f;onir rsM-. de monfiok
leux de ne pas posséder ces vains avantages de réducation qui ne mettent pas le cœur à l'abri des faiblesses les plus coupables... »
— Enfin , dit Hector , dont la phraséologie de Léda mettait à une rude épreuve le peu de patience qu'il avait , enfin il lui avoua qu'il ne savait pas lire.
te Oui, continua Léda, et il pria la comtesse de Monrion de vouloir bien lui donner connaissance de la lettre que j'avais laissée pour lui. Madame de Moni'ion l'avait déjà décachetée et allait commencer à la lire, lorsqu'un hasard providentiel détourna un moment l'attention de mon mari : un domestique vint le prévenir qu'un de ses voisins demandait à le voir ; mon mari échangea quelques mots avec cet homme du haut de l'escalier en le priant de l'attendre, et celui-ci lui répondit, à ce qu'il paraît, ces paroles :
" — A propos , on me dit que tu es inquiet de ta femme. Je te préviens que je l'ai rencontrée il y a quelques heures sur la route d'Issoudun.
« La comtesse tressaillit en entendant ce renseignement, car l'intem'uption causée par l'arrivée de ce voisin lui avait permis de parcourir rapidement la lettre , et elle y avait vu l'aveu de
ma l'autc et la funeste résolution que j'avais prise de mourir. i>
— Vous m'aviez dit, ce me semble, dit Monlalcu , que vous comptiez aller à Paris...
— Oui , tel était mon projet quand je suis partie ; mais , en écrivant à mon mari . j'avais compris que^e devais moui'ir... je le lui disais , et madame de Monrion le crut.
Léda , encore une fois interrompue , eut quchjue peine à retrouver le fil de sa narration , et ce ne fut qu'après qu'Hector l'eut deux fois avertie qu'il l'écoutait, qu'elle reprit ainsi :
«i Cet instant avait sufll à madame de Monrion pour concevoir la pensée la plus noble, la plus généreuse; elle voulut me sauver, et iin})rovisant avec une admirable présence d'esprit une lettre toute différente de celle que j'avais écrite , elle dit à mon mari que je l'avertissais que je partais pour Paris, où m'appelait ma mère malade. )>
— C'est très-bien, dit Hector; mais cette lettre , elle ne l'a pas laissée dans les mains de votre mari , je suppose; car ce qu'il avait fait en consultant madame de Monrion , il aurait pu le faire vis-à-vis d'un autre?
Léda parut embarrassée , et répondit :
— Cette lettre , il désira la garder , à ce qu'il
236 L\ COMTESSE DE MOINRION.
paraît, et madame de Monrion ne put la lui soustraire.
— Diable!... murmura Hector, vous m'aviez assuré qu'il ne l'avait plus.
— Je la lui ai redemandée bien des fois ; il m'a toujours répondu qu'il l'avait brûlée , et moi-même je l'ai cberchée dans notre maison avec un soin et une exactitude qui me l'eussent fait découvrir, si elle eût encore existé. D'ailleurs , la conduite de mon mari envers moi, depuis cette époque , me prouve mieux encore que toutes mes recherches que cette lettre a complètement disparu.
— Et mon nom n'y est pas écrit , n'est-ce pas? dit Hector.
— Je vous l'ai déjà dit..., repartit Léda avec un profond soupir. Oh ! mon Dieu , êtes-vous donc si honteux de l'amour que vous aviez pour moi?...
■ — Allons , encore des reproches... C'est que , reprit brusquement Montaleu , je ne pourrais pas vous sauver , si , par hasard , vous m'aviez nommé, surtout à madame de Monrion.
Léda abandonna tout à fait le récit écrit et récité de ses infortunes pour répondre à Hector.
— Madame de Monrion ne me fit pas une question à ce sujet.
— Mais comment vous découvrit-elle à Issoudun ?
