instinctive, et de se dire qu'on sera éternellement séparé d'eux. Quel chagrin de nepouvoir cultiver leur amitié! Telle était ma situation vis-à^^vis du comte de Chalis. Cet homme distingué, malheureux, vers qui je me sentais irrésistiblement attiré, je lui avais fait, sans qu'il s'en doutât et sans que moi je le connusse, le plus irréparable affront qu'on se puisse faire entre personnes du même sexe. C'était assez pour que je ne n'acceptasse jamais rien de lui. Cependant la comtesse voyait avec désespoir les relations d'intimité qui, jour par jour, sans que je pusse m'y soustraire, s'établissaient entre moi et son mari. L'aversion qui se peignait dans ses regards lorsque nous nous trouvions seul à

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seul par hasard m'avertissait de Tétat de son âme, mais elle ne me disait rien. Pour moi, malgré la passion que j'éprouvais pourelle, passion qui maintenant se blftmait elle-même, il est vrai, j'aurais, je crois, mieux aimé mourir que de chercher à renouer nos relations pendant que son mari se trouvait sous son toit. Singuliers scrupules!... Nous étions donc Pun avec l'autre comme deux ennemis qui n'attendent que l'éloignement d'un importun pour recourir aux hostilités. La comtesse ne pouvait pas surtout me pardonner d'être le témoin quotidien de la su-

jétion où elle était vis-à-vis de son mari, sujétion si accusée qu'elle lui faisait faire les choses que je savais lui êtte le plus désagréables, telles que de promener elle-même chaque jour ses enfants dans sa voiture. L'ascendant que le comte exerçait sur elle, comme sur toutes les personnes de son entourage, ne cessait de m'étonner. Chacun, comme de soi-même, reconnaissait un maître dans cet homme doux et réservé. On devinait, sans qu'il parlât, ce qu'il fallait faire pour lui

complaire. Maintenant cet hôtel, que j'avais va ressemblant plus, par le train qu'on y menaiè,. à la maison de quelque courtisane de haute volée qu'à la demeure d'une famille respectable, avait un air décent et comme il faut. L'ordre y régnaitv Les domestiques étaient silencieux et attentifs. Le prince Titiane et ses amis y venaient de plus en plus rarement, et seulement pour faire de courtes visites. L'attitude du prince devant M. de Chalis, valait la peine d'être remarquée. Le fou faisait le fou pour se donner une contenance, et il demandait en riant qu'on voulût bien excuser sa folie. Le comte restait froid devant ces simagrées. Elles ne pouvaient lui arracher un froncement de sourcils, même pas un sourire. Le prince n'existait pas pour lui.

Il y avaït environ six semaines que le comte était rentré dans sa demeure lorsque je crus

ques, elle avait une douceur, une grâce, des expressions de regards!... Il y avait des jours où, la voyant si séduisante, je me demandais quels crimes elle n'aurait pu me faire commettre, si elle avait voulu s'en donner la peine et s'il m'avait été possible de croire en elle comme par le passé. Un soir surtout je crus que le comte allait succomber, et que moi j'allais me mettre à haïr cet homme, qui m'inspirait, en dépit demoi-même, une sympathie respectueuse. Elle avait l'air si triste! Elle soupirait si bas pendant que le comte parlait de son prochain départ ! Et, en même temps, elle était si belle ! d'une beauté si attachante! si peu apprêtée. Je surpris plusieurs fois les regards du comte arrêtés sur elle avec une expression d'attendrissement qui me fît frémir. Et une fois aussi regardant la pendule, il se tourna vers moi comme s'il avait voulu me donner à entendre que je pouvais remonter chez moi. Je feignais de ne pas comprendre. Alors elle qui, en ce moment, devait bouillir d'impatience, commit une grave

imprudence en se levant pour aller s'affaisser nonchalamment sur le bras du fauteuil où son mari était assis. Devant cette démonstration* par trop ouverte le comte se défia sans doute, et jugea que sa femme devait obéir à un intérêt quelconque pour essayer de se réconcilier avec lui. Je vis soudain ses levées pâlir et ses paupières s'abaisser sur son regard. Madame de Ghalis eut beau se pencher sur lui et lui mettre affectueusement la main sur Tépaule, le charme était détruit. Le comte se leva, puis froidement :

— Je me sens très-souffrant ce soir, mur-

mura-t-il.

Et, appuyant le doigt sur le bouton de la sonnette :

— Venez me mettre au lit ditril. au valet de chambre qui entra.

Madame de Ghalis et moi nous étions restei. seuls. Elle quitta le fauteuil sans me dire un mot. Mais avant de franchir le seuil de la porte elle sti retourna et me regarda.

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Oh! ce regard! Il me fut impossible de m'y méprendre : en ce moment elle m'exécrait !

Pendant que se passaient ces incidents, le jour que le comte avait fixé pour son départ se rapprochait. Il était évident que le séjour de Paris lui était contraire, car sa santé, assez robuste d'abord, recommençait à s'altérer. Son médecin venait le voir tous les jours, et, bien souvent, quand il était parti, le comte attachait de pénibles regards sur ses enfants. Je n'osais lui parler de son état. Je craignais qu'il ne fût très-grave. Chose bien remarquable! même dans les moments où M. de Ghalis était obligé de s'aliter, il n'acceptait aucuns soins de sa femme. C'était son valet de chambre qui veillait seul à ce qu'il ne manquât de rien. Il n'agréait de la comtesse que les formes polies qu'on se doit entre gens qui savent vivre. Qu'y a-t-il donc entre eux? me

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demandai-je. Le comte, un jour, se chargea de me rapprendre. Je devais ressentir, ce jourlà, le plus grand déchirement de conscience que j'éprouverai sans doute dans toute ma vie.

C'était le matin même de son départ. Toui semblait déjà renaître à la vie dans sa maisonc Quand je dis c< à la vie », je me trompe, car c'est a à la démence » que je devrais dire. La comtesse, ses gens et ses amis attendaient dans une fiévreuse impatience Téloignement de l'honnête homme qui leur faisait peur afin de recommencer leurs équipées. La discipline depuis quelque temps se relâchait parmi les domestiques, les gandins venaient plus fréquemmert à l'hôtel, la comtesse avait recouvré presque toute son assurance ; on devinait, à mille petites choses, que chacun avait soif de dédommagements. Vers deux heures, comme je préparais ma leçon du lenda-

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maîn — madame de Ghalis venait de sortir, et les enfants étaient allés jouer au parc Monceaux, voisin de l'hôtel — t- on frappa à la porte de mon petit appartement. C'était le comte qui venait me faire ses adieux. Il me dit que, avant départir, il voulait réclamer « de mon amitié un trèsgrand service, que je ne pouvais refuser de le lui rendre; qu'il était obligé de me faire certaines confidences d'une nature tout intime et bien délicate ; qu'il espérait que je consentirais à les entendre, ne serait-ce que par intérêt pour ses enfants. » Fort étonné de ce préambule, je répondis au comte avec embarras que c< j'étais à ses ordres. » Alors il prit un siège, me pria de m'asseoir à côté de lui, et, posant son front dans sa main, son coude sur ma table de travail, avec une voix contenue mais pleine de tristesse, M. de Chalis s'exprima ainsi :

— Mon cher ami, si je vous ai choisi pour vous confier les plus poignants chagrins de mon existence, ce n'est pas seulement parce que j'ai reconnu en vous des sentiments élevés et de la

dVoiture, c'est parce qu'il m'était impossible d'agir autrement. Le malheur a voulu que je fusse séparé de madame de Chali^ quatre ans après mon mariage. Les amis que j'avais alors sont, les uns dispersés, les autres morts ; le plus grand nombre m'a oublié ou méconnu. Je ne vois plus en eux que des indifférents. Au moment de quitter de nouveau la France, sans que je sache s'il me sera permis de la revoir, j'ai à prendre certaines dispositions dans la prévision de certains événoments. Il me fallait un homme sûr pour sauvegarder ces dispositions. Pouvais-je mieux choisir que vous-même? Le service que je vous demande, si vous étiez dans ma situation et moi à votre place, je vous le rendrais avec plaisir. Permettez donc que je compte sur vous !

