‹ La comtesse de LeicesterChapitre 3 sur 27 · LEICESTER, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LEICESTER, LA COMTESSE

LEICESTER, allant à la Comtesse, et lui baisant la main.

Toujours, toujours plus l)elle, et toujours plus aimée.

Ik COMTESSE.

Et la reine?... à la fln, l'avez-vous informée?... Dites, quand elle a su que nous sommes époux, A-l-elle, à cet aveu, laissé voir du courroux?

Ce malin, du palais, comtesse, elle est sortie ; Du cortège royal je n'ai point fait partie.

Elle n'est pas rentrée et je n'ai pu la voir.

Lk COMTESSE.

Le nom de gentilhomme impose un grand devoir.

Écoule... tu m'as fait une promesse sainte ; Je ne me suis permis ni reproche, ni plainte, Lorsque tu me disais : Le temps n'est pas venu ; Mon orgueil offensé s'est assez contenu.

A ta volonté d'homme, épouse, je me plie, Mais ne veux rien souffrir de ce qui m'humilie. Comte, je suis d'un sang et trop noble et trop beau, Pour que de mou hymen on voile le flambeau.

La reine te chérit, et je sais qu'elle m'aime. Dis que je suis ta femme, ou je le dis moi-même.

LEICESTEB.

Je le dirai, comtesse.

Aujourd'hui.

LEICSSTER.

Si je peux...

LA GOMtESSE.

Si tu peux î

LEIGESTER.

De la cour le corlége pompeux Avec Elisabeth au conseil doit se rendre ; Est-ce pour cet aveu l'instant que je peux prendre? Quand on va discuter de si grands intérêts, Quand à de hauts débats tous les esprits sont prêts, Quand doivent se trouver à cette conférence L'envoyé de d'Anjou, l'ambassadeur de France, Pour offrir à la reine un époux étranger, Choisir un tel moment aurait trop de danger ; Ce serait, croyez-moi, nous attirer sans doute Ce terrible courroux que toujours je redoute.

LA OOHTBSSR.

Si VOUS ne pouvez pas après tout Tesquiver, Ayez donc du courage, osez dooc le braver.

Mon honneur me défend de vivre de la sorte... Cacher mon mfariage et le nom que je porte, Moi, la veuve d'Essex, moi, dame de la cour !

LEICESTBR, tendrcmetU .

N'attacbes-tu donc pas de prix à mon amour?

Comme a toi ce secret m'est un cruel supplice^ Et comme toi je bois à cet amer calice ; Mais cependant, ma cbère, il me semble plus doux A TuBique penser que je suis ton époux.

N'en peux-tu, comme moi, supporter ramerlume ?

Comme tu sais parler ! comme je m'accoutume A me laisser séduire aux douceurs de ta voix ! J'étais fâchée, eh bien ! je souris... tu le vois. Excuse les transports d'une âme généreuse...

Je me sens de ton nom aussi fiére qu'heureuse ; Mais pourquoi, Leicester, ne le puis-je avouer ! De nos précautions le sort peut se jouer, Un rien peut de nos cœurs trahir l'intelligence ; Du monde tu connais la sévère exigence, Voudrais-tu m'exposer à de honteux soupçons ?

Tu ne le penses pas.

Eh bien donc, devançons De la malignité, toujours si vigilante, L'activité perfide et Paudace insolente.

D'un moment de courroux sois moins intimidé, Le ciel sourit plus pur quand Torage a grondé.

Le soin de ton honneur surmontera ma crainte.

Pour ma tendresse hélas ! quelle affreuse contrainte ! Les. dames de la cour ont des yeux comme moi ; Leurcœur, commeleraien, peuts'enflammer pour toi...

Ah!...

Mais si l'on savait que je suis ton épouse, De leurs attentions je serais moins jalouse.

Va, ma promesse aura son accomplissement ; Mais laisse-moi du moins en choisir le moment.

Tu ne larderas pas?

Non.

J'y compte.

Je tremble...

Que crains-tu donc?

Je crains qu'on ne nous voie ensemble.

Tout serait perdu.

Bien... je te laisse en ce lieu...

Adieu, mon Leicester.

Chère comtesse^ adieu.

SCENK III.

Quel trouble, quel combat je sens au fond de l'àmo ! Une voix m'applaudit, une autre voix me blânn*. Deux suprêmes pouvoirs, Tambition, l'amour. Me saisissent le cœur, Télreignent tour à tour... Qui? moi, nourrir l'espoir d*être chef d'un royainne î C'est courir à Tabîme en suivant un fantôme... Je prétendrais lutter contre le duc d'Anjou ! Contre un prince royal î ce serait être fou.

Je n'en aurais jamais pu concevoir l'idée.

Si Mortou devant moi ne l'avait hasardée ; La reine cependant m'a tendrement aime, Mais son amour pour moi paraît s'être calmé ; El, quand elle pourrait redevenir sensible* Mon hymen n'est-il pas un obstacle invincible? Allons, de la comtesse accomplissons les vœux ; Saisir l'instant propice est tout ce que je veux.

SCENK iV.

LEICESTER, MORTON

MORTOII.

Eh bien! milord?...

Eh bien ! la chose est résolue.

SIORTOII.

Bon... avec la comtesse une trêve est conclue.

Au contraire, Morton, je vais tout avouer.

HORTOlf.

Milord, de vos destins c'est vouloir vous jouer ;

Si peu de caractère !

LEICBSTfiR.

Allons, point de reproche...

Mais silence !... je crois que la reine s'approche.

SCEME W.

LES MÊUBS, LA REINE, BURLEIGH, SIMIER, PHILIPPE SIDNEI, Seigneurs, Pages, Gardes, Peuple.

UN OFFICIER DU PALAIS, annonçant.

La reine!

LA REINE, impérieusement.

Je défends que l'on suive ses pas.

fiURLEIGH.

Madame, permettez...

LA REINE

Non, je ne le veux pas.

BUELEIGH.

Qui sait à quel complot cette action se lie f

LA REINE

Complot! non, c'est hasard, maladresse ou folie.

RURLEIGH.

Mais de vos jours dépend le repos de l'Etat ; Sachons donc avant tout si c'est un attentat.

LA REINE

Les Anglais m'en vouloir ! non, c'est one chimère : Des enfants peuvent-ils en vouloir à leur mère !

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