‹ La comtesse de MonrionChapitre 21 sur 65 · RÉVÉLATIONS · texte numérisé non relu

RÉVÉLATIONS

laiblessc dont l'excuse est, [)Our vous, dans la beauté de madame de Monrion, et, pour elle, dans l'espoir de s'assurer l'un des plus riches héritages du pays.

— Je rêve, je rêve, je rêve! répétait M. de Montaleu.

Puis il se leva et reprit vivement :

— Et voilà trois gentilshommes, gens de cœur, gens d'esprit, qui osent se faire les émissaires de pareilles calomnies! Et dites-moi, Rudesgens, dites-moi, messieurs, qui vous a appris toutes ces belles choses?

— La nourrice elle-même, dit M. de Rudesgens.

— La nourrice ! répéta le marquis ; comment! vous avez vu cette femme ?

— Quoique ma fille, qui tenait tous ces détails d'une personne bien informée, nous les eût révélés hier, lorsque mon gendre lui demanda compte de sa conduite envers madame de 31onrion, nous n'eussions pas osé vous redire de pareilles choses , si nous n'avions eu des preuves de ce que nous devions avancer.

— Des preuves!... répéta encore le marquis «le Monlaleu.

— Oui, continua M. de Rudcsgens, des preu- \es : M. de Champmortain , M. de Rrias, votre

neveu et moi, qui étions présents hier à l'explication de Sylvie, nous nous sommes transportés, au sortir du bal, chez la paysanne en question. Elle s'appelle Jeanne Dromeray, c'est la femme d'un bûcheron du hameau de Saint-Faron ; sa maison est située à quelque distance du village, au milieu de la foret. Nous nous sommes présentés chez elle, et nous l'avons questionnée. Il faut vous le dire, Montaleu, elle a confirmé tous les détails que je viens devons rapporter. Depuis six mois, nulle autre femme que celle qui a apporté l'enfant n'est venue le visiter. Nulh; autre personne ne s'en est informée. Alors je lui ai demandé si elle connaissait le nom de cette dame. Cette question a paru la troubler. Vivement pressée par nous, elle a fini par nous avouer que cette dame lui avait dit s'appeler madame Thoré...

— C'est le nom de sa famille, en effet, dit le marquis avec épouvante, mais il n'est pas tellement rare qu'il ne puisse être celui d'une autre...

— M. de Brias nous a fait faire cette réflexion, reprit M. de Rudesgens;' nous avons pressé la nourrice pour savoir si elle ne connaissait pas cette dame sous un autre nom... alors, elle a iini par nous avouer que, curieuse de la connaître.

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elle l'avait suivie jusqu'à la porte de votre parc, qu'elle l'y avait vue entrer après avoir été saluée par un garde qui passait.

— Eh ! alors..., fit le marquis, dont la voix tremblait.

■ — Alors, reprit M. de Rudesgens, la nourrice aborda le garde et lui demanda quelle était la belle dame qui venait d'entrer dans le parc.

— Et il lui a répondu ? fit M. de Montaleu tellement agité, que c'est à peine s'il pouvait se faire entendre.

— Que c'était la comtesse de Monrion, repartit encore 31. de Rudesgens.

Le vieux marquis baissa la tête, comme écrasé par cette foudroyante nouvelle... Mais après un moment de ce silence douloureux et solennel, il se releva vivement.

— Messieurs, dit-il avec colère, il faut que je voie cette femme... il faut que vous me suiviez : il y a quelque infâme complot dans tout ceci. Ne le pensez-vous pas, M. deCbampmortain? ajoutat-il d'un ton plein de sarcasme.

— Je ne sais autre chose que ce que vous a dit M. de Rudesgens, repartit Champmortain embarrassé.

— Et vous, M. de Brias? dit le marquis.

— Croyez, monsieur, que je regrette vive-

ment d'avoir été mêlé à tout ceci. Le seul rôle qui m'y convienne , c'est de garder un silence absolu sur tout ce qui se passe, et ce silence, je vous le promets.

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Quelques minutes après , M, de Monlaleu , le vieux Rudesgcns , Brias et Cliauipmortain étaient en voiture pour se rendre au \ illagc de Saint-Faron , ou plutôt jusqu'à un carrefour où la route, s'enfonçant à travers les rochers, cessait d'être carrossable. 31. de Rudesgens était monté dans le coupé de M. de ^lontaleu ; Brias et Cbampmortain les suivaient en phaéton.

— Un mot, Rudesgens, fit M. de Montaleu dès qu'ils furent seuls , et que ce mot soit le der-

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nier sur une affaire clont il m'est odieux d'entendre parler.

— Je comprends que la conduite de madame de Monrion vous affecte vivement...

— Il ne s'agit point de madame do Monrion , mais de cette sotte affaire de Cologne , que vous êtes venu si maladroitement me jeter à la face.

— Pardon, mon cher marquis, dit M. de Rudesgens , mais , sur mon âme , si je vous ai rappelé le passé, c'est que je vous croyais l'auteur du méfait d'aujourd'hui. Vous avez été sage, Montaleu ; vous avez fui le mariage , vous pouvez papillonner comme autrefois , comme au temps de Sophie...

— Rudesgens , vous savez quelle a été mon irrévocable détermination vis-à-vis de cette femme indigne. Par grâce, n'en parlons plus.

— Soit , gardez votre opinion , je garde la mienne ; je suis sûr que Sophie était innocente... Ceci vous fâche , n'en parlons plus... Ah çà , que pensez-vous de madame de 3Ionrion?

— Je dis que c'est impossible , que cela ne se peut pas. Julie est libre... elle peut épouser qui elle voudra... Non , ce n'est pas vrai; il y a là un complot infâme ou une erreur déplorable.

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