, Ici le comte me regarda avec angoisse. Ptais,

secouant le front, en homme qui n'a plus le

temps de s'arrêter aux scrupules, il continua à

demi-voix :

— Je dois d'abord vous dire quelles ont été

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les causes de la séparation qui existe entre moi et... et madame de Chalis...

Il s'était tu. L'angoisse le reprenait, lui coupant la parole* Je n'étais pas moins anxieux que lui. Il reprit :

— C'est une chose bien triste, je vous assure, pour un mari que de se voir dans la nécessité de parler de sa femme, et surtout pour en dire des choses qui ne peuvent guère être louées. Le mariage est un lien si fort ! si honorable ! c'est commettre une sorte de sacrilège qqp d'en divulguer les secrets. J'y suis forcé. La paternité m'y oblige. Au-dessus des égards que les époux les plus irrévocablement désunis se doivent encore l'un à l'autre, il y a les devoirs du père envers ses enfants.

Il s'arrêta encore. Il paraissait cruellement souffrir. Pour moi, ma confusion était extrême. Comment me dérober à cette confldence? Comment avouer au comte que j'étais le seul homme au monde qui n'avait pas le droit deTentendre ? Avais-jc seulement le devoir de le lui dire ? J'étais

pétrifié par les inextricables difficultés de ma situation.

— Pendant les premières années de notre mariage, dit le comte, aucun événement ne vint altérer notre félicité commune. Madame de Chalis avait le goût du monde, des plaisirs ; cela ne m'étonnait ni ne m'effrayait. Je la laissais vivre à sa guise. Je n'ai jamais aimé tyranniser personne. Les conseils que je lui donnais pour l'engager à ne pas se laisser aller au courant des extravagances modernes ne semblaient pas trop lui déplaire. Rien ne nous manquait pour être heureux. Cependant un jour vint... je me sentis souffrant. Je ne savais ce que j'éprouvais : c'étaient des étouffements, des crachements de sang. Je croyais, nous pensions tous deux que c'était une indisposition passagère. Je fis venir un médecin pobr l'acquit de ma conscience. Ce médecin, que vous avez souvent rencontré chez moi, le docteur de Serre, est certainement un homme d'un très-grand savoir, mais il est brutal en diable. Il m'interrogea, m'ausculta ; puis, faisant

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la grimace — et remarques que ma femme était présente — il me dit fort tranquillement :

ce — Monsieur le comte, ai tous restes un mois de plus à Paris, tous êtes un homme mort. »

Je fis un geste. Le comte souriait a?ec une étrange amertume.

— Vous figurez-vous cela! reprit-il. Je me sentais plein de force et de jeunesse. Quoique souffrant, j'aimais la vie, et j'aspirais la rie par tous les pores. Ma femme, mes enfants étaient là, Pune à côté de moi, les autres sur mes genoux, dans mes bras, et ce médecin me disait que j'allais mourir ! J'étais resté tout coi. Je le regardais. Je croyais avoir mal compris. Je lui dis :

a — Comment ! un homme mort !

11 continua, sans s'émouvoir de mon cri de détresse :

« — Si, au contraire, vous consentez à passer quelques années en Sicile, à Madère ou en Eg\pte, cinq ou six ans au plus, et à suivre un régime sévère, vous avez quatre-vingt-dix chances sur cent pour en revenir.»

— Je respirai, entendant cela. C'était l'exil, un exil long et plein d'ennuis.; maiB c'était une guérison probable, et pendant, que le docteur rédigeait le programme du traitement que je devais suivre, je tournai les yeux vers ma femme, que je songeais à consoler, car je ne pouvais même pas supposer qu'elle eût l'idée de me laisser partir seul. Elle pleurait. Cela me toucha. Alors, prenant sa main, je lui dis :

ce — Courage !

Mais elle, secouant la tête et confessant la secrète résolution qu'elle avait formée, me répondit avec candeur :

c< — Comment allons-nous faire pour demeurer si longtemps sans nous voir?»

Je ne pus retenir un cri lorsque le comte prononça ces derniers mots, car dans cette phrase d'une personnalité si naïve je reconnaissais ma comtesse. Cependant M. de Chalis s'était levé et se promenait par la chambre :

— Un autre mari à ma place aurait répondu à sa femme :

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a — Rassurez-Yous ; nous ne nous quiltcrons pas, madame ; vous m'accompagnerez.

C'était là ce que me conseillait mon inclination, ce que me dictait mon droit. Mais sa question me fit tant de mal, elle me montra si bien que ma femme ne m'avait jamais accordé qu'un sentiment banal résultant des conventions sociales et de l'habitude I... Ma susceptibilité s'émut aussitôt. Alors, comme si, de mon côté, je n'avais pu admettre qu'elle m'accompagnât dans mon exil, je répondis que je viendrais à Paris de temps à autre, pendant l'été.

— Eh bien ! reprit le comte, depuis lors, j'ai souvent et bien douloureusement réfléchi à cette résolution si vite prise, si promptement acceptée, et qui devait avoir de si funestes conséquences. Vous Tavouerai-je? Je n'y ai jamais pu songer sans me blâmer. Ce n'était pas, dans une si grave circonstance, l'exagération de sensibilité d'un amoureux qu'il fallait montrer; c'était la volorilé d'un chef de famille. J'aurais dû me dire qu'il 6lait imprudent à moi de laisser loin de

moi, pendant des années, une femme jeune, belle, et qui n'avait déjà que trop de penchants pour, les plaisirs. J'aurais dû rappeler à ma femme que son devoir était de me suivre. J'aurais dû, même en termes indignés, lui faire honte de la sécheresse de son cœur. Elle aurait certainement souffert de l'existence que j'ai menée. Mais cela ne valait-il pas mille fois mieux, pour elle comme pour moi, que la situation où nous sommes ?

Le comte avait repris son siège et demeurait comme accablé.

