SID\EI
Bien que vous nous donniez pour maître un étranger, Ce n'est pas en cela qu'est le plus grand danger ; L'orgueil national, il est vrai, s'en irrite î Quant à moi, si le duc avait quelque mérite.
Il m'Importerait peu qu'il fiil Anglais ou non; Mais grand Dieu ! que d'horreurs s'attachent à son nom ! Frère de Charles neuf et fils de Catherine, Sait-on quel est le cœur qui bat dans sa puitrine?
Sait-on s'il vaut mieux qu'eux? connaît-on ses pen-
[chants ?
Oh! combien je les hais, ces traîtres, ces méchants! Ils ont trempé leurs bras froidement insensibles Au sang des protestants innocents et paisibles ! Lui-même, Charles neuf, ce monarque inhumain, A, par l'assassinat, déshonoré sa main...
Ces hommes massacrés, madame, étaient nos frères. Si vous pouviez former des projets téméraires, Aucun pour les Anglais ne serait plus blessant Que d'épouser un prince issu d'un pareil sang. Les protestants sont seuls l'appui de votre règne, Mais il faut qu'avant tout Votre Majesté craigne Ceux qu'on voit se courber devant d'autres autels : Les catholiques sont vos ennemis mortels.
Vous avei, disent-ils, usurpé la couronne.
Et la bulle du pape a brisé voire trône.
Le bruit de votre hymen en eux a relevé L'espoir que vos succès leur avaient enlevé.
Et si vous résistez à l'attaque incessante D'une faction riche et nombreuse et puissante, C'est qu'il lui manque un chef qui la sache guider. Qui dans ses noirs projets puisse la seconder ; Et vous y suppléeriez imprudemment vous-même. En donnant une part de votre diadème A ce prince royal qui, depuis qu'il est né.
Est aux mêmes erreurs autant qu'eux enchaîné ! Et d'ailleurs, n'a-t-il pas fait preuve, en France même , D'un génie inquiet, d'une licence extrême?
Alors que si souvent il a trahi sa foi, Manqué d'obéissance à son frère, à son roi, Pourriez-vous vous flatter dans le fond de votre âme Que docile il cédât au pouvoir d'une femme, .
Tandis qu'ils se croirait, eu qualité d'époux, Le légitime droit de dominer sur vous?
LA REINE
Lui !... sMI osait pousser à ce point l'arrogance, Il se repentirait de son extravagance.
Un trône est trop étroit pour être partagé ; Je prétends siéger seule où mon père a siégé.
LEICESTEB.
Bien que du fond du cœur j'approuve ce système, On en peut dévier pour le mari qu'on aime.
LA HEINE
Je ne le crois pas trop étant ce que je suis ; Cependant je verrais... allons, Sidnei, poursuis. Tout ce que tu me dis m'inquiète et me trouble, Mon doute s'en accroît et ma crainte redouble.
SIDNEI.
Vous avez, j'y consens, assez de fermeté
Pour réprimer du duc un vœu trop effronté ;
Mais la France possède une puissante armée
Dès long-temps au pillage instruite, accoutumée ;
Le duc en obtiendrait des secours prompts, nombreux.
Pour accomplir bientôt ses projets ténébreux :
Jusqu'ici l'amour seul que le peuple vous garde
Contre vos ennemis est votre sauve-garde ;
Ne faites pas vous-même écrouler ce rempart ;
Et puisqu'enfin le duc a pressé son départ.
Ne le rappelez pas et brisez une chaîne
Qui ne peut vous valoir que malheur et que haine.
Vainement de l'Espagne on veut vous faire peur ;
Le secours des Français n'est qu'un appât trompeur.
Pourquoi de l'étranger rechercher l'assistance?
Les Anglais n'onl-ils pas leur valeur, leur constance.
Des vaisseaux, des soldats, de l'or, des maielols,
El contre les revers la barrière des flots?
Que votre noble cœur cesse de se contraindre ;
Fort de Tamour du peuple, un roi n'a rien à craindre.
Avec votre prudence, avec de tels secours,
De tous vos ennemis que |>ourrait le concours?
LA REINE
J'ai compris les raisons, cependant je balance, Et je vais les peser seule "et dans le silence.
Elle sort.
SCEME Tll.
LEICESTER, SIDNEI.
Tes discours l'ont émue, elle semble hésiter : Qui sait à quel projet elle va s'arrêter... Je suis impatient, Sidnei, de le connaître, D'après l'espoir qu'en moi ses doutes font renaître ; Mais nous avons encore à craindre des délais.
SIDNEI.
Puisse- t-elle épargner un affront aux Anglais !