K RElNÊ
Burleigh !
RCRLEIGH.
Vous êtes reine el reine d'Angleterre ; l^aisserez-vous douter de votre caractère?
Réprimez de vos sens l'essor impétueux ; Armez-vous d'un mépris digne et majestueux :
ï^e mépris punit plus que ne fait la colère.
LA REINE
Le monstre à mes bontés réservait ce salaire ! Comment d'un tel affront a-l-il pu me couvrir î Tu n'imagines pas ce qu'il me fait souffrir.
BfJRLETGH, (l*nn fon suppliant.
Madame î
LA REINE
Homme d'Éfat, tu ne peux le comprendra, Et moi-même je suis impuissante à le rendre.
BQRLETGH.
Je suis ministre, soit ; mais je suis homme aussi : Vieilli dans vos conseils, je n'ai d'autre souci
Que celui de vous voir glorieuse, honorée ; Calmez donc les transports de votre âme ulcérée.
tk REINB, avec attendrissement.
Tu ne sais pas, Burleigh...
BDRLBTGB.
Madame, je sais tont, Et que je sois le seul à le savoir surtout.
Mais je vois à vos yeux une larme... 6 ma reine, Au nom du ciel ! gardez que nul ne la surprenne. ..
LA RBiif B, après un moment de silence.
Oui, ton sage conseil éclaire ma raison; Â toi seul je devrai, Burleigh, ma guérison.
Tout, excepté Taffront de sembler délaissée ! Par la merci de Dieu ! celte seule pensée Qu'on saurait qu'un sujet s'est joué de ma foi, Irrite mon dépit et me met hors de moi.
BURLB160.
Montrez votre courage accoutumé, madame ; Ne soyez plus que reine et cessez d'être femme. Mettez- vous an-dessus d'un fatal sentiment; Nul ne soupçonnera cette erreur d'uo moment, A moins que vos douleurs, s'exhalant sans prudence, Jusqu'au fond des esprits n'en portent l'évidence.
Lk REINE; d'abord avec hauteur.
Mais de quel sentiment me parlez-vous ici ?
Prétend riez-vous donc insinuer aussi Que l'insigne faveur dont j'honorais ce traître. Le faible que pour lui j'ai toujours fait paraître, Avaient leur source dans...
Avec attendrissement.
Mais pourquoi donc clierchor A tromper un ami si fidèle et si cher?
Elle Icnd la niaio à Burleigli qui U baise avec respect. Puis s'approeliaot de Leiceslcr.
Comte, je vous pardoflfte, et c'est du fond de Tàme. SI vous avez reçn de nous un rude blâme, C'est, vous ea conviendrez, un faible châtiment De cette fausseté dont, jufiqu'A ce moment, Vous vous êtes rendu si hardiment coupable.
De toutes les bontés je vous savais capable, Mais je n'espérais pas que votre inimitié, Madame, céderait sitôt à la pitié.
De mes torts envers vous franchement je m'accuse, Mais ces torts cependant ne sont pas sans excuse. A voix basse.
Si la grandeur unie à rafifabilité^
Si la bonté du cœur, si surtout la beauté
Sont faites pour charmer un homme et le séduire,
Ce sont là les motifs qui seuls m'ont pu conduire
A cacher mon secret à Votre Majesté ;
Oui, j'en fais le serment et c'est la vérité.
La Reine, frappée de ces paroles, ne répond rien. Leicesler
poursuit avec le ton de la fatuité.
Puisque vous daignez être à mon égard si bonne, Que Votre Grâce encor, madame, me pardonne L'aveu que j'ai tantôt devant vous hasardé; Comme un bien léger tort vous l'avez regardé. LA KEIRE, avec colère.
C'est par trop impudent... Je ne sais si je veille... Holà! milords!... venez apprendre une merveille.
Montrant Leicesler.
Son hymen clandestin, vous l'ignorez, je croi, Me dérobe un époux, à l'Angleterre un roi.
Eii bien ! que peosez-vous de cette effronterie?
Ce n'est pas encor tout, milords, sa seigneurie
A de plus tout à fait le goût oriental ;
Il s'affranchit des lois de son pays natal ;
El pour ce fier sultan, c'est trop peu d'une femme.
Il puilage entre deux son amoureuse flamme...
LEiGESTER, Suppliant, Madame...
LA REINE
Quand à l'autre il engageait sa foi, 11 réservait Thonneur de sa main gauche à moi ! Dites-moi, n'est-ce pas une audace insolente Que je ne puisse pas me montrer bienveillante, Sans que cet insensé n'ait la présomption De croire que je suis à sa discrétion?
Vous, cependant, milords, j'en suis persuadée. Vous avez, de la reine, une phis haute idée... Mais j'ai compassion de cet ambitieux.
Ainsi que d'un enfant gâté, capricieux.
A Lclcestei*.
Vous nous présenterez dès demain votre épouse ; Toute belle qu'elle est, je n'en suis pas jalouse.
SCENK Vl.
LES HftiES, UN OFFICIER DU PALAIS.
l'officiee.
La comtesse d'Essex, madame, fait savoir Qu'elle se trouverait heureuse de vous voir ; Elle invoque instamment vos bontés généreuses; Elle-même viendrait sans les douleurs affreuses...
LA. EEiriE, vivement.
Elle serait si mal ! quels regrets je ressens ! C'est moi dont la colère aura troublé ses sens.
Je vais la visiter. Que son cœur se rassure.
J'espère qu'un seul mot guérira sa blessure.
Mais envoyons d'abord mon médecin la voir...
A Barkigh.
Suivez-nous...
A Leicester.
Et vous, comte, allez nous recevoir.
Elle sort avec tont les Seigneurs de sa cour, excepté Leicester.
SCEIVK VII.
Ainsi donc, plus d'honneurs, de gloire, de puissance! Maintenant , de Morton, je crains l'obéissance. Mon billet aurait-il trop tard été remis?
Un forfait inutile a-t-il été commis?
Affreux pressentiment? cruelle inquiétude!
Hâtons-nous de sortir de cette incertitude.