‹ La comtesse de Chalis, ou, Les mœurs du jourChapitre 6 sur 22 · OD LES MŒURS DD JOUB · texte numérisé non relu

OD LES MŒURS DD JOUB

— Âh ! tenez ! vous êtes agaçant, avec votre persiflage !

— Agaçant. . . c'est possible. Vous me peimettrez cependant de constater l'effroyable chemin que vous avez fait. A Aix, vous étiez soucieuse de votre réputation. Indignée d*avoir vu le prince quitter la loge de cette fille pour entrer dans la vôtre, vous le chassiez comme un valet. Aujour* d'hui cette même fille, dont le nom seul, prononcé devant vous, vous révoltait, scj aventures excitent votre curiosité, et cela vous amuse de passer une heure avec elle. Evidemment il y a progrès.

— Vous avez la manie de tout analyser, répliqua-t-elle avec humeur. Qu'auriez-vous donc fait à ma place ?

-^ D'abord, je n'aurais jamais revu cet horrible prince ; ensuite je ne serais pas allée avenue iMatignon.

— Toutes les femmes y vont.

— Elles ont tort. Au surplus, elles y vont avec tout le monde, pendant les heures consacrées à Texposilion publique ; elle n'y voient pas

«e» LA COUfTESSÈ DE tbkltt

h maîtresse de la tîiafistih, Ql ce ri^est pstà du tout la même chose.

— Baste !

— Urte interjection tt^ est pâS tlit àrgiïment.

— ' Quel afgttmèflt toulelz-^ôtis que je votis^ oppose? Si je îi'flvâis pàÉ irtï Céttèf FlcffeWce, i^l je n'atdis paig sti Idi plâifé, je tf^rrfî^ pèiit-étt-é pas ce collier.

— Eh bieïi, quand Yotrs tîe Yatitï&i ffâsf Là-dessus la comtesse se mit en cdlëre.

— Vous en parlez bien à votre trîsÉf! ^efcrîat-elle. Il n'y en a pas de plus beau â Paris.

— II n'y en a sans doute pas non plus A& provenance plus honteuse.

— Qu'est-ce qne cela fait? Bèé l'instant que je l'ai payé, et de... mon atgeM.

Chose bizarre ! il y eut dans la façon dont elle accentua cet adjectif possessif je ne sais quoi de pareil à une hésitation de conscience; Je regardai madame de Chalis. Elle tensFît le^ yetfx baissés, mais les |)ottmiiettcs de i?es jotfôs êè cX)hf àiehi

Ôt lis ÉCEVlffll Dtf lODR. 967

légèrement. Ce fut pmif moi tifl trait de lumière. Cependant la peilsée qni tûe venait à l'esprit était si outrageante qac je n^osiite Vêtiotitet ; j'en avais la respiration eotntfUe ccit(|iée. Il me fisdlut plus d une minttte pour me rettirftref.

— Cela va peut-être vous gêner, lui dis-^jè, d'avoir pris Ètif tos ttf&tttïs HW si grosse sommé?

Sa rougeur s'acceâtua.

— Je ne Fai pas prisfc shr mes retenus, répondit-elle.

— Ahf

— Oui.

— Alors... c'est sur le capital?... le capital qu'a dû vous confier votre fnari, que vous Tavcz prise ?

Ses tempes s'empourpraient. Elle hésita, puis elle dit :

— Sans doute.

— Que croyez-vous, repris-je d*un air indifférent, quj pensera votre mari de cette acquisition ?

ses LA COMTESSE DE GHAUS

Elle leva les yeux avec embarras.

— Mais... fit-elle, je ne vois pas qu'il soit indispensable de le lui dire.

C'est alors que je sus à quel point je l'aimais encore. Mon âme débordait. Je me jetai à ses genoux.

— Je vous en supplie ! m'écriai-je ; au nom de tout ce que vous avez de plus cher ! au nom de vos enfants ! renvoyez ce collier. Perdez cent mille francs dessus, s'il le faut, mais ne le gardez pas. Il y a un abîme sous vos pieds. Il faudrait être votre ennemi pour vous le cacher.

Les larmes ruisselaient sur mon visage. Je lui serrais les mains.

— Que supposez- vous donc?... me réponditelle avec sa voix brève.

Puis, repoussant mes mains, elle se leva. Elle était redevenue maîtresse d'elle-même.

00 LES MŒDRS DD lOUB. S0P

Mais moi, je voulais tout savoir. Je me mis à battre Paris le lendemain. Tous les lieux où affluent les nouvelles^où s'échangent les cancans du monde, les canards de la politique et les racontars des coulisses je les parcourus successivement. Partout je prêtai ToreillcRien ne transpirait encore. Cependant, à neuf heures, étant allé rôder dans les couloirs de l'Opéra, j'entendis des chuchotements dans un groupe de jeunes gens que je connaissais. Je m'approchai. On paraissait s'amuser beaucoup, on riait. Ha présence ne gêna personne. On continua à parler devant moi. C'était du collier qu'on parlait.

Et le collier maudit — après une minute d'attention, il me fut impossible de conserver le moindre doute à cet égard — c'était le prince qui l'avait payé 1

81» LÀ COMTESSE DE GfiÂLlS

Et il l'avait payé de la manière la plu^ cotnpromettante, avec un ttiandat tiré par lui sur la Banque de France. Vers deux hetires, âti tnoment où les getis de bourse affluent daiis les bureaux de cette grande banque, où plus de vingt personnes se croisent perpétuellement dans la cour et sous la porte, Florence, en grande toilette, belle à ravir, était majestueusement descendue de son coupé a quelques pas de cette porte; puis, faisant l'ignorante pour se doiinef un air intéressant, demandait au concierge, âiii garçotis de bureau qui se trouvaient sur son passage, à tous venants enfin, ou il lui fallait s'adresser « afin de recevoir la somme de cinq cent mille francs. » tJne somme aussi forte rie se paye nulle part — même à la Banque de France, et surtout à une jolie femftie — sans que s'ensuive un peu d'émoi. Les employés lor-

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