‹ La comtesse de LeicesterChapitre 15 sur 27 · SIMIER, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SIMIER, LA COMTESSE

A quels tourments, grand Dieu î je me vois réservée î D'injures et d^affronts suis-je assez abreuvée ! Dire que de sa cour Thonneur est compromis Par un sentiment pur, par un amour permis !

Je ne m'abuse pas; cette pudeur farouche, Ce scrupule affecté n'est pas ce qui la touche ; Elle aime Leicester, et tout ce grand courroux N'est que l'explosion de ses transports jaloux.

SIHI£R.

Madame, je le crois, et je vous trouve à plaindre. De son orgueil blessé vous avez tout ù craindre. L'amour d'Elisabeth pour le comte est si grand, Qu'il lui peut tout-à-coup faire oublier son rang. Déjà même, insensible au danger qui la presse, Elle a, du duc d'Anjou, repoussé la tendresse, Rejeté des Français Talliance et l'appui, £xposé sa puissance, et tout cela pour lui.

Elle en paraît éprise, affolée au point même De lui donner sa main avec le diadème.

LA COMT£SSC.

Vous pensez qu'en son cœur elle pourrait nourrir Ce projet téméraire ?

SIHIER.

Oui. •

LA COHTESSE.

C'est pour en mourir, O ciel ! dans l'avenir quels chagrins j'envisage !

SIMIER

Voulez-vous écouter, madame, un avis sage?

Et quel conseil, hélas ! me pouvez-vous donner ! Si vous saviez...

STNIER.

Au lieu de vous abandonner A cet amour fatal, essayez de l'éteindre, Prévenez les malheurs qui vous peuvent atteindre. f^a reine est furieuse, il vous faut la calmer En renonçant au comte, en cessant de l'aimer !

Cesser de le chérir î cela m'est impossible î

SIHIER.

Il faul le feindre, au moins.

Un devoir inflexible, Un noeud sacré, l'honneur, enfin ! me le défend, El rien que d'y penser, mon pauvre cœur se fend. J'ai plus qu'Elisabeth le droit d'être jalouse.

SIIUER.

Comment!

J'aime le comte et je suis son épouse.

SIHIER.

Le comte est votre époux ? depuis quand ?

Depuis peu.

SIMIER

A la reine pourquoi n'en pas faire l'aveu?

f.eicester, d'une part, redoutait sa colère,

De Tautre, à mon époux, je craignais de déplaire.

Il voulait, disait-il, saisissant le moment,

Déclarer notre hymen avec ménagement...

La reine peut venir, il faut que je l'évite ;

D'ailleurs, je souffre tant! pardon si je vous quitte.

siMiER, m fartant.

Ma pénétration n'était pas en défaut, Et j'en sais, maintenant, bien plus qu'il ne m'en faut. Au moment où la Comtesse va sortir, Leicesler et Mortun se présentent.

ftCfilVfi Yl.

LEICESTER, Lk COMTESSE, MORTON.]

LEIGBSTER.

Comtesse, qu'avez-vous?je vous vois si troublée î

Du plus mortel chagrin lu nie vois accablée.

La reine est amoureuse et jalouse de toi ; f^e poids de son courroux s'est abaissé sur moi ; L'amour que je te porte et l'irrite et roffense : Elle me chasse, entin, elle me fait défense D'oser me présenter désormais à ses yeux !

Est-il rien pour mon nom de plus injurieux?

Et la le souffrirais? et tu pourrais, cher comte. Abandonner ta femme à cet excès de honte î Pour un être perdu tu pourrais l'afficher !

C'en est fuit, notre hymen ne peut plus se cacher. Est-ce qu'avec Thonneur un noble cœur transige? Il faut parler enfin, je le veux, je l'exige... Déjà, du duc d'Anjou, le jeune ambassadeur A, par certains propos, fait rougir ma pudeur; J'ai dû lui déclarer le saint nœud qui nous lie.

A Simier? Juste ciel t quelle aveugle folie î

Elisabeth, alors, va bientôt tout savoir.

Garder notre secret était voire devoir.

Vous me l'aviez promis. Ne pouviez-vous attendre.

Après tout ce qu'hier je vous ai fait entendre?

Ce secret dangereux, vous l'allez découvrir

A l'homme qui me hait, qui ne me peut souffrir,

Qui veut me perdre, enfin, dans l'esprit de la reine !

LA COSTESSE.

Et qu'importe? après tout. 11 faut bien qu'elle apprenne Que vous m'avez donné votre nom, votre fol.

Et qu'elle ne peut plus faire de vous un roi.

LEICBSTEB.

Quoi! la reine voudrait?...

LA. C0HTES8£.

Du moins, on le suppose.

LEIGESTBR.

Juste ciel ! si c'est là ce qu'elle se propose. Quel sera son courroux alors qu'elle apprendra... Je le sens, notre hymen tous les deux nous perdra.

Lk COMTESSE.

£h bien ! d'Elisabeth évitons les vengeances. Fuyons loin de la cour et de ses exigeances ; A l'un de tes châteaux demandons un abri.

HeureuX; toi par ta femme et moi par mon mari, Vivons pour nous, cédons à notre destinée, Cher Leicester ; la vie est douce et fortunée. Quand on laisse à l'amour le soin de l'embellir. LEICESTER, (Tuti ton froid et dédalf/npux.

Au fond d'une province aller m'ensevelir !

N'auras-tu pas pitié du tourment qui m'accable. Et ton ambition sera-l-elle implacable?

Crois-tu devenir roi? mais tu ne le peux pas ; Pour arriver au trône, il te faut mon trépas ; Pour que ton vœ u cruel triomphe et s'effectue. Il faut ou que je meure ou bien que l'on me tue... Et peut-être, en secret, comptes>tu les instants. Va, tes sombres désirs n'attendront pas longtemps, La mort est dans mon sein ; ta froide indifférence, Leicester, m'assassine en m'ôtant l'espérance.

Elle sort désespérée.

nceivE Tii.

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