— Que vous dirai-je encore ! fit-il avec une inexprimable expression de fatigue. Je partis seul. Moi qui me sentais créé tout exprès pour la vie de famille, je n'avais plus d'enfants, plus de femme... C'était mon domestique qui me soignait. Je ne cessais de me reprocher la détermination que j'avais prise. Je me flattais de l'espoir que madame de Chalis, de son côté, ressentirait quelque chagrin de notre séparation, et qu'ellemême Irait au-devant de mes désirs. Je l'attendis

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longtemps. Je ne pouvais me persuader qu'elle ne se déciderait pas à venir. Inutile de vous dire qu'elle ne vint pas. Ses premières lettres, il est vrai, témoignaient d'une certaine tristesse : elle avait de la peine à s'habituer à « son veuvage » ; mais elle ne tarda pas à s'y faire, et sut même, à ce qu'elle me dit, trouver quelques moyens d'occuper son temps. Pendant qu'elle m'adressait des consolations de cette nature, le cœur blessé à mort, je faisais, dans ma solitude, des efforts surhumains pour reconquérir la santé. Je m'exerçais à ne pas parler, à respirer le moins possible ; je ne sortais qu'avec le soleil et je me couchais

avant lui. Mais j'avais une chose en moi qui décourageait mes plus grands efforts. Cette chose, c'était la douleur de mon abandon et la honte d'aimer encore. Car, c'est honteux à dire, mais ce n'est pas pour leurs qualités que nous nous attachons aux femmes. Ma femme, à moi, dans cette affaire, eut le talent de touilier le monde de son côté. Tandis que j'agonisais làbas, dans je ne sais quelle ville de la Sicile, on

l'engageait ici à se distraipe, à ne pas se séquestrer ; on la poussait à m' oublier ; on m'accusait de l'avoir abandonnée avec ses enfants pour satisfaire mes goûts de voyage. Je me croyais malade, je ne l'étais qu'en imagination. Est-ce que je n'aurais pu l'emmener avec moi ? Elle n'aurait pas demandé mieux, la pauvre femme ! Oh ! humanité de Gains ! on ne sait, quand on songe à toi, ce qu'on doit admirer le plus, de ta férocité ou de ta sottise.

Je me sentais glacé devant cette protestation énergique. Ce que disait le comte était si vrai ! si naturel ! et cela s'accordait si bien avec le récit mensonger que sa femme m'avait fait jadis ! La vérité se levait enfin devant moi, complétant le pottrait que je m'étais tracé de la comtesse. Je ne trouvais rien à répondre à son mari. Pour lui, se reprochant sans doute d'avoir cédé à un mouvement de colère, il s'efforçait de reprendre sons^g-froid.

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— La crise éclata entre nous, continua le comte, lors du premier voyage que je fis en France. J'arrivais, le cœur plein d'espoir, tout prêt à pardonner devant un regret. Hélas ! ce que je trouvai ne s'accordait guère avec mes désirs. L'absurde s'étalait chez moi. Vous dire comment on y vivait, quelles gens on y recevait, quelles manières on y apportait, serait superflu ; car avant mon retour vous avez dû en juger vousmême. Autrefois, pour y être admis, il fallait réunir la respectabilité au sentiment des convenances et à quelques faibles indices de bon sens et d'intelligence. Maintenant, on n'y voyait plus, en femmes, que des évaporées qu'on, aurait confondues, dans un lieu public, grâce à leur tournure et à leurs costumes, avec des filles entrete- , nues, et, en hommes, que des freluquets. Mon ^ salon me fit horreur quand je le retrouvai ainsi

composé. La rougeur me montait au front quand je songeais aux conversations qu'on m'y avait fait entendre. C'est alors que je me reprochai bien amèremoit la susceptibilité qui avait déterminé ma conduite. Madame de Chalis, cependant, voulut savoir la cause de l'étrange mkie que je faisais. Je la lui dis. Je parlai en mari indigné, en homme révolté dans ses plus chères affections comme dans sa conscience. Vous croyez qu'elle s'humilia? Elle m'accabla. C'était ma faute si tout avait ainsi tourné dans ma maison. Pourquoi m'étais-je cru malade ? Pourquoi avais-je si vite obéi à cette absurde prescription de mon médecin? Est-ce qu'avec des soins je ne pouvais aussi bien guérir en France qu'en Sicile ? Tant d'assurance me révolta. Le même jour, une consultation eût lieu chez moi, à laquelle assistaient les dix médecins les plus renommés de Paris. Ils conclurent unanimement comme l'avait fait le docteur de Serre. Alors je fis ce que j'aurais dû faire un an auparavant, en déclarant à madame de Chalis que je désirais qu'elle m'accompagnât

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avec nos enfants. Et madame de Ghalis réfusa de me suivre.

Le comte était tout pâle. Soudain il releva le front, et riant d'un rire pénible :

— Connaissez-vous, dit-il, un moyen quel* conque d'obliger une femme à faire ce qu'elle a décidé qu'elle ne ferait pas? Si ce moyen existe, révélez-le moi ; j'en suis à le chercher encore. Ni prières ni reproches ne me réussirent. J'employai tout. J'allai jusqu'à menacer madame de Ghalis d'emmener les enfants avec moi ; rien n'y fit. Elle aimait mieux mourir, dit-elle, que de quitter Paris, comme si cet odieux Paris était le seul endroit du monde où pût respirer une femme ! Je repartis donc seul, ne pouvant pas me décider à séparer une mère de ses enfants, ne pouvant pas surtout me résoudre à priver de si jeunes enfants de leur mère, reculant devant la nécessité du scandale, n'osant même me plaindre à personne ; car si notre sottise fait que chacun compatit aux peines les plus méritées des femmes, en revanche les chagrins des maris n'excitent

que la moquerie. Mais à dater de ce moment tout était mort en moi. Je n'y sentais plus rien que le regret de vivre, et aussi le devoir de vivre, car ce n'est pas impunément qu'oti est père !... Ici, mon cher ami, je dois enfin vous dire quel est le service que j'attends de votre amitié. Quoique depuis deux ans, aussi bien dans ses lettres que dans son attitude ^vis-à-vis de napi, madame de Chalis ait paru regretter la cruauté de sa conduite, il ne m'est plus possible de croire à sa sincérité. Je pense qu'elle se sen,t dans la position la plus fausse, ayant à supporter les ennuis du veuvage, sans en avoir absolument les libertés. Elle doit s'apercevoir que?ma santé s'améliore, et que le moment se rapproche où il me sera permis de vivre à Paris. Alors, elle le comprend, ce ne sera pas une simple contrariété pour elle que, de pa&iser le reste de ses jours auprès d'un homme ,quj ne lui pardonnera jamais sa dureté. £lle essaye donc de reconquérir le pouvoir que jadis «lie exerçait sur moi. Elle compte, ^i elle parvient à m' arracher un pardon que je lui refuserai tou-

