‹ La comtesse de LeicesterChapitre 10 sur 27 · BURLEIGH, SIMIER · texte numérisé non relu

BURLEIGH, SIMIER

smiER.

Eh bien, lord trésorier, avet-vous vu la reine? Je crains de Leicester Tinlrigue souterraine, Et que ce favori, par ses efforts secrets, N*abuse Élisabetli sur ses vrais intérêts.

BURLEIGB.

La reine, hier au soir, paraissait tourmentée ; Elle a passé, dit-on, une nuit agitée.

Et ses yeux ont longtemps appelé le sommeil.

Elle repose encore ; on attend son réveil.

SIMIER

D'où lui vient le souci dont elle est oppressée? Rien ne le présageait quand nous Pavons laissée.

BURLEIGH

J'entrevois les raisons auxquelles cela tient. Sidnei, fier de l'honneur d'un royal entretien, Car la reine a daigné recevoir ce jeune homme, Et fort de ce talent que partout on renomme, Auprès d'Elisabeth en aura profité Pour tourner contre nous sa frêle volonté.

Cet hymen, désirable en bonne politique, Est l'objet incessant de son âpre critique.

L'Anglais, dit-il, pour chef ne veut pas d'étranger. Et lui donner le duc ce serait Tontrager.

L'amour de la patrie, en lui trop susceptible, A nos sages projets le rend incompatible ;

Et je pardonnerais à son aveugle ardeur, Si pour source elle avait son âge et sa candeur ; Mais je vois, dans l'éclat dont il la manifeste, Du comte Leicester l'influence funeste.

SIMIER

Que veut ce Leicester? et quel est son dessein? Quel espoir insolent nourrit-il dans son sein ? Aurait-il donc conçu Torgueilleuse pensée D'obtenir la faveur au prince refusée ?

Ne peut-on de la reine enfin ouvrir les yeux Sur les prétentions de cet ambitieux?

Ou ne peut-on du moins armer sa jalousie Contre l'aveuglement dont son ame est saisie ? La comtesse d'Essex est belle, et j'ai cru voir Qu'elle a sur Leicester un étonnant pouvoir ; Gela peut nous servir, qu'Elisabeth l'apprenne, Sa vanité de femme et son orgueil de reine Feront qu'aux sentiments dont son cœur est épris Succéderont soudain la baine et le mépris.

BDRLEIGH, à part.

Taisons d'Elisabeth l'amoureuse faiblesse.

SIMIER

Eh bien?

BCRLEIGI.

Ne comptez pas sur Tespoir que vous laisse Cet amour prétendu du comte de Leicester.

Quand bien même à la reine on viendrait l'attester. Sa fierté, cher monsieur, n'en serait pas blessée ; Elle n'a pas sujet de s'en croire offensée ; Son grand cœur n'admet guère un tendre sentiment, Il souffre un favori mais non pas un amant.

Soyez donc assuré que votre tentative

Ne peut avoir d'effet quand rien ne la motive.

SIMIER

Le comte n'aurait pas un pareil ascendant, .

S'il n'était appuyé sur un amour ardent.

Geste uégatif de Burleigh.

La reine est sous le charme^ il faut que je le rompe. . Toute la cour y croit.

BDRLEIGH.

Toute la cour se trompe.

Craignez donc de risquer une indiscrétion.

Vous savez que la reine a la prétention D'être en tout et toujours au dessus de la femme ; Des faiblesses du cœur elle défend son ame.

Et montre sur ce point un intraitable orgueil, N'allez pas vous heurter à ce terrible écueil. Songez d'abord à quoi cela peut vous conduire : Tandis qu'à Leicester vous tenterez de nuire, Vous blesserez la reine, armerez son courroux, Loin d'exciter en elle un mouvement jaloux.

Si vous osiez jamais, Simier, lui faire entendre Qu'elle nourrit au cœur quelque sentiment tendre, Bien qu'elle soit pour vous sans morgue, sans façon, Elle s'irritera d'un semblable soupçon.

Le nom qu'elle chérit, qu'elle-même s'octroie. Ce nom de Reiîie et Vierge, elle veut qu'on y croie. Elle tient à ce titre, et vous devez penser Qu'en douter seulement ce serait l'offenser.

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