ACTE V
SCKIVB PREMIERE.
LA COMTESSE, MORTON, UNE SUIVANTE se imani à Vécart.
lA COMTESSE, fort pâle, à demi couchée sur une chaise longue auprès d'un guéridon; Morton lui présente un vase qu'elle repousse du geste.
Non, non, je sens un feu qui me brûle le sein.
«OETOIf.
Vous devez obéir, madame, au médecin.
Si de ce cordial vous ne faites usage.
Vous ne guérirez pas ; ce n'est pas être sage.
J'ai, de veiller sur vous, la douce mission,
Mais encor me faut-il votre soumission.
Ne ferez-vous donc pas ce que le comte ordonne !
Le comte, dites-vous ! le comte m'abandonne... Hélas ! ce n'est pas là ce qu'il m'avait promis !... Elisabeth me hait; non, je n'ai plus d'amis... Ce n'est pas que la cour à mes yeux ait des charmes, C'est un faible sujet de regrets et de larmes ; Mais perdre Leicester, me le voir enlever!... De la séduction rien ne le peut sauver.
Adoré d'une reine, il méprise sa femme ; Je le gêne : voilà ce qui me perce l'ame.
XORTON.
Vous ne faites qu'aigrir ainsi votre tourment. Lk COMTfiSSK, lu main sur sa poitrine.
Que je souffre.
HORTOFf.
Prenez encor de ce calmant.
LA COMTESSE^ gesU de refus , puis se parlant à elle-même»
Je n'ai plus qu'un moyen, c'est d'avertir la reine. Elle Tiendra, j'espère, et, sensible à ma peine,' Alors qu'elle saura que son cher Tavori Est non pas mon amant, mais qu'il est mon mari. Femme noble et pieuse, et reine d'Angleterre, Elle ne voudra pas d'un partage adultère.
HORTOn.
Du comte Leicester remplissez mieui^ le vœu , Et gardez-vous de faire un si funeste aveu, Ou laissez-lui le soin de le faire lui-même.
Non, je veux essayer ma ressource suprême.
Vous le savez, voilà bien des jours que j'attends, Et je ne prétends pas attendre plus longtemps. Moi, je consentirais à vivre diffamée !
Quoi qu'il puisse advenir, sauvons ma renommée...
Portant la main à son cœur.
Mais que m'a-l-on donné? quelle étrange chaleur Me dévore, et me cause une telle douleur ?
J'ai, là, comme une flamme, une ardente ceinture. Quelle souffrance, ô ciel ! quelle horrible torture !
HORTOIf.
C'est l'effet du remède.
Uu remède?... Ua poison !
Grand Dieu ! serais-je en bulle à quelque Irahison ?•
A la suivante.
Un peu d'eau, car la soif me brûle et me consume.. . Je crains de m'arrêler à ce que je présume.
Quoi ! ce serait trop peu que de m'abandonner î Leicesler , mon époux , voudrait m'assassiiier ! De son amour pour moi ce serait là le gage !
HORTOn.
Que dites-vous, madame, et pourquoi ce langage ? LA COMTESSE, uprès avoir bu Veau que sa suivante lui
présente.
Cette eau me désaltère et me soulage un peu. Cependant, ma poitrine est encor tout en feu î
sceivfi II.
LES MÊMES, SIDNEI.
SIDNRI.
Madame, excusez-moi de ma brusque arrivée...
Votre époux se décide et vous êtes sauvée.
LiL COMTESSE.
Moi ! sauvée ? et de quoi ?
SIDNEI.
Son cœur vous est rendu ; Vous allez recouvrer le rang qui vous est dû. Le comte, à vos désirs, est prêt à se soumettre ; Il instruira la reine, il vient de le promettre...
Se retournant vers Morton.
Mais je n'y songeais pas... Excusez mon oubli, Morton ; milord, pour vous, m'a confié ce pli. Il m'a dit que c'était une affaire d'urgence, Aussi, d'après son ordre, ai-je fait diligence.
Rcganlaol plus allenlivement la Comlcsse.
Que vois-je? votre leinl a perdu sa couleur ; Juste ciel ! qu'avez-vous? d où vient cette pâleur ? Vous souffrez?
hk COMTESSE.
Oui, je souffre, et mon état empire.
SIDNEI.
Si j'appelais...
LA CdXTESSE.
Non, non, laisse; que je respire.
MORTOîf , sur le dcoant de la srène, et à part, après
avoir lu la lettre.
Il revient sur ses pas quand tout est consommé ! A son esprit changeant j'étais accoutumé, Mais combien j'étais loin de le croire si lâche î Sortir de cet abîme est une rude lâche.
SIDNEI, à la Comtesse, Ne vous obstinez pas à rester sans secours.