— Pendant que mon mari , qui avait avancé son voyage d'un jour pour venir m'embrasser . retournait à Nevers afin de voter pour M. de Montéclain . madame de Monrion me suivait à Issoudun où elle savait que j'étais allée, grâce à ce qu'elle avait entendu dire par le voisin qui m'avait rencontrée. Une fois dans cette ville, elle finit par me découvrir. Elle arriva juste au moment où j'allais accomplir mon terrible sacrifice. Je voulais mourir , Hector , malgré ses prières et ses représentations , et ce ne fut que parce qu'elle me jura devant Dieu de ne jamais révéler mon secret, que je consentis à faire ce qu'elle voulait.
— Elle vous l'a juré? dit Hector du ton d'un homme qui veut bien s'assurer d'un fait.
— Oui , par les serments les plus saints , et ce serait un horrible parjure , si elle manquait à sa parole.
— Elle n'y manquera pas , je l'espère , fit Hector avec un sourire satisfait.
— Ce fut alors, ajouta Léda , qu'elle me fit écrire à mon mari une lettre , datée d'Issoudun, après quoi je partis pour Paris, d'où j'écrivis de même, de façon qu'il crut alors et qu'il croit
encore la fable inventée pai' madame de Monrion.
— Et il la croira toujours, dit Montalcu en se levant.
— Quelque temps après...
— Je sais le reste, dit négligemment Hector, votre mari alla vous chercher, et vous êtes revenue avec lui dans le pays.
— Après une maladie qui m'a bien cruellement changée , sans doute , car je ne vous ai plus retrouvé le même.
— J'oubliais, dit Hector; lorsqu'elle a emporté l'enfant, quelqu'un était-il dans sa confidence ?
— Elle était venue avec un domestique qu'elle renvoya ici , et elle est repartie seule dans une voiture de louage qu'elle a quittée à peu de distance de Saint-Faron, où elle s'est rendue à pied pour remettre notre fils chez Jeanne Dromeray.
— Bien..., dit Hector sans prendre garde aux regards suppliants que Léda attachait sur lui.
— Et maintenant, lui dit-elle , que je vous ai fait enfin ce déplorable récit , me direz-vous quel danger me menace?
Mais déjà Hector ne l'écoutait plus, il était tout entier à la pensée du projet qu'il avait conçu ; il lui souriait , il le caressait. Du mo-
nient que ce projet s'était montré à lui , il avait tout oublié , et , dans cet instant où il paraissait que , grâce aux explications de Léda , rien ne semblait devoir s'opposer à sa réussite , il était dans une sorte de délire joyeux , qui se manifestait par d'épais sourires et des exclamations entrecoupées. Léda , la mallieurcuse femme qu'il avait perdue, n'était plus rien pour lui ; il l'eût écrasée sous ses pieds , si elle eût embaiTassé sa route d'une minute. Léda fut obligée de lui répéter ses questions à diverses reprises pour l'arrachera sa préoccupation.
— Eh bien . lui dit-il brutalement , que me voulez-vous? Que demandez-vous?
— 3Iais, ne m'avez -vous pas dit, reprit Léda, qu'on avait découvert notre enfant, qu'on cherche à deviner à qui il appartient?
— Oui , c'est vrai , dit Hector, et c'est maintenant plus que jamais qu'il faut garder voti'e secret. Songez que la moindre indiscrétion vous perdrait, et madame de 3Ionrion elle-même dùt-elle vous accuser, il faudrait nier...
— Devant elle ! en face d'elle !,.. repartit Léda. Je ne l'oserais pas.
— Il le faut cependant, reprit Hector d'un ton sombre et impérieux , il faut plus : comme il pourrait arriver que des médisants accusassent
une autre que vous d'être la mère de cet enfant. . . n'allez pas vous aviser de vouloir la défendre, en disant la vérité.
— Mais c'est une infamie que vous me proposez là.
— Ah!... fit Hector en qui toute résistance excitait une colère menaçante, vous vous tairez... Je le veux.