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jours, sur la faiblesse d'un cœur épris pour continuer (le vivre à sa fantaisie. Pendant qu'elle se prépare ainsi à reprendre ses avantages, je me dispose à rentrer chez moi pour faire cesser définitivement le train qu'on y mène. — Je le connais, quoiqu'on ait pris à tâche de me le déguiser* — Mais d'ici là je crains que l'état des choses n'empire. Certains renseignementsque j'ai reçus, sans les avoir sollicités, me font soupçonner que madame de Ghalis obéit, à son insu peut-être, à de funestes influences, qui pourraient bien un jour la déconsidérer. J'ai fait ce que j'ai pu pour lui montrer le danger de relations que tous les gens sensés désapprouvent, et le péril non moins grand que lui font courir les habitudes d'existence qu'elle a prises depuis notre .séparation. Mais au lieu d'accepter le débat avec franchise elle s'est retranchée derrière des dénégations qui n'ont fait que me confirmer dans mes soupçons. Mon cher ami, c'est une chose affreusement pénible (jue celle que je fais en ce moment en vous disant que mainlenant, ce n'est plus d'affection

qu'il s'agit entre ma femme et moi, mais seulement de mon honneur. Vous êtes homme, vous devez donc comprendre ce qu'il y a de douloureux dans ma situation. Que madame de Ghalis se soit oubliée au point de faire partout parler, même dans les journaux, en termes transparents, de ses extravagances; que le public, qui n'y va jamais de main morte quand il s'agit de flageller les gens dont la conduite lui paraît mériter le blâme, se soit permis de la désigner, ainsi que quelques-unes de ses amies, de je ne sais quels surnoms aussi méprisants que ridicules ; qu'elle fasse de sa fortune l'usage le plus immoral et le plus absurde; qu'elle m'ait déchiré le cœur; qu'elle vive entourée de folles , d'imbéciles ; qu'elle se montre quotidiennement dans ces petits théâtres dont les pièces ne se contentent pas d'être platement niaises, mais choquent tous les sentiments de pudeur qu'une mère de famille devrait feindre quand elle ne les sent pas en elle ; que même, privée de toute direction intelligente par sa seule faute, et poussée par le monde qui,

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dans ses suggestions comme dans ses exemples, n*a jamais su que détourner les femmes de leurs devoirs, elle se soit secrètement abaissée, ce que je ne veux pas chercher à connaître, jusqu'au dernier degré du parjure; tout cela, c'est irrémédiable, c'est la déplorable conséquence d'une situation que les circonstances ont déterminée ; tout cela, momentanément, je peux refuser de l'envisager, attendant avec patience le moment où je pourrai tout faire rentrer dans l'ordre. Mais les dernières limites de ma tolérance temporaire ont été atteintes ; je ne veux pas qu'elles

soient dépassées. Si j'ai volontairement détourné les yeux de certains écarts, le scandale me ti'ouverait tout prêt à agir. Je n'accepterais pas de scandale. Mon nom ne m'importe plus personnellement, car je me considère comme mort. Mais à mes yeux, il a une valeur considérable en tant qu'il est porté par mes enfants. Que Ton dise que leur mère, à l'exemple de tant d'autres femmes, n'a pas su résister au courant des excentricités modernes, qu'elle a vécu d'une inutil

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vie, composée de dislractioBS .peu conyeoaUes et de sots plaisirs, qu'elle a fiiitun stérile emploi de sa fortune, et qu'elle a répondu par Tindifférenceà mon affection, cela , je puis le tolérer ; c'est un blâme, ce n'est point une flétrissure. Ce que je ne veux pas, c'est qu'on puisse désigner la corntessede Ciialis par les nomsde se&amwto.Dh bien ! mon cher ami, au moment de partir, car il y a péril pour moi à demeurer plus longtemps ici, je ne vous demanderai paa dos oboses qui soient indignes aussi bien du respect qm vous vous devez à vous-même que de la position que vous occupez dans ma maison. Ce que je vous demande, et j^ vous le demande avec instance» c'est de n'observer rien, de n'aller au-devant de .rien, et, dans iccas seulement où les événements prendraient une telle tournure qu'il faudrait étpe aveugle pour ne pas les voir, de me mettre .en mi^siure d'étouffer le scandale, en m'adressant par le télégraphe ce seul mot, que je comprendrai : a J[ievenez ! »

OV U^ N<£OBS DU iOVfL m

LXVU

Il s'arrêta cmfln. Il était temp«. SNl tfaît coniinué une s^^conde de (4u«, mon trouble aurait ^'jffi {Kxir lui révéler la profonde horreur qui me fai«ait éprouver sa re^}uéle. Certes, tout ce qu^îl disait n'éUiii que trop juste, ee qu'il me demûu» dait, en se plaçant à son point de vue, semblait légitime ; mais dans la «ituation où je me trou» irais vis-à-vis de la comtesse, le rôle qu'il ma tnu;ai( nu* |>araissail, de tous les rôles possibles, le pitis aflieux. La seule idée que moi, même ('conduit par niadame de Oiialis, même à l'effet de saiiveffarder l'bonneur de «es enfants, je pus^ie dénoncer ciHte ihume qui m'avait jncî^se dans ses bras, s'abandonnant à moi, légèrement sans doute, mais avec la confiance d'un bentinjent aussi vif que tendre, me causait une inburnio/it.ilde réjiulsion. S'il ne s'était a^M que d<i ni'Ji-iii< ijic, et si ne m'avait arrêté la peiSpeCr

tive des résultats qu'un excès de franchise de ma part devait avoir infailliblement pour madame de Chalis , je me serais levé en m' écriant : « Chargez quelque autre de vous aider à punir' votre femme ! Moi je ne le puis pas. Je fus son amant! » Mais il fallait agir avec la plus stricte circonspection dans cette circonstance terrible, et il fallait agir très-vite, car le comte, me regardait , attendant ma réponse avec une fiévreuse anxiété. J'entrevis immédiatement qu'il n'existait pour moi aucun moyen honorable de sortir de l'impasse où j'étais enfermé ; je compris que ma situation me condamnait à tromper le comte; qu'entre toutes les infamies dont j'avais le choix celle-là était la moins basse, et, la rage dans le cœur, avec une assurance qui m'étonnait moimême, en me promettant bien de trahir ma parole, sans hésiter, je la lui donnai.

•i' U€ UiHliM W lOtfA. m

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Le mi^.fm ^mr^ mprè^ kdtmr^ -le ewite ptrtft^ et sa (i^uiiD/e le recoo4iii«U ju^u^Â bi |«re du dii>fuiu de kr, U fm «er^jt mpfmibkd'mpruwr d^m quel état d'IiuiiiUisLUQo ^de déemnti/mimt

Ymnmi de $e eoucber, toig^<ie U timbre d« rii6tel retefitit pardeui £ih$^ wii<r>ffçiiit i» tikto de |ûed le ret/>ar de U omîtes^/ A. TidÂ^ /^ue

éijr^ms'Hni n<>ui^ allioa^ ^e i^euU en («ee Tuii de Tautjv. je me i>eoti$ frisson»^ de eraiote. Qu'aliaii'i) i>f; ps:;i>ei' entre mmu deux?

