ACTE I
HCEIVE PREMIERC.
LEICESTER, MORTOX.
Oui, je vais déclarer mon byrnen à la reine... Milady Leiceslcr, mon autre souveraine, Rougissant d'un secret qui blesse sa fierté; Veut que je fasse enfin cet aveu redouté ; De ses pleurs, de ses cris sans cesse elle m'obsède ; Son honneur, ma tendresse exigent que je cède.
MORTON
Ainsi donc, Leicester renonce à son projet.
Quand i) pourrait régner, il veut rester sujet !
Je Tavoûrai, séduit, trompé par l'apparence, J'ai d'un royal hymen caressé l'espérance.
Et la reine elle-même... Insensé! j'avais foi A ses tendres aveux, à son amour pour moi, A sa promesse enfin... mais de son caractère Qui pourrait expliquer le bizarre mystère !
Fille de Henri huit, elle en a la fierté,
La haute ambition, le vouloir imdompté ;
La moindre résistance ou l'irrite, ou la blesse ;
Mais, mélange inoui de force et de faiblesse,
Cet esprit intraitable hésite irrésolu,
Et renonce bientôt à ce qu'il a voulu.
Aujourd'hui si je crois à Tamour qu'elle atteste,
Je peux craindre demain qu'elle ne me déteste.
Et malgré les faveurs dont je me vois comblé.
Par de secrets tourments mon bonheur est troublé.
Cependant, cher Morton, elle est reine, elle est belle,
Comment à ses attraits aurais-je été rebelle?
Elle a reçu du ciel les dons les plus heureux ;
Elle a d'un noble cœur les élans généreux,
El ressent pour la gloire un amour fanatique.
Peut-être trop souvent sa froide politique.
Sous un air de grandeur, de générosité.
Déguise l'artifice et la duplicité ;
iMais l'éclat le plus pur est rarement sans tache,
Et l'imperfection au mérite s'attache.
Enfin elle m'aimait, et moi, j'osais compter
Qu'elle pourrait, un jour, pour époux m'accepter ;
 l'y déterminer je mettais mon étude,
Mais toujours même doute et même incertitude :
J'étais ce voyageur qui, sur un sol mouvant.
Recule à chaque pas, loin d'aller en avant.
Et quand je croyais prendre à son front la couronne,
Elle me repoussait; et je glissais du trône;
Sous la fatigue enfin succombant harassé,
De tant de vains efforts mon espoir s'est lassé.
HORTOII.
Sur vos premiers desseins permettez que j'insiste : Le succès n'appartient qnh celui qui persiste.
A se décourager votre esprit est trop prompt.
LEICKSTER.
Mais songe à mon hymen...
HORTOIf.
Mais un hymen se rompt.
Non, j*aime la comtesse, et la comtesse m'aime, Et pour elle je veux être toujours le même.
HORTOn.
Vous, seigneur si courtois, si galant cavalier ! Le succès en amour vous est trop familier.
Ma tendresse pour elle est ardente et sincère, Et nos liens sacrés, chaque jour les resserre, Son humeur douce et bonne embellit mes destins ; Je n'ai point à subir de caprices hautains ; Je suis heureux par elle et la veux rendre heureuse.
MORTOn.
Cette union pour vous peut être dangereuse.
Quand la reine apprendra...
Je saurai la calmer.
MORTOW.
Si son penchant pour vous allait se ranimer?
Et je ne crois pas, moi, sa flamme encore éteinte ; Pour son royal orgueil quelle terrible atteinte !... Et pour vous quels regrets î... car pouvez- vous savoir Si vous ne louchez pas au suprême pouvoir.
LEICESTER. t
Non, non ; j'ai, cher Morlon, perdu toute espérance. Du moment que j'ai su qu'un noble 61s de France,
Le due d*AojoQ lui-même, aspirait à sa main.
HOETOII.
Oh ! cela ne va pas se décider demain.
LKICISTER.
£bî quimporte après tout... Le mystère me pèse, Milady s'en irrite, il faut que je Tapaise.
Elle doit dans l'instant me venir joindre ici ; Je vais la présenter.
HORTOIf.
En agissant ainsi, Milord, vous écoutez votre mauvais génie...
Remettez, croyez-moi, cette cérémonie, Attendez... un retard est quelquefois prudent, Et peut nous ménager un heureux incident.
Tais-toi, démon, tais-toi; tu ne peax me séduire, Je vois Taffreux abîme où tu me veux conduire... Moi, sans titre d'abord, quoique d'un noble rang, Moi, roi !... qu'un tel dessein serait beau, serait grand î Moi, le tronc glorieux d'une royale tige !
Mon esprit ébloui se sent pris de vertige...
Que fais-tu, Leicester?... allons, reviens à toi... Sache au moins être heureux... ne pouvant être roi.
HORTorr.
Mais enfin, pourquoi donc ne pourriez-vous pas l'être?
LEICESTKR.
Oest que de mon destin je ne suis plus le maître ; Et même lorsqu'à moi la reine reviendrait, Le lien qui m'est cher toujours me retiendrait.
aORTOIf.
Cette difficulté, milord, n'en est point une. Si la fortune vient, accueillez la fortune.
El n'allez pas payer ses faveurs d'un affront... Ne vousai-je pas dit...
LBICESTÂR.
Quoi?
MORTOTT.
Qu'un hymen se rompt?
N'en avez-vous pas fait déjà l'expérience ?
De la belle d'Essex convoitant l'alliance, Vous l'avez épousée, et ne l'auriez pas pu, Si son premier hymen n'eût pas été rompu.
LElCESTfiR.
Par le trépas du comte.
MORTOIf.
Oui, mais on a l'idée...
Que dis-tu? l'on croirait...
MORTO?!
Que la mort fut aidée, En un mot, qu'un amant, qu'un prétendant jaloux Du précieux trésor que possédait l'époux, Voulut le lui ravir, et qu'un fatal breuvage Jeta le noble comte à l'infernal rivage.
Juste ciel !
UORTOIf.
Calmez-vous... c'est un vague soupçon Qu'on no peut éclaircir en aucune façon.
Quant à nous, nous savons ce que l'on en doit croire.
Pourquoi donc réveiller celle lugubre histoire?
MORTOIf.
Pour vous prouver, milord, ce que je vous ai dil, Qu'un hymen peut se rompre.
Allons, tais-loi, maudit, Ne m'importune plus de la scélératesse,
MORTON
Le mot est dur, milord.
J'a|)erçois la comtesse...
Laisse-nous seuls, Morlon, pendant quelques instants.
]IIORTO."f.
Ne précipitez rien, milord, gagnez du temps.
Il sort en saluant la Comtesse.
mCKJHK 11.