Il jeta autour de lui un regard sombre et ajouta d'une voix sourde :
• — Vous vous tairez, ou bien je saurai vous y forcer.
Nous n'osons dire la pensée sinistre qui traversa l'esprit d'Hector en ce moment.
H sembla considérer la solitude du lieu où il se trouvait , il arrêta son regard sur cette femme qu'il pouvait anéantir d'un seul coup avec le secret qu'elle portait avec elle et qui le gênait. Une rougeur pourprée monta à son visage , ses yeux flottèrent incertains dans leur orbite comme ceux d'un homme ivre , et il s'écria :
— Si je pensais que tu osasses parler , malheureuse ! . . .
Lcda épouvantée tomba à genoux, et répondit d'une voix tremblante :.
— Je me tairai...
— C'est bien , dit Hector en ouvrant brus-
quement la porte comme pour fuir l'horrible tentation qui le poursuivait. Mais il s'arrêta tout à coup en entendant à peu de distance la voix de deux personnes qui causaient avec une certaine vivacité. Hector crut reconnaître la voix de Lëona , et puis après celle du colonel. Ils discutaient avec véhémence et semblaient être arrêtés à peu de distance presque en face de la cabane où ils se trouvaient.
— Qu'est-ce donc? dit Léda avec épouvante.
— Rien , des gens qui passent dans le bois. Ils écoutèrent. La conversation de plus en
plus animée prenait presque le caractère d'une dispute sérieuse.
— Ah çà ! dit Hector avec impatience , est-ce qu'il vont rester là longtemps?
Soit que la voix de Montaleu fût arrivée jusqu'aux deux causeurs, soit toute autre raison, tout bruit cessa soudainement, et Hector entendit un pas d'homme pénétrer dans le taillis. Il referma doucement la porte , et tous deux restèrent dans le plus profond silence. Grâce à une petite ouverture qui se perdait en dehors dans les rugosités du bois, il put voir qu'il ne s'était pas trompé. C'était bien le colonel Thomas Rien, suivi à quelque distance de Léona.
Le colonel tourna autour de la maison et Léona lui dit de loin :
— Eh bien !...
— Vous vous êtes trompée , il n'y a personne ; cette masure n'est point habitée.
— N'importe, dit Léona, votre vivacité, et la mienne aussi peut-être , nous ont entraînés à parler trop haut de choses que personne ne doit entendre. Rentrons chez moi.
— C'est inutile, répondit froidement le colonel ; je désire que nous reprenions cet entretien quand je serai plus calme et vous aussi.
— Prenez garde , Thomas , vous voulez une vengeance et vous reculez devant les moyens d'y parvenir.
— Oui , quand ces moyens sont indignes.
— Et il n'y en a pas d'autres , repartit fièrement Léona , quand le but n'est pas honorable. L'honneur réprouve la vengeance ; invoquez-le d'abord contre vos ressentiments , et vous pourrez alors blâmer la voie que je suis pour satisfaire les miens. Réfléchissez-y, Thomas. J'espère vous revoir bientôt.
— Oui , dit le colonel , je vous reverrai , il le faut.
Tous deux se séparèrent , et Hector les vit s'éloigner rapidement. Un instant après, il sortit
RÉCIT. i>G3
(le la cabane avec Léda. Elle retournn plus triste cl plus dcsoléc à la ferme, tandis que le vicomte (le ^loiitaieu, le front liant, le sourire aux I ii'vres, l'air triomphant, marchait à grands pas \ers la maison de M. de Montaleu.
Tous deux se croyaient bien sûrs de ne pas avoir été aperçus. Mais Aly Muley n'avait pas cessé de veiller, et Léona elle-même, qui s'était réfugiée dans un bou(juet de bois , avait enfin deviné à (jiioi servait celle nn'sérable cabane (pi'elle avait déjà remarquée.
FIN Dl' TOME PREHlEn.
DE MONRION
i;rfî)cric Soiiltf.