Mi navi:jiiti^ que (uiî^nt me» peo«ée« Â eet éiiHid, j'ét^ife loin de prévoir ee qui m^atlea' dait. JV^iiijt^ n^t>iA chaz moif «ccoudé «<Mi« uu lafiij>e, et iiié<JiU<fil i>ar le» étéoemeiits qui ve^ jiai<-iii dti be fca<xédei*; La f>or(e cocbère de TbA» t«;l avait M irsménj le ^az était éieiot dapus b </;ui'etdam IWaliei*; il était kpém mU^ ^

et tout le monde reposait dans la maison. Fatigué de penser, j'allais me mettre au lit, lorsqu'il me sembla qu'un courant d'air froid me frappait le visage. Je levai la tête. Ma porte avait été ouverte sans que je l'entendisse, et, dans Fencadrement formé par lelinteau et les jambages, immobile, silencieuse et me regardant, se tenait la comtesse de Chalis.

C'était la première fois, • depuis que je logeais chez elle, qu'elle avait pris la peine de monter les trois étages de son escalier pour me venir voir. Je m'étais levé en sursaut, la reconnaissant, ne sachant ce qu'elle me voulait, à cette heure, craignant tout, ayant tout à craindre. Cependant elle avait refermé la porte et s'avançait vers moi. Je lui dis:

-—Prenez garde! vos enfants sont là, à côté.

— Je le sais bien, répondit-elle ; mais vous devez avoir une autre pièce.

Et, soulevant ma. lampe, elle se dirigea vers tna chambre à coucher.

yuand j'y fus entré derrière elle, elle com-

tnença par refermer la porte, puis elle examina x)utes choses autour d'elle avec une apparence le curiosité. Le costume qu'elle portai/ était lussi élégant que singulier. U se composait d'un )eignoir de tafletas rose, recouvert en entier par m second peignoir de valencienne. Ce fastueux rêtement tombait à larges plis tout autour d'elle, (t s'en allait traîner, en arrière, à la distance de )lus d'un mètre. Ses ))londs cheveux, négligemment ramassés sur le sommet de sa tète, lëcouvraient sa nuque parfaite. Ses beaux bras pparaissaient dans l'éeartement de ses manches, ^nfin ses pieds, les plus adorablement faits qu'on misse imaginer, étaient chaussés de satin rose. lalgré le trouble que j'éprouvais à la voir si galamment vêtue, je remarquai qu'un parfum pénétrant, mélange d'héliotrope et de réséda, se légageait légèrement de sa personne. Ce parfum, ont elle avait seule le secret et qu'Houbigant omposaitpour elle, elle ne s'en était plus servie epuis que nous étions revenus d'Aîx, et je le lui vais souvent reproché, car il m'agréait. Ceiw me

parut uae chose inouïe qu'elle se fût parfumée de cet extrait de fleurs précisément ce soir-là; mais, dans ma naïveté, supposant qu'elle n'avait pu monter chez moi que pour me signifier mon congé, je me tenais tremblant devant elle. Pour elle, elle ne se sentait pas gênée du tout. Quand elle eut posé la lampe sur la table, elle se tourna tranquillement vers moi, puis — il était écrit qu'elle m'étonnerait toujours ! — elle me dit d'un ton de reproche :

— Vous ne m'aimez plus, n'est-ce pas? »

Je crus d'abord avoir mal compris, tant cette question élait en dehors de toutes les prévisions possibles. Alors, elle s'assît dans un fauteuil, et, me regardant avec calme, elle répéta sa phrase :

— Vous ne m'aimez plus, n'est-ce pas?

— A quoi donc voyez-vous que je ne vous aime plus? lui répondis-je, sans avoir bien exactement conscience de ce que je disais. Il me semble que ce serait plutôt à moi de vous reprocher votre indifférence, votre haine, pourrais-je dire.

ou LES MŒURS DU JOUR. Ui

— Oh! moi I fil-cllc en hochant la tête, il est bien évident que je suis capable de tous les crimes. £t mon mari a dû vous raconter à cet égar4 des choses accablantes.

— Voire mari ne m'a rien dit sur votre compte que ce que vous avez cru devoir me confier vous-même.

Elle m'interrompit par cette seule interjection.

— Ah!...

Mais il y avait une telle expression de méprisante incrédulité sur ses traits que je ne pus ajouter une parole.

— Allons! fit-elle en se levant et se dirigeant vers la porte, je le vois bien que vous ne m'aimez plus!

Je courus après elle, et lui prenant les mains avec un tressaillement qu'il ne m'était pas possible de contenir :

— Je vous en prie, lui dis-je, écoutez-moi. Je ne sais ce que vous pensez. Je ne sais même ce que, après plusdequalremoisd'indifférence,V( %

êtes venue faire ici. Mais je le sens : ce moment doit déterminer entre nous une crise suprême. Ne prenez aucune résolution avant de m'entendre.

— Mon Dieu 1 je vous écoute, fit-elle en souriant.

Et elle alla s'asseoir auprès de la table, s'amusant, avec une plume, à griffonner je ne sais quoi sur une feuille de papier blanc. Pour moi, stupéfait tout d'abord de la tournure qu'elle avait donnée à la discussion, je commençais à reprendre possession de moi-même. Certes ! depuis longtemps, surtout dépuis la confession de son mari, je ne me faisais plus la moindre illusion sur le caractère delà comtesse. Mais la* passion que j'éprouvais pour elle était encore si vive que, malgré ce qui s'était passé entre M. deCbalis et moi, en ce moment — je l'avoue à ma honte — toutes mes idées étaient tendues sur le» chances d'une réconciliation.

— Si vous m'aimiez encore, lui dis-je avec X émotion, vous me permettriez de vous interro*-

ou LES MŒURS DU JOUR. 243

ger... Pourquoi ne m'avez-vous donné aucune marque de sympathie depuis que je demeure

auprès de vous?

— Vous voulez le savoir?

— Oui.

— Eh bien! il y avait quelque chose qui m'humiliait dans la position que vous occupez dans ma maison.

— Mais, aujourd'hui, rien n'est changé dans celte position.

— J'en ai pris mon parti.

— Pourquoi ?

— Vous aurez donc toujours la rage des explications? dit-elle en haussant les épaules et continuant à grilTonner sur la page blanche.

— Si ce n'était pour me donner ou pour me demander une explication, que seriez-vous venue faire ici ?

—- J'y suis venue pour voir si vous m'aimez encore.

A c^s mots jesentîs mon cœur se serrer. Il était évident pour moi que la comtesse mentait, que sa

démarche ne pouvait être désintéressée. Mais quelle était la nécessité qui l'avait causée? J'hésitais aie demander.

— Si je vous aime... lui dis-je; que faut-il faire pour vous le prouver ?

— Il faut faire, répondit-elle, une chose bien simple.

— Mais quoi ?

— Me raconter tout ce qui s'est dit entre vous et le comte de Ghalis.

Un grand silence suivit ces paroles. La comtesse me regardait avec une tranquillité parfaite, comme une personne qui se sent dans son droit, faisant une chose légitime et toute naturelle. Mais moi, confident du mari, moi qui n'avais ni su ni pu me dérober à ses épanchements, moi qui Tavais laissé partir, confiant dans la promesse qu'il m'avait arrachée, et qii\ croyais, lui faisant cette promesse que je voulais trahir, avoir atteint le fond de l'ignominie, dans quelle situation me trouvai-jel

— Cela, c'est impossible! lui répondis-je,

ou LES MŒURS DU JOUR. 245

avec un mouvement de répulsion que je ne cherchais même pas à déguiser. ^

— Et pourquoi donc? dit-elle avec la même tranquillité.

