LES MÊHES, LE MÉDECIN DE LA REINE
LE MÉDECIN
Dois- je croire, milord, ce que je viens d'apprendre?
SIDNEI.
Hélas ! oui,
LE MÉDECIN
Du poison dans ce que j'ai fait prendre ! Un pareil attentat ne serait pas vengé!
SIDNEI.
Lui-même, dans Tinstant, Fauteur s'en est chargé. LE MÉDECIN, prenant la main de la Comtesse et lui présentant un vase quHl a apporté.
Madame, calmez-vous... Essayez ce breuvage. . .
La Comtesse le prend.
Quoique le mal ait fait déjà bien du ravage, Peut-être, à ses progrès, pourrai-je m'opposcr.
Allons, ne cherchez pas, docteur, à m*abuser.
Vous-même comptez peu sur une issue heureuse,
Mais votre intention est bonne et généreuse;
Je vous en remercie, et s*il me faut mourir,
Que je vous doive, au moins, de ne pas tant souffrir.
LE MÉDECIN
Reprenez, je vous prie, un peu plus d'assurance, Nous n'avons pas encor perdu toute espérance : Vous êtes jeune et forte, et Ton voit plus d'un cas Où la nature fait ce que l'art ne fait pas.
Et songez que par l'art, chez vous elle est aidée. Allons, de votre étal ayez meilleure idée.
Soyez vrai ; pensez-vous que je puisse guérir ?
Maintenant je voudrais, docteur, ne pas mourir...
Leicester nrrest rendu ; Sidnei, tu me l'assures...
Ses froids dédains m'ont fait de cruelles blessures,
Il est vrai, mais comment le croire criminel ?
Qui? lui ! couvrir son nom d'un opprobre éternel î
Être un vil assassin ! cela n'est pas possible;
Il fut longtemps pour moi si tendre, si sensible !
Le coupable est Morton, son infâme valet.
Je veux m'en éclaircir... donne-moi ce billet...
Elle se lève ù demi, et, étendant le bras, elle saisit la lettre de Leicester que Sidnei tient encore, et elle la lit avec une sorte de monvemcnt fébrile, puis d'un air joyeux,
Ah!
SIDNEI.
Trop d'émotion peut vous être funeste.
Ce n'est pas lui, Sidnei, que m'importe le reste. Oh î je le pensais bien ; un démon l'a séduit...
Au Médecin.
Voyez... sans son aveu, Alorton a tout conduit... Mon sort est dans vos mains, h vous je m'abandonne ; Que je vive, qu'il m'aime, et mon cœur lui pardonne.