SIX 1ER
Je sais bien quels détours il faudra que je prenne, Et quels ménagements...
BURLEIGH
Chut! j'aperçois la reine.
scEiiîi: II.
LES nÊuES, LA REIJSE.
LA BE1NE
Ici déjà, messieurs! comment! sans mon congé, Vous me venez ainsi surprendre en néglige.
SIMIER
Qui ne vous ôte rien de tous vos avantages.
Allons, vous voilà bien, avec vos caquetages. On ne peut se fâcher contre vous.
SIMIER
La santé Sourît toujours brillante à Votre Majesté?
LA REINE
Au contraire, monsieur ; ce matin, je suis pâle.
SiniER.
Mais de cette pâleur dont s'embellit l'opale.
LA REINE
Vous avez pris bien loin votre comparaison.
SIMIER
C'est vrai, je pouvais dire avec plus de raison, Votre pâleur ressemble à la pâleur des roses.
LA REINE
Le mot est fort galant. Mais parlons d'autres choses. Vous le savez, messieurs, la nuit porte conseil...
SIMIER
On le dit.
LA REINE
El surtout une nuit sans sommeil.
Lorsque ce qui le chasse est ce qui nous tourmente. L'esprit irrésolu le pèse et le commente,
Cherche à saisir le bon et le mauvais côté, Et quand il s'est euGn sur un point arrêté, C'est alors seulement que tranquille on repose.
SIMIER
Vous l'avez éprouvé cette nuit, je suppose?
Lk REIIfE.
Oui, c'est la vérité... J'ai beaucoup réfléchi.
siHiei.
Et devant la raison vos doutes ont fléchi ?
LA REINE
Ma résolution sans nul retour est prise : ^^ Je n'épouserai pas le duc.
SIMIEK.
Ma surprise...
LA REINE
Est des plus grandes, soit; mais vous ne savez pas Combien par ce refus j'évite d'eaibarras.
L'hymen qu'on me propose irrite l'Angleterre ; El je vous avoùrai, je n'en fais pas mystère. Que ce blâme, ces cris sortis de tous les rangs Me déterminent seuls au parti que je prends.
BDRLEIQB.
Le Parlement comptait pourtant que Voire Grâce, Des glorieux Tudor perpétuerait la race, El que dans le péril qui menace aujourd'hui.
Vous vous empresseriez d'accepter un appui.
LA REHE*
Oh ! si j'avais voulu, sans m'émouvoir des suites,
Des princes étrangers accueillir les poursuites.
Dès longtemps, prévenant les vœux de Messeigneurs,
J aurais du mariage accepté les honneurs.
Mais ma conviction immuable et profonde,
C'est que le Tout-Puissant m'a mise dans ce monde
Pou r défendre sa gloire et son nom révéré.
11 me faut joindre encore à ce devoir sacré
Les devoirs de mon rang, les devoirs politiques;
Si je les cortipliquais de ces soins domestiques
Dont Phymen me ferait une obligation,
Je craindrais de trahir ma sainte mission.
Que dis-je? Quand j'ai pris la couronne royale
Cet anneau fut pour moi la bague nuptiale.
Quel besoin que Thymen entre dans mon palais?
Mon époux, c'est TEtat, mes enfants, les Anglais.
Ainsi, voilà longtemps que je suis mariée ;
Union qu'on devrait n'avoir pas oubliée.
Cependant, si de Dieu la divine clarté.
Brillant à mon esprit, changeait ma volonté,
Croyez-le bien, messieurs, grâce à la Providence,
Je saurais dans mon choix mettre assez de prudence,
Pour que ni mes Etats, ni le peuple, ni vous.
N'eussiez à condamner ou craindre mon époux...
Mais jusques à présent il suffit à ma gloire
Qu'on lise, pour sauver de l'oubli ma mémoire.
Ces deux mots : Reine et Vierge, inscrits sur mon tom<
Ce sera pour mon nom un éloge assez beau. [beau,
B1IRLEIGH.
Aux conseillers du trône il faut donc que j^an nonce...
LA REINE
Qu'à la main de d'Anjou pour jamais je renonce.
BCRLEIGR.
Le bonheur des Anglais, le soin de l'avenir, Madame, au célibat vous défend de tenir.
Celui qui dans le ciel veille à vos destinées, Dieu vous réserve encor de nombreuses années. Mais la plus longue vie a son terme ; après vous, Qui vous succédera, qui régnera sur nous?
Qui saura nous garder de ces luttes sanglantes Que des ambitions actives, turbulentes^ Susciteront, sans doute, au sein de ce pays ? Les droits du peuple Anglais méconnus et trabis, De longs déchirements, voilà notre partage.
Et vous nous laisseriez cet affreux héritage ! Oh ! ce n'est pas pour moi que je parle, mes yeux Seront fermés alors à la clarté des cieux ; Mais pour ce cher pays qui vous aime et révère, Ne prcndrez-vous donc pas un parti moins sévère ?
LA REINE
Pourquoi vous alarmer d'avance et sans sujet? Si, comme je le crois, je tiens à mon projet. Reposez-vous sur Dieu... Sa sagesse suprême Daignera m'éclairer, ra'inspirer elle-même, Et j'aurai le bonheur de vous donner un roi Aussi juste, aussi bon qu'un Gis issu de moi. Qui peut dégénérer comme il arrive à d'autres, Et tromper à la fois et mes vœux et les vôtres.
BURLEIGH
Mais, madame...
LA REINS
Cessons des discours superflus,
Et que le Parlement ne m'importune plus.
Allez...
Burleigh salue et se retire.