— Je ne puis trahir la confidence de votre mari.

— Préférez-vous trahir la mienne?

Et comme je ne disais rien, écrasé que j'étais

par la perspective nouvelle qu'elle ouvrait devant moi :

— Ah çà ! mon cher, fît-elle en souriant, il faut avouer que vous avez de singuliers scrupules et que vous vous faites de bizarres illusions sur la nature de vos devoirs. Voyons, asseyez- vous ici, à mes pieds ; donnez-moi votre main et regardez-moi bien : je m'en vais vous ouvrir le fond de mon âme. Je vous crois un très-honnête homme ; mais enfin vous ne pouvez vous dissimuler que vous avez pris la femme d'un autre. C'est très-sérieux cela, et cela vous impose certaines obligations. S'il m'a plu d'exposer pour vous tout ce qu'une femme peut risquer de plus

246 Là COMTESSE DE GUALIS

précieuxi sa considération, c'est bien le moins que vous m'aidiez à me défendre. Mon mari est un homme inquiet, rancmier, un peu sournois, comme le sont d'ailleurs tous les malades. Il m'en veut, se doutant que mon affection s'est détournée de lui. J'ai fait ce que j'ai pu pour le ramener; je n'ai pas réussi. Ce qu'il médite contre moi, je l'ignore, mais jele sens ;,€ela ne doit pas être charitable. Youa lîavez trompe avecimoi ; vous avez même trouvé excessivement douxde le tromper. En ce moment, quelques hfeuroSrà|)eine après son départ, si je vous en priais, vous vous empresseriez de le tromper encore. Il s'agit de nous consulter et d'adopter un plan de conduite pour nous prémunir contre ses violences, et vous hésitez à me fournir des renseignements qui me semblent indispensables! Autrefois, vous me disiez que j'étais placée dans voire cœur au-dessus de toutes lœ créatures, que vous exposeriez, pour moi votre vie avec bonheur, que sais-je encore ! que vous ne viviez que pour moi. Je vouo accorde que c'étaient là des manières de parler

ou LES MŒURS DU JOUR. 317

familières à tous les amoureux, et auxquelles on neaoit pas attacher plus d'importance qu'elles ne le méritent. Mais enfin je ne puis supposer que le comte de Chalis soit placé dans votre affection au-dessus de moi, n'est- ce pas? Et s'il y a dans la confession que je vous demande quelque chose... mon Dieu ! qui froisse la délicatesse, estce que, en me donnant à tous, je me suis sentie arrêtée par de telles considérations? J'ai commis, moi, pour vous, la plus grande faute que puisse commettre une femme. A charge de revanche, mon cher, ou je dirai que vous ne m'aimez plus !

Il me faut renoncer à peindre l'air qu'elleavait en disant cela; à décrire l'éclat de ses yeux, le charme de sa voix, l'effet que produisait sur moi la pression de sa main; à exprimer ce que j'éprouvais en la sentant si près de moi, dans le silence et la solitude de cetle nuit, après quatre mois de colère, de haine, de désirs inassouvis.

Je lui dis toute

— Ah ! je le savais bien que vous m'aimiez toujours ! s'écria madame de Chalis en m'attirant contre son cœur, lorsque J'eus achevé la confession qu'elle avait écoutée d'une oreille avide.

Une heure plus tard nous étions aussi complètement réconciliés que possible. Mais, m'éveillant de mon ivresse, je fus très-étonné de voir que la comtesse avait repris sa place auprès de la table et continuait ses griffonnages. Je m'avançai pour examiner ce qu'elle écrivait. C'était invariablement la même phrase : Je vous aime. Et cette phrase se répétait du haut en bas de la page, tracée en long, en large, avec cette variante: T adore Charles Kerouan. Signé: Comtesse de Chalis .

êe ne pus m'empêcher de rire de cet enfantillage, et, comme la comtesse, riant plus fort que moi, lançait au feu son autographe en me ten-

ou LES MŒURS DU JOUR. 2i9

dant la plume, je m'assis auprès d'elle, et avec l'exagération habituelle aux amoureux, exagération qu'elle avait prévue sans doute, j'écrivis ce qui suit sur une feuille blanche :

« Je nai jamais aimé et je n aimerai jamais que celle à qui j'ai consacré mxi vie depuis deux ansy celle qui a daigné se réconcilier avec moi ce soir, la belle Diane de Chalis. »

Et je signai.

— C'est très-genlil, cela, dit la comtesse, qui lisait ce que j'écrivais par-dessus mon épaule. Il n'y manque qu'une chose.

— Quoi donc?

— La date.

Je riais comme un sot en écrivant la date.

La comtesse me prit le papier de dessous les mains, puis elle le plia en quatre avec une affectation de sérieux, et le plaça dans son corsage. Il était tard. Elle manifesta le désir de rentrer chez elle. Je l'accompagnai par les escaliers, tenant en main un bougeoir pour nous éclairer. Quand nous fûmes arrivés à sa porte,^ au premier

étage, comme j'avançais les lèvres pour l'embrasser, elle se recula un peu, puis, tirant moB écrit de son corsage :

— Maintenant, me dit-^lle, s'il vous prenait jamais la fantaisie de correspondre à mon sujet avec mon mari, voici qui m'aiderait à vous punir.

Quelle femme!... Je demeurai le reste de la nuit sur pied, ne songeant même pas à dormir. Tout ce qui s'était passé entre nous pendant la soirée me revenait à l'esprit, et, à cbaque incident nouveau, je m'écriais avec accablement : Quelle femme!... Ce qui m'humiliait le plus, c'étaient les précautions qu'elle avait crutievoir prendre contre moi. Il me suffisait au surplus de penser à la situation que les événements m'avaient créée auprès de son mari pour me faire rougir de honte. Hélas! la seule chose que je n'avais pas prévue en m' engageant dans cette

ou LBS MŒURS DV lOUR. 351

maudite liaison, c'était que ee mari pouvait être l'homme le plus sympathique, et qu'il formerait le dessein de se confier à moi. Qui Tai^rait prévu à ma place? Je m'attendais le lendemain à une rupture définitive â^bre moi et la comtesse. Ëti effet, étant parvenue à s'emparer de l'absurde écrit qui me livrait à elle, pieds et poings liés, elle n'avait plus de raison de me craindre, partant plus de motifs de me ménager. Cette pensée prouvait que je la connaissais très-mal encore. Elle fut charmante pour moi et pleine d'attentions. Elle ne fît pas la moindre allusion à ce qui s'était passé. Seulement, à partir de ce jour, elle se gêna moins, ou plutôt elle ne se gêna plus du tout pour vivre à sa guise. Se souciant fort peu de ce que je pouvais penser d'elle, elle trouvait commode, et même spirituel, de faire jouer à son surveillant le rôle avilissant de c< paratonnerre. » Pendant que son mari était à Naples, se fiant à la parole que je lui avais donnée, elle me retenait auprès d'elle, et, je l'ai su depuis, m'accusait railleusement dans ses lettres de vou-

loir régenter tout le monde à Fhôtel. Le mari dormait donc sur les deux oreilles, pendant que le Titiane, pour se venger de lui, dépravait autant qu'il pouvait l'âme déjà viciée de la comtesse. Moi, je voyais cela sans pouvoir rien dire. Mais ma conscience se révoltait. Un jour, exaspéré de mon abjecte situation, je résolus de partir. Alors elle se fâcha tout rouge et me défendit de le faire. Je me soumis, ce Ah! me disais-je, tu as voulu connaître les dessous du monde! tu as voulu savoir de quoi se composait l'amour d'une de ses étoiles! tu as voulu tâter de l'adultère! et de l'adultère d'une grande dame! Eh bien! tu en tataras maintenant! »

