‹ La comtesse de MonrionChapitre 11 sur 65 · DEUX MÉNAGES AU CHATEAD · texte numérisé non relu

DEUX MÉNAGES AU CHATEAD

Araab vous tient au cœur... Les hommes n'aiment que les créatures de cette espèce...

— Madame, dit vivement Champmortain , ménagez vos expressions...

— Champmortain a raison, dit M. de Rudesgens. Que diable! c'est une fort belle personne...

— Est-ce que vous la connaissez, Annibal? reprit la superbe Artémise l'œil en feu.

— Quand je la rencontre, je la salue et elle me sourit... Voilà tout...quan ta présent, ajoutat-il tout bas à l'oreille de Champmortain.

Et il sortit en chantonnant un air des Vîsitandines.

Champmortain ne put s'empêcher de hausser les épaules, tandis que madame de Rudesgens murmurait :

— lime trompe, je suis sûre qu'il me trompe.

— Voyons, bonne maman, dit Champmortain dès qu'il fut seul avec sa belle-mère , causons amicalement.

— Annibal me le payera, dit madame de Rudesgens sans écouter son gendre.

— M. de Rudesgens n'est pour rien dans tout ceci.

— C'est un libertin, monsieur; oui, le mot n'est pas trop fort, repartit la vieille épouse d'un ton lacrymal; et lorsque vous voyez tous les

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chagrins qu'il me cause, vous voulez introduire dans ma maison une femme dont la scandaleuse beauté lui a déjà tourne la tête.

— Si Aous redoutez madame Amab parce qu'elle est belle, comment se fait-il que vous invitiez madame de Monrion qui est non moins belle?

— Pardon, pardon, mon gendre, madame de Monrion est une femme que sa vertu met à l'abri d'une séduction, tandis (jue votre madame Amab a une réputation fort douteuse.

— Fort calomniée, et entre nous, si elle voulait une intrigue, elle aurait, je crois, mieux à choisir que de s'adresser h M. de Rudesgens.

— Et pourquoi, s'il vous plait? dit vertement madame de Rudesgens.

— Il a bien , je pense , soixante et dix ou douze ans?

— Qu'il porte mieux que certaines gens ne portent leur quarantaine , dit Artémise en appliquant sa réponse à son gendre par un mouvement de tête fort significatif.

Champmortain se mordit les lèvres et reprit assez aigrement :

— Je vous réponds que la vertu de madame Amab restera inabordable aux soixante et douze ans si bien portés par votre époux...

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— Il a deux cent raille livres de rente, mon gendre, et cette fortune, qui sera un jourla vôtre, est une recommandation puissante auprès de certaines créatures.

Champmortain pâlit, il fut d'autant plus humilie (pi'il ne put méconnaître tout à fait la justesse de l'observation. Cependant il se contint et reprit :

— Vous ne voulez pas, bonne maman, tlit-il, me réduire à en arriver à des extrémités. Je vous prie, entendez-moi bien, je vous prie d'inviter 31. et madame Amab.

Madame deRudesgens examina son gendre.

— Pardon, M. de Champmortain, mais cette insistance pourrait me faire croire que vousmême...

— C'est ainsi? dit Champmortain d'un ton sec. En ce cas, je commence : <c Un jour que j'avais à dîner chez moi le cardinal de... >

— Monsieur, dit madame de Rudesgens avec épouvante, encore cette abominable histoire?... et vous osez me la dire en face?...

— Et sur mon honneur, je la raconte, je la raconte en plein salon, si vous me refusez encore.

Madame de Rudesgens baissa la tète et poussa trois énormes soupirs.

— Vous n'êtes pas généreux, mon gendre.

— Vous n'êtes pas indulgente , bonne maman.

— Allons, on invitera ces gens-là.

— Et l'on ne dira pas un mot qui puisse donner à Sylvie des idées qu'elle n'a pas et qu'elle ne doit pas avoir.

— Très-bien. 3Iais je vous en supplie, que ce soit la dernière fois que j'entends parler de cet affreux souvenir.

— Ce sera la dernière si vous voulez.

Un moment après, Champmortain rejoignait sa femme et son beau-père dans le parc.

— Eh bien ! s'écria M. de Rudesgens.

— Elle a entendu raison .

— Ainsi, nous triomphons, dit le vieux gentilhomme avec joie.

Un regard froid et sévère de sa fille l'arrêta.

— Je veux dire que vous triomphez, reprit M. de Rudesgens.

Un sourire pincé et dédaigneux de madame de Champmortain l'avertit qu'il faisait encore une maladresse.

— Je veux dire que ma femme cède.. .

— Je vais immédiateinent envoyer une lettre, dit Champmortain.

— J'étais si sûre que vous réussiriez près de

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