Cependant, précisément à cause de l'avilissement dans lequel j'étais tombé, la position que j'occupais auprès de la comtesse ne poiivait être que transitoire. Elle avait beau, pour se moquer

ou LES MŒURS DU JOUR. 253

de moi sans doute, certifier qu'elle ne m'avait jamais tant aimé, je sentais que le drame qui se jouait entre nous deux, et'qui tournait maintenant à la parodie, ne pouvait s'éterniser, qu'il devait avoir une fin, et une fin prochaine et terrible. Je crus un soir toucher au dénoûment. Cette Florence dont j'ai parlé au commencement de ce récit, et qui avait été la cause de la brouille survenue à Âix entre le prince Titiane et la comtesse, cette Florence, l'une des plus belles courtisanes et des plus richement entretenues de Paris, qui, pour avoir été la première à teindre ses cheveux noirs en blond ardent, s'était fait dans ces derniers temps une réputation européenne, sous l'effroyable nom de ce la plus belle des pieuvres I y) cette Florence enfin qui trouvait, au dire du prince, madame de Chalis a agréable à voir, » et avait eu Timperlinence de la lorgner un soir, au théâtre, faisait alors depuis quelques jours partout parler d'elle. Tous les journaux, depuis le Constitutionnel jusqu'à la Lune^ entretenaient le public d'une a vertueuse résolu-

$4 LA GpMTSSSË Pf: GtlALIS

tion qu'elle avait formée, » La pauvre enfant s'était amourachée d'un joli garçon sans fortune. Elle voulait Téppuser et se retirer avec lui dans une délicieuse villa qi^'elle ayait achetée au hord du laç de Cpme, Np possédant que des éçononiies ingi^ffi^aptes pour vivre, elle s'était décidée à faire c^ le sacrifice de son ipohilier. » C'était la vente de ce mphilier qui défrayait alors toutes

les conversations dans la pTenijèire ville du glohe. Tant de princeç, de millionnaires, de fils de famille avaient traversé le bondpir de Florence en y laissant des marques de leur gratitude! On y comptait les menus objets de la haute curiosité par centaines. Quant aux bijoux de prix, il avait été impossible d'en faire l'inventaire ; les bagues,

disait-on, devaient être yendnes au boisseau, les diamants au litre 1 La pièce la plus merveilleuse de cet écrin de reine était un grand collier à sei?e rangs de perles, estimé un demi-million. Les journaux ayant annoncé que l'ei^position pu* blique précédant la vente durerait huit joursi, e'était à qui, parmi les femmes « de la meilleure

ou LES MŒUnS DU JOUR. 255

société, » ferait la partie d'aller visiter la demeure de la courtisane. On leur avait tant dit qu'elle avait un goût supérieur! tant donné à entendre qu'elle les éclipsait tontes par son élégance I Pendant une semaine on vit des files de voitures armoriées stationner sur les cétés de l'avenue Matignon, où se trouvait l'hôtel de Florence. Quelques jeunes gens^ en parcourant les appar« tements, s'amusaient à divulguer le secret de la provenance de certains meubles. On se retrouvait eh eux. On était là comme a en famille. » Le portrait de Florence en pied, nue jusqu'à la ceinture, attirait tous les regards. Il était à vendre, comme le reste. Mais c'était le cabinet de toilette surtout qui ravissait les visiteurs. On s'étouffait dans cette grande pièce dont les murs étaient tapissés de glaces, et dont les ustensiles de vermeil représentaient une valeur de doux cent mille francs. J'avais lu la plupart de ces détails dans les journaux ce bien informés, x> tels que t Indépendance belge et le Figaro^ et j'en avais entendu citer quelques autres par les hommes

de J'intimilé de la comtesse. Un soir, madame de Chalis m'avait paru nerveuse, préoccupée. On aurait dit qu'elle était dans l'attente de quelque événement. Je l'interrogeai. Elle se mit à sourire, et me répondit d'une manière évasive. Il me sembla qu'elle voulait chercher à m'éloigner. Aussitôt je me mis en tête de rester. Vers dix heures on annonça le prince Titiane, La comtesse, en l'apercevant, oublia que j'étais là. Elle s'élança au-devant de lui. Le prince portait sous le bras une boite aplatie enveloppée de papier de soie. Madame de Chalis s'empara de cette boîte avec une sorte de vertige. Le prince riait; moi, je ne comprenais pas, je regardais. Retirée au fond du salon, auprès d'une table, madame de Chalis, nous tournant le dos, avait déchiré le papier, ouvert la boîte, et elle se penchait dessus, muette, anxieuse. Je m'avançai. Elle tournait alors sur elle-même, en chantant, à travers la chambre, et elle tenait dans ses mains un objet qu'elle avait tiré de la boîle et que je distinguais mal encore. Elle promenait avec amour

ou LES MŒURS DU JOUR. 8S1

cet objet sur son cou, sur sa bouche, sur ses joues. On aurait dit qu'elle le flairait, qu'elle le baisait. Tout à coup elle s'arrêta, puis, en poussant un grand éclat de rire, elle fit danser au bout de ses doigts un long collier de perles. C'était le collier de Florence.

Comme elle me le mettait sous les yeux, je ne pus m'empêcher de l'admirer. Cependant cela me choquait de l'avoir vue appuyer les lèvres sur un objet qui avait été porté par cette fille. Je lui dis :

— Vous avez acheté ce collier, madame?

— Oui! oui! oui!

— Elle battait des mains et sautait de joie.

— Et combien l'avez-vous payé?

Le prince dit :

— Cinq cent mille francs.

— Trouvez-vous que ce soit trop cher? reprit la comtesse.

— Je pense, répondis-je, que c'est beaucoup d'argent.

Dans l'ignorance où je vivais à l'égard d'une

ibule de choses^ je croyais que la vente du mobilier de Florence avait eu lieu^ et que la comtesse^ n'osant se rendre en personne à cette vente^ avait chargé le prince d'acheter le collier pour elle. Hélas! j'étais à mille lieues de la vérité! Le prince, qui n'avait jamais brillé par la discrétion, et qui, d'ailleurs, pensait que madame de Chalis n'avait pas de secrets pour moi, ne se gêna guère pour parler. La comtesse ne songeait même pas à l'interrompre : dans sa pensée, je n'étais plus à craindre pour elle, et elle était comme affolée par la vue de son collier. En quelques mots je fus mis au courant de tout. Voici ce qui s'était passé :

Madame de Chalis, comme tant d'autres femmes, avait formé le projet de visiter la demeure de la courtisane. Mais, voulant tout voir à son aise et appréhendant la foule, elle avait obtenu de Florence, par 'l'entremise du prince Titiane, la permission de se rendre chez elle deux heures avant l'ouverture de l'exposition publique, Florence ayant été loger depuis quelques

ou LES IdSCRS DD lOtîlt. »

jours chez une de ses amies, la comtettie se ctvjdit sûre de n'avoir pas à craindre une l«llcotttre qui aurait pu l'embarrasser* Dn matitl dmlc, eh compagnie du prince, elle si^était rendue atetilie Matignon, où elle ne trouva qu'une fi^ttie de chambre pour la recevoir. Si die s*ett dofmâ à cœur^joie de tout passer en revue, jditqu'anx moindres tiroirs, c'est ce qui ne peut être mis en doute. Il aurait fallu qu'elle ne fût pas femme pour que le contraire arrivAt. Quand elle eut tout bien vu, et que, surtout elle se fut longue* ment extasiée sur la beauté du collier, une porte s'ouvrit et Florence parut devant elle. La stUpeUr de la courtisane fut-elle jouée, ou le coup avaitil {t[é monté à l'avance entre le prince et elle? Tous les deux, selon moi, n'en étaient que trop capables. Quoi qu'il ert soit, Florence ne perdit pas la iéte, et pendant que lâcotiitesse la regardait tout interdite, elle s'etcusa de sori tflieut, et, avec W inaniêres les plds cotifuses et les plus flatteuses, elle dit qu'elle avait cm que e'étatt seulement le lendemain que la comtesse devait

venir ; qu'elle était désolée et toute honteuse de l'indiscrétion involontaire qu'elle avait commise ; qu'elle ne savait quelles expressions cboisirpour prier madame de Chalis de vouloir bien la lui pardonner. Madame de Chalis, qui n'avait jamais soupçonné qu'une a demoiselle » de la condition de Florence pût avoir reçu une éducation quelconque et faire preuve de tant de tact et de bienséance, oublia sur-le-champ l'incommensurable distance qui les séparait l'une de l'autre, et répondit avec autant d'urbanité qu'elle aurait pu le faire si Florence, au lieu d'être c< la plus belle des pieuvres, » avait été une femme du monde et si elle l'avait reçue dans son salon. Le prince jubilait à part lui de l'aimable tournure que prépaient les choses. La glace étant enfin rompue, Florence, avec un air d'une simplicité parfaite, offrit un siège à la comtesse... et la comtesse l'accepta. Pendant plus d'une heure, on causa. On s'étudiait à la dérobée, tout en faisant assaut de compliments. Florence trouvait la comtesse la femme la plus

•• dititiiiCÛMU. 1^ prinoe |¥il ««r Imi 4if 4îre^«e ttui44au«;4e CUaJû^ «t «^iMunut 4m 4éi«r 4^«db' ter le a4Ji^. a^ Hvrettoe m^fKMiAic mmkiH^ék ^Amnoâtiol & le f^alirer 4efai ^*têAii, «l dfe 4mwmi iv4A<iix-iuab «LM ^iiHse «t iH^Ar «b cummt. » On te ^uiiUi «Dliiiy e4i ne «iirriaK lu «muii.«. m^Umie hMtie <le iKiliieMA» 4e(i l^lot^ l^meMMUMi»; 4Mi ne

uieiii, ^ ifu hMuriwt, 4e Ae {miV'MÂr omft» imf Ir pliûtordene lei^^... nurentoe éhût ra4miie^

umjiui' «.wu f»eut k axAJre, 45( ui«4iuqom^ 4e Ck(Êli$, tuut ru disait <ju'jl iie («tllait (iiU*W i ^lerMMiue

LXXU

^Uiiind iK»ub fOuH» iieuU — le f^ritice éUâ(

262 LA COMTËSSK DE ClfÂLl^.

cercle une partie dans laquelle plrtsieurs millions étaient engagés, et qui durait déjà depuis trois jours — je me tournai vers la comtesse :

— Eh bien, iui dis- je, vous avez donc eflfin réussi à fréquenter les femmes entretenues?

J'espérais que cette impertinence la ferait bondir ; mais elle prit fort bien la chose.

— Que voulez-vons? fit-elle en s^amusant à compter, pour la dixième fois, les perles de son collier. Rien de tout cela n*étaît préparé. Mais on m'avait tant parlé de celte Florence, je Tavais si souvent rencontrée ati bois, aux courses, au théâtre, chez ma marchande de modes, et, je vous Tavouerai, elle m'inspirait une telle curiosité, que lorsque je me suis trouvée devant elle, je n'ai pu résister au désir de chercher un peii a savoir quelle femme c'était. Eh bien, c'est une chose extraordinaire, mais elle est très-bien! Elle s'habille avec goût, elle s'exprime avec décence, elle a même de l'esprit. Enfin il n'y a presque pas de différence entre elle et... et nous autres.

Ce (m tnoi q[tli bondis, ëntetiAaM cels.

— Qu'est-ce que vous avez donc? më 3fê h comtesse.

J'avais déjà tepth HitiH Mge.

— Rien du tout, répondis-je. .

— Mais si ! fit-elle, je le voie bîéri. ttitf* Wus iliotirez d'envie de the chùtthet c(uëfel!é.

-- A quoi cela gei-^lfâfit-îl ? Tôils né ftîCflH-^ naissez pour vos amis que les pëtMttrieg ^tfî fàtià facilitent les moyens de êddiiMve tôlf fifrtàistôs, et jamais celles qui s'exposerrt â fcîuSd^Mre pour vous rendre è'ètvicè. Je jàM âhpi%§ de vous depuis deux ans le tÔïé hafïssàMèflèfSfentor. Je vous fatigue, jetons cnTfùief. Et, aèi^etidâhl l... quant à M. Titiafïrô

— Ah! bon! s'cc^iâf-t-enèV M}k qa6 V6^ allez encore être jalorfx dèf Itfi i

— Je vous assure, tepf isl-f e ateéf colèî'é, «f^è je fie suis jaloux de pefsdWne, et, ëh pitikiûktj de cet A2f!èq[iie»

— Aztèque ! fit-elle, qu'est-ce que cela'?

— C*cst une créature de tHûeî dégtâdëe, un de

ces êtres qui tiennent le milieu entre la bête et l'homme.

Elle ne put s'empêcher de rire.

— Comme vous devenez méchant ! me ditelle.

— Méchant ! moi ! je ne suis que juste. Rien ne m'ôtera de l'esprit que cette rencontre était préparée à l'avance entre votre Titiane et sa demoiselle Florence.

— Dans quel intérêt î

— Je m'y perds.

— Eh bien, quand cela serait 1

— Comment ! quand cela serait !

— Sans doute. Titiane me parlait souvent de cette fille. Il ne cessait de me répéter qu'elle me trouvait la plus charmante des femmes. En même temps il me racontait sur son compte une foule d'aventures qui piquaient ma curiosité. Il aura supposé que cela me distrairait de passer une heure avec elle. Je ne vois pas qu'il y ait lieu de lui en vouloir.

— Ni moi non plus.

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